
Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente une rétrospective sur Lee Miller. Accédant véritablement au statut d’artiste, l’exposition rassemble plus de 250 tirages anciens et modernes. Organisée par le Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago, elle propose un regard complet sur l’ensemble de son œuvre. Mais, surtout, cette exposition permet, enfin, de dépasser l’image du mannequin et de la muse de Man Ray

Lee Miller (1907, Poughkeepsie, États-Unis -1977, Chiddingly, Royaume-Uni) fut tour à tour mannequin, photographe et reporter de guerre. À sa mort, son fils Antony Penrose, découvre dans le grenier de sa maison l’ensemble des carnets, photographies et planches contacts que sa mère, Lee, avait réalisés. Depuis, il n’a eu de cesse, avec sa propre fille, de faire reconnaître non seulement le talent de sa mère mais également tout ce qu’elle a apporté à l’histoire du XXᵉ siècle.
L’exposition retrace tout le parcours, de ses débuts à New York aux années de guerre en Europe, en passant par son séjour en Égypte et sa vie à Londres. Elle documente à la fois ses recherches artistiques et ses engagements.
J’ai choisi de présenter quelques clichés qui m’ont marquée, en faisant l’impasse sur tellement d’autres. Lee Miller est une artiste qui me fascine beaucoup et le nombre de chroniques sur ce blog le montre.
Artiste surréaliste

« Pour cet été-là du moins, elle se réserva à Roland. Au creux de son lit, il caressait ses cheveux qu’elle laissait librement friser. Lorsqu’il l’avait rencontrée chez Rochas, elle les avait lisses, plaqués en arrière, aussi nets et disciplinés que sa robe. C’était son déguisement de mannequin, lui expliqua-t-elle, celui sous lequel elle s’offrait au regard des photographes de mode, et des hommes qu’elle n’effrayait pas ». Les Chambres noires de Lee Miller par Jennifer Lesieur
Ce portrait me touche beaucoup. Bien sûr, ce visage parfait de profil est d’une beauté accomplie. C’est son visage fardé et apprêté qu’elle présentait pour son métier de mannequin, avec ses cheveux tirés, complètement différents de sa vraie nature. Mais, la tristesse du regard évoque une profondeur qui est à l’inverse de l’image qu’elle montre.
De retour de Paris, Lee Miller ouvre son propre studio de photographie. Et lors d’une séance de photos pour le magazine Vogue, la photographe n’hésite pas poser et envoie cet autoportrait.
Dix ans plus tard, en 1943, Lee Miller photographie ce modèle et son cliché incarne un condensé de ses recherches surréalistes, qu’elle a, bien évidemment, continué bien après sa séparation avec Man Ray. Celui-ci avait la fâcheuse tendance à s’approprier personnellement tous leurs essais.

Les portraits de ses contemporains

Le portrait de Colette, entièrement ébouriffée, avec sa boule de cristal, est renommé. Mais, celui que je trouve particulièrement réussi est celui de Picasso. Lors de sa venue à Paris et sa vie avec Man Ray, Lee Miller a côtoyé la bande : Picasso, Éluard et toutes les femmes.

L’amitié qui la lie à Picasso sera réciproque. Après la guerre, Lee Miller le retrouve avant Éluard et Nusch. Chacun choisira, à plusieurs reprises, de faire le portrait de l’autre.
Dans le portrait ci-dessus, Lee Miller a réussi à saisir le regard du Minotaure qu’était l’homme, dans son univers.

Golfe Juan 1937
Là encore, Lee Miller sait saisir l’aura de la jeune femme, sa décomplexion que tout le monde vantait et sa joie de vivre.
Lorsqu’elle photographie Dora Maar après la guerre, elle devient sur le cliché une presque religieuse vouée encore à l’amour de sa vie. Seulement, celui-ci s’est lassé et il ne lui reste que l’image fragmentée qu’il avait composé d’elle.

L’engagement dans la guerre

La rétrospective du Musée d’Art moderne présente un nombre important de clichés et de planches contacts de ses reportages à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elle accompagnait l’armée américaine. Nombreux sont ceux qui sont inédits. À juste titre, une salle particulière les rassemble et l’appareil photographique y est interdit.
La photographie qui a fait le tour du monde représente Lee Miller dans la baignoire de l’appartement d’Hitler avec ses godillots qui salissent le tapis de la boue des camps d’extermination. Seulement, en regardant attentivement les planches contacts exposées, le traumatisme de ceux qui ont découvert les camps d’extermination est important.

Loin de toutes ces photographies si fortes en émotions, j’ai choisi de présenter la photo du balcon de l’hôtel où Lee Miller et David E. Scherman séjournèrent à Paris.

L’hiver 45 fut, paraît-il très froid. Et à Paris, il y avait toujours les tickets de rationnement et la population était affamée. Tout manquait, y compris le bois pour chauffer les appartements.
Par cette photo, Lee Miller témoigne de son statut privilégié. Trouver des bouteilles de champagne devait être quand même très difficile, à cette époque. Pourtant, elle en stocke deux sur ce balcon. Durant le siège de Saint-Malo, Lee Miller raconte qu’elle partageait des coupes avec le gradé américain, qui l’avait accueillie. L’alcool mondain semble être présent dans sa vie. Les deux jerricans témoignent de la nécessaire liberté que l’essence procurait aux deux reporters de guerre.
C’est sans doute ce contraste qui me frappe aujourd’hui : tandis que Paris peine encore à se nourrir et à se chauffer, deux bouteilles de champagne attendent tranquillement sur ce balcon. Derrière l’anecdote, la photographie raconte aussi les inégalités d’un temps que l’on imagine souvent uni dans l’euphorie de la Libération.
Vivre malgré tout
Le retour à la vie civile ne fut certainement pas facile. Elle rejoint son amour Roland Penrose qui lui offre une belle maison à la campagne. Je n’avais pas réalisé combien ses clichés la rendirent célèbre. Elle était invitée partout pour en parler.
Un film de la rétrospective la présente dans son bureau, paraissant répondre à son courrier. La photo suivante est extrait du film.

Elle porte, élégamment, une robe faite avec de la doublure d’uniformes allemands. Je trouve que l’on retrouve le même type de pied de nez qu’avec la baignoire.

Lee Miller aimait recevoir ses amis chez elle. Elle était reconnue comme une cuisinière très talentueuse, même si, pour les autres tâches ménagères, elle se faisait aider.
En conclusion,
Avec presque 250 photos inédites, cette rétrospective est un événement notoire pour ceux qui aiment la photographie, certes. Mais, elle témoigne de notre Histoire et à ce titre, l’exposition mérite toute notre attention. Derrière le mannequin devenu célèbre, derrière la compagne de Man Ray ou la correspondante de guerre, cette rétrospective révèle surtout une photographe majeure dont le regard n’a jamais cessé d’interroger son époque.

En quelques mots
L’exposition consacrée à Lee Miller au Musée d’Art moderne de Paris réunit plus de 250 photographies retraçant son parcours exceptionnel. De mannequin à artiste surréaliste, de portraitiste à reporter de guerre, cette rétrospective révèle toute la richesse du regard d’une femme qui a traversé les grands bouleversements du XXᵉ siècle.
Commissaires
Damarice Amao, attachée de conservation au cabinet photo du musée national d’Art moderne.
Hilary Floe, conservatrice en chef à la Tate Britain et commissaire de l’exposition Lee Miller.
Fanny Schulmann, conservatrice en chef au Musée d’Art moderne de Paris.
L’exposition à la Tate Britain s’est tenue du 2 octobre 2025 au 15 février 2026 et l’exposition à l’Art Institute of Chicago aura lieu du 29 août au 7 décembre 2026.
Pour aller plus loin


Lee Miller : Photographe de Guerre – Lee Miller à Saint-Malo : Photographies de guerre –
Questions pratiques
Lee Miller
Musée d’Art moderne
Exposition du 10 avril au 02 août 2026
11 avenue du Président Wilson 75116 Paris
Tél. +33 1 53 67 40 00

Elle doit être géniale cette expo !
J’ai beaucoup aimé cette exposition qui fait une rétrospective à lee miller. Il y a quelques années il y a ai déjà eu une exposition sur elle au musée du jeu de paume je crois.
Bonjour Matatoune, une figure importante de l’art du 20e siècle ! J’espère voir cette exposition avant sa fermeture en août. Merci 🙏 Excellente journée à toi ☀️
Je te la recommande vraiment. Attention, beaucoup de monde. Donc, une réservation prévue bien en avance est nécessaire. Excellente continuation. Merci pour ta fidélité ! 🕶🌞