Zao Wou Ki, l’espace est silence – MAM

Visite de l’exposition sur les œuvres de peinture et de calligraphie de Zao Wou Ki présentées au MAM : méditation et ambiance zen au rendez-vous.Si vous ne me croyez pas, lisez la suite…

Zao Wou Ki (1920 – 2013)

L’espace est silence

Musée d’Art Moderne

1er juin 2018 – 6 janvier 2019

Commissaires : François Michaud, Erik Verhagen

Visite le 19 juin 2018

Le Musée d’Art moderne présente jusqu’au 6 janvier une sélection de quarante œuvres de Zao Wou Ki de très grandes dimensions et dans un ordre chronologique dont certaines, comme un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées. Pour rappel, le musée est en travaux et l’exposition se situe au niveau des collections permanentes et l’entrée du côté Seine.

Depuis 2003, la dernière rétrospective présentée  au Jeu de Paume, à laquelle Zao Wou KI avait lui-même participé, il n’y avait pas eu d’occasion de montrer ses tableaux. Présentée dans quatre salles, l’exposition donne l’occasion de s’interroger sur les grands formats peints de 1950 jusqu’en 2005 ainsi que sur les œuvres en noir et blanc que sont les encres.

En Chine, ses amis occidentaux lui ramenaient des reproductions des peintres français. Il a eu l’obsession des Nymphéas de Monet. Il empreinte ses arlequins à Picasso et à Klein, une certaine tendance à la rêverie et une vision quelque peu surréaliste. Après son arrivée à Paris en 1948, Zao Wou KI  prend son temps  et déploie un univers de méditation accompagnée d’une certaine zénitude. Il fréquente Miro, Soulages, Malraux, et tant d’autres. Homme d’amitié, il saura rester proche des artistes qu’il rencontre, fréquente et admire.

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La traversée des apparences – 1956

« “Traversée des apparences”, peint dans des tons neutres, témoigne du passage de Zao Wou-ki à une expression picturale où les références au monde environnant disparaissent. Comme le dit le titre, sa peinture tend à s’affranchir de toute représentation.  » Commissaire.

Ce tableau ouvre l’exposition. Zao Wou Ki, très influencé par les anciens lors de son arrivée en France, a déjà acquis son style personnel,  apprécié et reconnu. En 1957, lors de son premier voyage aux États-Unis où se crée les nouvelles tendances picturales, il découvre une peinture plus instinctive et l’envie d’agrandir encore plus sa toile. Il appréhende notamment les grands triptyques de Rothko, mais aussi les peintures de Franz Kline, Philipp Guston, etc  « l’abstraction américaine » présentée à L’Orangerie. Chronique ici

« une très grande joie physique à tartiner de très grandes surfaces, au point d’en être obsédé. »

De retour, en mai-juin 1957, Zao Wou Ki présente des grands formats abstraits dans sa première exposition à la Galerie de France à Paris.

Le tableau « Nous deux » peint en 1957 au décès de sa première femme rompt cet élan.

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Nous deux

Après son remariage en 1958, il rencontre Malraux, qui lui permettra deux ans plus tard d’obtenir la nationalité française

Au cours des années 60, la palette du peintre s’assombrit : plus de tons bruns, gris et bleus. En 1972, le décès de sa seconde femme le dévaste. Il décide d’arrêter de peindre et reprend l’encre de Chine. En repartant en Chine, il retrouvera peu à peu l’envie de repeindre.

En 1977, il se remarie avec Françoise Marquet et fait des donations. Sa peinture s’éclaire de rouge, de vert et de jaune. En 1982, Zao Wou Ki travaille à deux triptyques destinés à une nouvelle exposition au Grand Palais en même temps que celle de Nicolas de Staël. On ne peut que souligner la redondance de l’histoire qui consacre de nouveau à Paris ses grands formats alors qu’en Provence sont exposés des peintures et des dessins du séjour  de Nicolas de Staël dans cette région .

Ayant définitivement arrêté la peinture en 2008, il se consacre à la céramique et collabore même avec la Manufacture de Sèvres.

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« Je découvris avec plaisir leur travail. Cette peinture éclatait de spontanéité, avec violence et fraîcheur. J’aimais le côté physique des gestes qui jettent la matière sur la toile comme s’il n’y avait ni passé, ni tradition. « 

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Et la terre était sans forme – 1957

« Il y a un geste que le corps accomplit et un autre acquis par l’éducation, par la tradition. Ce geste, il a une certaine réserve, un certain contrôle, et cette expérience acquise par le temps modifie les gestes naturels. Si j’évoque les gestes de la calligraphie, ils sont en apparence très spontanés, mais il y a quand même un modèle et tu dois rester fidèle à ce modèle. Cela nécessite aussi une certaine liberté. Si je trace un signe, il est toujours limité par le signe mais la liberté doit jouer, c’est là qu’est toute la difficulté: car tout en s’exprimant très librement, il y a toujours une tradition et une éducation qui te retiennent. »

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Dans la culture chinoise, poésie et peinture sont intimement liées.

« J’aime mes amis comme je soigne chaque matin, à l’heure du petit déjeuner, en buvant du thé, les bonsaïs, orangers et orchidée de ma salle à manger. Je cultive l’amitié car j’ai besoin de cette harmonie avec le monde extérieur. « 

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« Poésie et musique demeureront pour lui deux pôles d’attraction permanents, comme une tension nécessaire avec la peinture – donnant sens, à mesure que son art s’affirme, à l’expression que l’artiste a inspirée très tôt à Michaux : L’espace est silence. »

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Lithographies issues de Lectures H. Michaux.
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Hommage à Tou Fou – Mort  de sa 2ème femme – 1956

Vingts cinq peintures dédiées à ses amis ou à ses Maîtres sont présentées.

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Hommage à Monet – 1971

« Comme tous les peintres étrangers venus à Paris après la seconde guerre mondiale, Zao Wou-ki est saisi par la découverte des “Nymphéas” de Monet au Musée de l’Orangerie. Il y fait l’expérience de l’immersion dans la peinture et n’aura de cesse de retrouver dans ses grands formats une impression semblable. » Extrait du Monde

 

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Hommage à Matisse – 1986

« Cette œuvre reprend la composition structurelle de “Porte-fenêtre à Collioure” que Matisse a peint en 1914. Zao Wou-ki vouait au peintre et à ce tableau une admiration sans borne. “Ce silence est noir”, écrit Henri Michaux dans le premier poème inspiré par Zao Wou-ki. »Extrait du Monde

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Porte fenêtre à Collioure – Matisse
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Hommage a Malraux

Ses tableaux sont un monde en soi .

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Hommage à Henri Michaux – 1999/2000

« J’ai essayé par tous les moyens de sortir, de ne pas faire une peinture comme tout le monde. Mon apprentissage a été de regarder la peinture des autres et de me dire que je ne ferai pas la même chose. C’est un peu mon intention. »

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« Chaque couleur, chaque pinceau : il y a un effet dedans, il y a une nécessité, une explication »

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Sans titre -1968

 

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Hommage à Edgar Varèse- 1964

« Le 2 décembre 1954, au Théâtre des Champs-Elysées, “Déserts”, du compositeur Edgar Varèse, est donné pour la première fois et retransmis à la radio. Les opposants à la musique contemporaine expriment leur indignation, mais Zao Wou-ki dit sa fascination dans cette œuvre hommage. »

« Je voulais faire quelque chose qui donne l’impression du désert de Gobi. Varèse.

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Water Music -1957

 » faire vibrer la surface de la toile grâce aux contrastes ou aux multiples frémissements d’une même couleur. »

« Elle est construite comme une partition pleine de variations, de contrastes et d’accords où alternent silences et moments forts ». Zao Wou KI sur la peinture de Alfred Manessier, son ami.

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En mémoire de May – 1972

« La disparition en 1972 et le souvenir de sa deuxième épouse, May, ont inspiré cette œuvre que le peintre offre à l’Etat l’année suivante. “Nous deux”, en 1957, marquait une séparation. Ici, c’est l’arrêt provisoire de la peinture causé par la douleur, puis le recommencement. » Extrait du Monde

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Sans titre- 2006
Quatre encres présentées à l’exposition pour rendre compte d’un projet de rideau de scène pour le Grand Théâtre National de Pékin.

 

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Lors de cette visite,  j’ai aimé me laisser envahir par la force de ces tableaux. L’énergie  ressentie comme à la rencontre d’éléments naturels sont des expériences, des puissances,  des émotions que sa peinture évoque. La méditation est présente et oblige le visiteur a resté brancher dans son ressenti pour éviter de partir dans des analyses, des explications, une recherche de figuration, comme une intellectualisation qui, me semble-t-il, n’existe pas chez Zao Xou Ki. C’est une approche très occidentale qui veut qu’on décortique tout. Zao Wou KI nous oblige à rechercher au fond de nous ce que provoque physiquement les couleurs, leurs chevauchements, leurs oppositions, les lignes, les traces, leurs diffusions, etc. Le grand format oblige le visiteur à plonger son regard, mais aussi son corps, tout de lui-même en somme, pour entrer dans l’atmosphère que dégage ses œuvres. Dire que j’ai aimé ne témoigne pas de cette expérience unique  qui fait qu’à un moment une œuvre quelque soit son médium nous transperce de plénitude.

Questions pratiques :

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

À partir du 1er juin 2018, entrée côté Seine :
12-14 avenue de New York
75116 Paris

www.mam.paris.fr

 

 

 

 

 

12 commentaires

  1. c’est magnifique! j’aime énormément son travail même les toiles les plus sombres. Un coup de cœur pour « la traversée des apparences » et « L’hommage à Tou Fou »
    et l’expo me tenterait bien 🙂

    • Oui, magnifique, tout à fait ! Oui « La traversée des apparences » et aussi « Water music ». Les tableaux « Nous deux » et « Hommage à Tou Fou » sont d’une intensité profonde de désespoir ! …Pour l’expo, pourquoi pas …

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