
Lorsque, vers 1980, Belinda Cannone achète sa maison dans le Cotentin, elle ne savait pas qu’elle rencontrerait Eugène et sa femme Michèle. Celui-ci, non seulement l’initie à la nature, mais l’aide également, par sa présence et sa disponibilité, dans tous les menus tracas du quotidien, comme une piqûre de guêpe ou des travaux divers.
« Passeur de l’existence cotentine », Eugène, avec une patience infinie, lui enseigne tous ces petits riens qui font que le regard se transforme en nom (comme le mot touffée), puis en connaissance profonde. « Tout reconnaître, permets de s’approprier en devenant le familier de l’entour. » Belinda Cannone prit l’habitude de noter après chaque rencontre, quelques mots sur un cahier l’intensité de leurs échanges. « Tout percevoir, c’est avoir plus d’occasions de jouir.«
Intelligence, mais surtout intelligence du cœur, bonté du regard, délicatesse, générosité, « cette réflexion passionnée sur la justice sociale« , « capacité à se mettre à la place des autres« , tous ces mots forts pour qualifier cette relation amicale. Mais notamment, à partir ce petit ouvrage (à peine 90 pages), Belinda Cannone offre une leçon de vie sur l’importance du partage, de l’accueil et de la reconnaissance de l’autre, en tant que différent, en qualité d’étranger à son propre monde.
Rien ne prédestinait Belinda Cannone, la Méditerranéenne, à venir s’installer dans ce pays de brume, de marais, d’eau qui circule vivement, d’arbres centenaires qu’il faut à tout prix préserver et de saules dont les feuilles forment une chevelure animée. « Dans le champ du malheur, planter un émerveillement.«
Et lorsqu’Eugène décède, Belinda Cannone sait trouver les mots pour transformer le ressenti de son héroïne en sentiment universel dans un final d’une grande qualité émotionnelle. « C’est entre chien et loup que nous pressentons la fin, toute fin, et ainsi apprenons à mourir. » Un roman qui raconte notre humanité.
Remerciements
À la Masse critique de Babelio et aux éditions Marchaisse.
Puis quelques extraits

Il me semble que ceux que nous avons aimés continuent de nous accompagner, à leur manière éthérée. Eugène flotte autour de moi, lui ou son souvenir, ses expressions, ses idées, ses conseils de jardinage, sa vision des hommes, sa manière d’écouter, de donner, de rire, lui auquel je suis reconnaissante de m’avoir fait éprouver la beauté du plus précieux des adjectifs : fraternel.
Un portrait est toujours un livre de deuil, il aide à endurer la perte et il rend, comme on dit à la fois rendre un paysage, rendre hommage et aussi donner en retour. Il est un contre-don : dans l’amitié ou dans l’amour, quand on reçoit beaucoup, on espère rendre autant.
Et de même que l’histoire d’une nation ne s’écrit pas seulement à travers le destin de ses grands personnages, les « vies minuscules » nous renseignent sur l’humanité.
À partir de certains moments (notre crépuscule) s’amorce autour de soi la série des disparitions et la mort pénètre dans la vie par cent petits abers.
Et, encore,
Quand j’essaie de préciser ce qu’est l’amitié, après Platon, Aristote, Sénèque, Montaigne et tant d’autres, il me semble qu’elle repose d’abord sur une même conception de la vie bonne : de la justice, du courage, de la fidélité à soi. C’était la « vertu » des Anciens, ou, selon le vocabulaire contemporain, la morale en tant qu’ensemble de règles et de valeurs partagées. Tout le reste, connivences intellectuelles, habitudes de vie, références culturelles communes, ne suffit pas à l’amitié, seulement à la fréquentation. Est-ce un hasard si, pendant tant d’années, j’ai vu plus régulièrement les Anne que quiconque ?
Nombreuses celles-ci, tôt ou tard engrossées, donnaient naissance à un « poussin de haies », trop jolie expression du sud de la Manche pour désigner un enfant naturel.
Pourtant, pour combattre l’ombre, on doit maintenir en soi la capacité à s’émerveiller. Il faut raconter l’amitié, évoquer cette relation très douce, s’attacher à décrire la beauté d’un être, entrer dans le détail des connivences – pour donner corps à l’émerveillement. C’est ainsi qu’on peut trouver la ressource d’agir, peut-être, contre le désastre. Dans le champ du malheur, planter un émerveillement.
Ici en bref




Informations pratiques

Eugène, histoire d’une amitié de Belinda Cannone
Éditions Thierry Marchaisse – Instagram : @thierrymarchaisse – Facebook
Parution : 10 septembre 2026 – EAN : 9782362803185 – Lecture en octobre 2026


Un livre apaisant 🫶
Merci Mata 🙏
Bon week-end 🤗
Complètement !
Excellent week-end et attention à la tempête 🍁☂️🍃🌬
Une bonne pioche, on dirait…
Ah, oui, vraiment !
un livre loin du tumulte de la rentrée littéraire, non ?
Oui, tout à fait. J’arrive au bout de ma PAL Rentrée littéraire et je vais attendre la remise des prix prestigieux pour comparer avec mon avis 😄
Une belle histoire d’amitié. Le type de livre qui fait du bien. Les extraits me paraissent très jolis. Merci Matatoune pour cette idée de lecture. Belle journée ☀️📚🍂🍁🌞
Tout à fait et franchement, en ce moment on en a vraiment besoin !