Black-and-white exhibit wall with vintage photos of women and large bold letters, dates 10 avril–02 août 2026.

Lee Miller au Musée d’Art moderne de Paris

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Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente une rétrospective sur Lee Miller. Accédant véritablement au statut d’artiste, l’exposition rassemble plus de 250 tirages anciens et modernes. Organisée par le Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago, elle propose un regard complet sur l’ensemble de son œuvre. Mais, surtout, cette exposition permet, enfin, de dépasser l’image du mannequin et de la muse de Man Ray

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Lee Miller, jeune fille, avec sa famille

Lee Miller (1907, Poughkeepsie, États-Unis -1977, Chiddingly, Royaume-Uni) fut tour à tour mannequin, photographe et reporter de guerre. À sa mort, son fils Antony Penrose, découvre dans le grenier de sa maison l’ensemble des carnets, photographies et planches contacts que sa mère, Lee, avait réalisés. Depuis, il n’a eu de cesse, avec sa propre fille, de faire reconnaître non seulement le talent de sa mère mais également tout ce qu’elle a apporté à l’histoire du XXᵉ siècle.

L’exposition retrace tout le parcours, de ses débuts à New York aux années de guerre en Europe, en passant par son séjour en Égypte et sa vie à Londres. Elle documente à la fois ses recherches artistiques et ses engagements.

J’ai choisi de présenter quelques clichés qui m’ont marquée, en faisant l’impasse sur tellement d’autres. Lee Miller est une artiste qui me fascine beaucoup et le nombre de chroniques sur ce blog le montre.

Artiste surréaliste

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Autoportrait avec serre-tête, vers 1932

« Pour cet été-là du moins, elle se réserva à Roland. Au creux de son lit, il caressait ses cheveux qu’elle laissait librement friser. Lorsqu’il l’avait rencontrée chez Rochas, elle les avait lisses, plaqués en arrière, aussi nets et disciplinés que sa robe. C’était son déguisement de mannequin, lui expliqua-t-elle, celui sous lequel elle s’offrait au regard des photographes de mode, et des hommes qu’elle n’effrayait pas ». Les Chambres noires de Lee Miller par Jennifer Lesieur

Ce portrait me touche beaucoup. Bien sûr, ce visage parfait de profil est d’une beauté accomplie. C’est son visage fardé et apprêté qu’elle présentait pour son métier de mannequin, avec ses cheveux tirés, complètement différents de sa vraie nature. Mais, la tristesse du regard évoque une profondeur qui est à l’inverse de l’image qu’elle montre.

De retour de Paris, Lee Miller ouvre son propre studio de photographie. Et lors d’une séance de photos pour le magazine Vogue, la photographe n’hésite pas poser et envoie cet autoportrait.

Dix ans plus tard, en 1943, Lee Miller photographie ce modèle et son cliché incarne un condensé de ses recherches surréalistes, qu’elle a, bien évidemment, continué bien après sa séparation avec Man Ray. Celui-ci avait la fâcheuse tendance à s’approprier personnellement tous leurs essais.

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Modèle avec ampoule – Vogue Studio

Les portraits de ses contemporains

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Colette – Paris -1944

Le portrait de Colette, entièrement ébouriffée, avec sa boule de cristal, est renommé. Mais, celui que je trouve particulièrement réussi est celui de Picasso. Lors de sa venue à Paris et sa vie avec Man Ray, Lee Miller a côtoyé la bande : Picasso, Éluard et toutes les femmes.

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Picasso – Mougins-1937

L’amitié qui la lie à Picasso sera réciproque. Après la guerre, Lee Miller le retrouve avant Éluard et Nusch. Chacun choisira, à plusieurs reprises, de faire le portrait de l’autre.

Dans le portrait ci-dessus, Lee Miller a réussi à saisir le regard du Minotaure qu’était l’homme, dans son univers.

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Nusch Eluard assise sur le devant d’une voiture –
Golfe Juan 1937

Là encore, Lee Miller sait saisir l’aura de la jeune femme, sa décomplexion que tout le monde vantait et sa joie de vivre.

Lorsqu’elle photographie Dora Maar après la guerre, elle devient sur le cliché une presque religieuse vouée encore à l’amour de sa vie. Seulement, celui-ci s’est lassé et il ne lui reste que l’image fragmentée qu’il avait composé d’elle.

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Dora Maar à Paris vers 1956

L’engagement dans la guerre

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Photographie officielle des correspondantes de guerre de l’armée américaine en 1943. Lee Miller est la seconde à droite

La rétrospective du Musée d’Art moderne présente un nombre important de clichés et de planches contacts de ses reportages à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elle accompagnait l’armée américaine. Nombreux sont ceux qui sont inédits. À juste titre, une salle particulière les rassemble et l’appareil photographique y est interdit.

La photographie qui a fait le tour du monde représente Lee Miller dans la baignoire de l’appartement d’Hitler avec ses godillots qui salissent le tapis de la boue des camps d’extermination. Seulement, en regardant attentivement les planches contacts exposées, le traumatisme de ceux qui ont découvert les camps d’extermination est important.

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Maquette pour « Paris » du Vogue américain 15 octobre 1944

Loin de toutes ces photographies si fortes en émotions, j’ai choisi de présenter la photo du balcon de l’hôtel où Lee Miller et David E. Scherman séjournèrent à Paris.

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Bouteilles de champagne et jerrican sur le balcon de la chambre de Lee Miller à l’hôtel Scribe à Paris en 1945

L’hiver 45 fut, paraît-il très froid. Et à Paris, il y avait toujours les tickets de rationnement et la population était affamée. Tout manquait, y compris le bois pour chauffer les appartements.

Par cette photo, Lee Miller témoigne de son statut privilégié. Trouver des bouteilles de champagne devait être quand même très difficile, à cette époque. Pourtant, elle en stocke deux sur ce balcon. Durant le siège de Saint-Malo, Lee Miller raconte qu’elle partageait des coupes avec le gradé américain, qui l’avait accueillie. L’alcool mondain semble être présent dans sa vie. Les deux jerricans témoignent de la nécessaire liberté que l’essence procurait aux deux reporters de guerre.

C’est sans doute ce contraste qui me frappe aujourd’hui : tandis que Paris peine encore à se nourrir et à se chauffer, deux bouteilles de champagne attendent tranquillement sur ce balcon. Derrière l’anecdote, la photographie raconte aussi les inégalités d’un temps que l’on imagine souvent uni dans l’euphorie de la Libération.

Vivre malgré tout

Le retour à la vie civile ne fut certainement pas facile. Elle rejoint son amour Roland Penrose qui lui offre une belle maison à la campagne. Je n’avais pas réalisé combien ses clichés la rendirent célèbre. Elle était invitée partout pour en parler.

Un film de la rétrospective la présente dans son bureau, paraissant répondre à son courrier. La photo suivante est extrait du film.

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Extrait de Candid Camera with Lee Miller – 1946

Elle porte, élégamment, une robe faite avec de la doublure d’uniformes allemands. Je trouve que l’on retrouve le même type de pied de nez qu’avec la baignoire.

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Lee Miller cuisine dans sa cuisine

Lee Miller aimait recevoir ses amis chez elle. Elle était reconnue comme une cuisinière très talentueuse, même si, pour les autres tâches ménagères, elle se faisait aider.

En conclusion,

Avec presque 250 photos inédites, cette rétrospective est un événement notoire pour ceux qui aiment la photographie, certes. Mais, elle témoigne de notre Histoire et à ce titre, l’exposition mérite toute notre attention. Derrière le mannequin devenu célèbre, derrière la compagne de Man Ray ou la correspondante de guerre, cette rétrospective révèle surtout une photographe majeure dont le regard n’a jamais cessé d’interroger son époque.

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En quelques mots

L’exposition consacrée à Lee Miller au Musée d’Art moderne de Paris réunit plus de 250 photographies retraçant son parcours exceptionnel. De mannequin à artiste surréaliste, de portraitiste à reporter de guerre, cette rétrospective révèle toute la richesse du regard d’une femme qui a traversé les grands bouleversements du XXᵉ siècle.

Commissaires

Damarice Amao, attachée de conservation au cabinet photo du musée national d’Art moderne.

Hilary Floe, conservatrice en chef à la Tate Britain et commissaire de l’exposition Lee Miller.

Fanny Schulmann, conservatrice en chef au Musée d’Art moderne de Paris.

L’exposition à la Tate Britain s’est tenue du 2 octobre 2025 au 15 février 2026 et l’exposition à l’Art Institute of Chicago aura lieu du 29 août au 7 décembre 2026.

Pour aller plus loin

Lee Miller : Photographe de Guerre Lee Miller à Saint-Malo : Photographies de guerre

Questions pratiques

Lee Miller

Musée d’Art moderne

Exposition du 10 avril au 02 août 2026

11 avenue du Président Wilson 75116 Paris

Tél. +33 1 53 67 40 00

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20 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Merci de nous faire découvrir cette exposition qui me plairait bien pour découvrir la femme engagée et ses photos. Bonne journée

    • Ah, oui, toi qui aime la photographie, cette artiste devrait bien de plaire ! Bon week-end 🍒

    • Tout à fait et les traumatismes vécus avant qu’on les nomme ainsi ont continué à la dévorer !

    • oui, mais, je trouve, qu’il ne rendait pas compte de la complexité de sa personnalité. Féministe, certes mais vraiment à sa manière, libre et sûre d’elle et de sa beauté.

      • Belle expo mais elle passe assez vite sur l’invisibilité organisée par son mari demandant à Vogue de ne plus lui commander d’article « parce que cela l’angoissait » et la « redécouverte » de son talent par son fils qui jusqu’à peu de temps n’en disait que du mal
        Je cite « Antony Penrose :
        « La seule mère que j’ai connue était une ivrogne incapable de quoi que ce soit, une personne hystérique qui faisait tout un cinema rien que pour aller prendre un train »
        « She was a hopeless mum. She had no natural maternal instincts »

        • L’exposition est organisée avec les fonds Pentose, donc avec l’accord de son fils, bien âgé maintenant, et sa petite fille. C’était certainement une volonté de la famille de donner à voir son talent et pas ses failles.
          Elle a subi un choc traumatique non soigné. L’exposition la montre dans sa cuisine cuisinant toute une journée, nous précise le cartel. Cette exigeante des personnes extrêmement blessées.! Tout est dit dans cette photo !
          D’autres montrent des amis venus la voir après la guerre. Beaucoup montre des regards, dans ses portraits, portant ce qu’aucun homme n’aurait dû vivre et subir.
          Alors, était-ce de l’invisibilité ou de la protection ? Franchement, je pense que lorsque le trouble mental frappe une famille, difficile de penser qu’on puisse vivre comme tous les autres. Elle devait subir des accès de dépression terrible qui la coupait du monde, l’isolait dans sa douleur, la rendant insensible aux yeux de son fils, peut-être avec des poussées suicidaires et des scarifications à moins que son alcoolisme l’est protégée de ces extrêmes.
          En plus, ce vécu traumatique faisait écho à une blessure dans l’enfance ! Non, il me semble que ce n’est pas de l’invisibilité !

          • Penrose, désolée pour les libertés de l’écriture prédictive de ma tablette !

    • Mercil’exposition était très chouette en effet ! Bon week-end à venir ! 🌞🕶

  2. J’ai beaucoup aimé cette exposition qui fait une rétrospective à lee miller. Il y a quelques années il y a ai déjà eu une exposition sur elle au musée du jeu de paume je crois.

    • J’avoue ne plus me rappeler. Moi, je l’avais découverte lors d’une expo au musée de la libération qui présentait 5 femmes reporters de guerre dont Lee Miller. Celle-ci est intense et montre l’étendue de son talent !

  3. Bonjour Matatoune, une figure importante de l’art du 20e siècle ! J’espère voir cette exposition avant sa fermeture en août. Merci 🙏 Excellente journée à toi ☀️

    • Je te la recommande vraiment. Attention, beaucoup de monde. Donc, une réservation prévue bien en avance est nécessaire. Excellente continuation. Merci pour ta fidélité ! 🕶🌞

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