Malik Sidibé – Mali Twist -Fondation Cartier

Visite le 27 janvier 2018

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En Arles en 1995, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présentait Malick Sidibé pour la première fois hors continent africain. Un an après sa mort,  cette exposition nous ouvre son univers.


 

 

Le nom de l’exposition vient de cette chanson de Boubacar Traoré:  Malick Twist

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Auto-portrait

Sans doute retient-on mes portraits parce qu’ils respirent la jeunesse, la joie et la gaieté. Dans mon pays, le portrait incarne la tradition photographique. Il retrace aussi notre histoire, notre peuple, à travers des visages, coiffures, vêtements, objets, tresses, chaussures. Malick Sidibé, 2003

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Toute la petite famille-1962

Enfant peul, Malick Sidibé garde enfant les troupeaux de bœufs. Il décide d’apprendre l’art et fait un stage dans l’atelier de « Gégé la Pellicule » à Bamako pour le décorer. Enthousiasmé par son travail, « Gégé » lui proposera de travailler avec lui et gardera pour lui la photographie des blancs (les colons) et  Malick prendra celles des mariages, des fêtes locales, anniversaires et les fameuses surprises parties avec son studio ambulant.

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Ces soirées signifient, dans le contexte de l’indépendance du Mali et l’installation de la République (1960), l’émancipation de la jeunesse au son d’une musique mélangeant les rythmes afro et cubains puisque le nouveau président, Modiko Keïta, fréquente le Che et Fidel Castro.

Malick Sidibé est invité à ses soirées au bord du fleuve Niger près de la chaussée émergée pour franchir le fleuve ou au Buffet de l’hôtel de la gare de Bamako.

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Dansez le twist – 1965

Pour écouter « Sex Machine  » par Massaré Moussa, c’est en suivant le lien ici: https://rocafortrecords.bandcamp.com/track/sex-machine

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Regardez-moi -1962

« J’aimais la photographie en mouvement. Pendant les soirées, les jeunes influencés par la musique sont excités, déchainés, comme en transe, ils se sentent bien dans leur peau. Quand je les regardais gesticuler avec tant de ferveur, je me disais « Danser, c’est bon dans la vie, il faut s’amuser, après la mort, c’est fini! »

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L’exhibitionniste avant la soirée –
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1974

 

« Je crois, mais ça n’engage que moi, que la jeunesse à cette époque a beaucoup ailé les musiques twist, rock ou afro-cubaine car elle permettait aux garçons et aux filles de se rapprocher de se toucher…C’est impossible avec la musique traditionnelle. »

 

Dans son studio ambulant, il photographie la jeunesse de 20 h à 1h du matin puis après il prenait son appareil en bandoulière et partait faire la fête jusqu’au lever du jour.

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Portraits à la guitare : « Éclat d’une jeunesse que rien ne semblent ternir. »

Malick Sidibé saisit les transformations de la société malienne  en pleine mutation et cela continuera pendant 50 ans dans son studio de Bamako.

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Nuit de Noël – Veille du ramadan -25 décembre 1963

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« C’est une photographie que j’adore » disait Malick Sidibé.  La photographie du frère qui apprend à danser à sa sœur fait partie des plus connues, classée aussi par le Time parmi les photos les plus influentes du monde.

 

Le contraste est saisissant entre ces photographies qui ont fait le tour du monde et la façon très simple qu’avait le photographe de les indexer dans ses chemises.

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« Je faisais les tirages à mon retour des soirées, parfois jusqu’à 6 h du matin. Je les regroupais et les collait sur des chemises cartonnées. (…) Je les affichais le lundi ou le mardi devant le studio. Tous ceux qui avaient participé aux soirées étaient là et se marraient en se voyant sur les photos. (…) Seuls les garçons achetaient les photos et les offraient en souvenir aux filles. »

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Les Djantelemann – 1970
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Mon chapeau et mes pattes d’éléphant – 1974

« En studio, j’aimais le travail de composition. Le rapport du photographe avec le sujet s’établit avec le toucher. Il fallait arranger la personne, trouver le bon profil, donner de la lumière sur le visage pour le modeler, trouver la lumière qui embellit le corps. J’employais aussi du maquillage, je donnais des positions et des attitudes qui convenaient bien à la personne. J’avais mes tactiques. Ce travail que j’aimais trop m’a fait solitaire. Je ne pouvais plus le quitter. »

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Pochettes de disques- 1974

 

Les clubs fermeront en 1968 en même temps que le changement politique s’impose : coup d’état et nouvelle constitution. Le régime de Moussa Traoré devient de plus en plus autoritaire et militaire.  En 1991, ce régime est renversé par le lieutenant-colonel Amadou Tournami Touré. En 1997, les premières élections démocratiques sont organisées depuis Moussa Traoré. Actuellement, le pays est encore traversé par l’instabilité, le terrorisme et la violence.

Après ses années yé-yé puis les années de composition, Malick Sidibé a choisit de photographier de dos. ..

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 « Souriez, la vie est belle » disait Malick Sidibé avant de prendre ses photos.

Studio Malick

L’exposition reconstitue le studio, installé au croisement des rues 30 et 19 du quartier Bagadadji à Bamako. Les visiteurs sont invités à poser dans ce studio et à envoyer sur Instagram leurs photos à #StudioMalick. La fondation montre une sélection sur le compte @fondationcartier

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A la manière de …

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Souvenir ya banane- JP Mika – 2017

JP Mika peint ses personnages sur un fond composés de tissus à motifs à la manière des photographes de Bamako.

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Papa Joe – Rollerflex- 2017

Papa Joe est connu pour reprendre une tradition des cercueils personnalisés des années 50 pour des groupes aisés. Cette commande lui a été faite par la fondation pour l’exposition.

 

Remerciements à la Fondation Cartier, à l’émission Continent Musiques d’été de France Culture,  la grande table de France Culture, qui m’ont donnée des pistes pour écrire cette chronique.

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