Michel Bussi – Les ombres du monde – #rl2025

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Une saga qui court sur trois générations pour appréhender l’histoire du dernier génocide du 20ème siècle en essayant d’en dégager la nature de la responsabilité du gouvernement français, voici Les ombres du monde de Michel Bussi. Cumulant ses talents d’écrivain avec ses connaissances d’enseignant, chercheur en géographie politique, ce roman est un grand roman historique populaire !

Comme cadeau de Noël, Maé, attirée par les gorilles depuis toute petite, se voit offrir trois billets pour un voyage au Rwanda. Rien ne peut lui faire plus plaisir ! Son grand-père, Jorik, et sa mère, Aline, l’accompagneront, ainsi qu’un petit carnet écrit par sa grand-mère, Espérance. Son grand-père lui remet sans que n’en sache rien sa propre mère.

Dans sa jeunesse, le grand-père était un parachutiste français envoyé au Rwanda pour assurer la sécurité du pays. Espérance était une professeure née au Rwanda. Une histoire d’amour va les lier. Aline, leur fille, a vécu ses trois premières années dans ce pays, puis est venue en France. Ni Jorik, niAline ne sont revenus au Rwanda.

Thriller historique

Avec son art de l’intrigue, Michel Bussi entremêle le récit du voyage, bouleversé par un enlèvement, avec la voix d’Espérance, que Maé découvre dans le carnet. Cette fresque historique parfaitement documentée saisit l’émotion du lecteur. La voix d’Espérance fait revivre les événements qui bout à bout décrivent l’engrenage et la violence de cette guerre civile. Elle s’adresse à Alice, mais c’est Maé qui fait revivre les mots avec nos yeux.

Maé incarne l’ignorance et la naïveté d’aujourd’hui. Ainsi, le chemin que fait la jeune fille sur la connaissance de ses origines est aussi celui que franchit le lecteur sur l’Histoire : Suicide de François de Grossouvre, l’avion du président du Rwanda abattu, la complicité de l’armée française, etc.

Raconter l’Histoire de ce « petit pays » que les lecteurs ont découvert à travers les œuvres de Gaël Faye, Michel Bussi y parvient parfaitement. Il met en scène les preuves de l’implication directe de l’armée française, tel que le journaliste, Patrick de Saint-Exupéry l’a établi.

Seulement, Michel Bussi, grand spécialiste du twist littéraire, ne fait que les évoquer sans les affirmer. Il propose à chacun de s’interroger, objectif de ce roman foisonnant de plus de cinq cents pages. En sept chapitres, l’écrivain populaire pose des bases solides où tous les faits relatés sont historiques, mais, où l’enchaînement des responsabilités peut être discuté.

Et lorsque la recherche de la vérité est au cœur de l’intrigue de Michel Bussi, il est temps d’applaudir ! Michel Bussi devient avec Les ombres du monde, le Alain Decaux d’aujourd’hui. Sûr, il y aura une adaptation en bandes dessinées et peut-être un film. En le faisant paraître à la rentrée littéraire, l’éditeur espère certainement un prix prestigieux. Et ce serait mérité !

Car, même si le thème principal de cette rentrée littéraire est la mémoire des écrivains sur leur propre histoire, le roman Les ombres du monde ouvre les réflexions sur l’Histoire de notre pays et ses relations postcoloniales. Mais, que les lecteurs de Michel Bussi se rassurent, tous les ressorts du thriller sont aussi bien présents.

« Quand on laisse la violence nous dévorer, c’est notre intelligence qu’elle grignotte en premier.« 

Pour aller plus loin

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Rien ne t’effaceAu soleil redouté – J’ai dû rêver trop fort – On la trouvait plutôt jolie – Sang famille- Les Assassins de l’aube

Puis quelques extraits

Il n’y a jamais de génocide sans guerre pour la guerre offre le droit de tuer. Elle banalise la mort, elle normalise les barbaries, les barrières psychologiques sont attaquées, les normes morales abolies. Mais le genocide est bien différent. Il vise à exterminer un peuple, définitivement. Pour ne te donner qu’un exemple dans une guerre, on tue les hommes en premier, les soldats ennemis représentent la menace principale. Dans un génocide, on tue d’abord les femmes, parce qu’elle porte la vie, puis les enfants parce qu’ils représentent l’avenir, ainsi que les vieux, parce qu’ils sont les gardiens de la mémoire.

Pas de chambre à gaz ici, pas de mitraillettes lourdes, pas de solution finale inventée par des savants. C’est un génocude agricole, commis par des meurtriers équipés d’outils archaïques mais aucun n’a jamais été aussi efficace depuis que l’humanité existe. Un million de morts en cent jours. Plus de dix mille par jour. Même les nazis n’ont pas fait mieux.

Parce que l’humanité est le seul moyen de lutter contre la monstruosité.

J’avais entendu une rescapée, devenue influenceuse célèbre et adulée racontait qu’elle se sentait comme une fleur, épanouie dans le plus beau vase qui soit, mais qu’elle resterait à jamais une fleur coupée, et que la vie n’aurait de sens qu’en retrouvant le sol où elle avait poussé. Non pas pour se reconnecter avec ses racines, elles étaient pourries et elles ne voulaient pas en entendre parler, mais pour y planter une nouvelle graine.

Il faut marcher vers la démocratie avec prudence, comme quand tu t’engages dans une escalade dangereuse, en assurant chaque prise.

Et encore,

Nulle part Maé ne voyait de déchets. Aucune décharge à ciel ouvert, aucune poubelle éventrée, aucune carcasse rouillée, aucun bout de verre et aucun morceau de papier, pas même le moindre sac plastique envolé. Une pauvreté sans saleté. Une misère immaculée.

Tu ne comprends pas ? Ces extrémistes hutu se servent de vous. L’armée rwandaise ne tiendrait pas trois jours devant celle de Kagame, alors ils vous utilisent comme bouclier. Pendant que les paras français gardent la frontière, ils en profitent pour tuer des innocents dans votre dos.

C’est difficile de tout expliquer avec de l’encre sur du papier

Brûler les feuilles du mal, c’est si pratique. Est tellement inutile, si l’on n’arrache pas ses racines.

Eh bien tu te trompes, asséna Nado. Tous les génocides du monde ont au moins un point commun. À l’exception d’une poignée de justes, personne ne résiste à la machine à tuer quand elle s’est emballée. La désobéissance civile est un mythe. Tout le monde obéit, et plus encore quand les ordres sont insensés. Qu’aurions-nous fait, Mae ? Comme tout le monde, je le crains : nous aurions hurlé avec les loups, pour essayer de survivre, je le crains. Et ensuite, si par miracle on y était parvenu, nous aurions palabré, pardonné, commémoré.

L’obsession de la plupart des rescapés est de retrouver les corps de leurs proches, beaucoup sont restés croyants, et leur dernière quête est de pouvoir les enterrés dignement. Les gacaca ont surtout servi à cela, faire avouer au génocidaires, en échange d’une réduction de peines, où les victimes avaient été abandonnées.

Et encore, encore

Un pays si beau, vu du ciel.
Un pays à hauteur d’homme, si cruelle.

Je suis désolée je ne suis pas de ces mères qui chroniquent chaque anecdote de la vie de leur enfant. Ce journal n’est pas ta biographie, c’est le récit de ton pays. Je ne veux pas faire de toi une reine, mais une citoyenne.

Si une femme telle que moi, pieuse, épouse et mère de famille irréprochable, a pu faire ce dont vous m’accusez, sans en éprouver le moindre remords, alors je vous le prédis, tout recommencera. Parce que chacun d’entre nous porte cette part de peur et de haine, tapis dans nos cerveaux, prête à le dévorer. Là où dansent les ombres du monde sur le plancher pourri de notre humanité.

Qui peut deviner qui a pardonné, qui a oublié, combien de temps il faut pour cesser de ruminer le passé ?

La foi, ce n’est pas croire en l’humanité, c’est croire en une conversation intime entre Dieu et moi.

Ça revenait à faire du front patriotique Rwandais un absolu pour une menace suprême à combattre, y compris en soutenant des extrémistes hutu. C’était comme si les démocrates européens, en 1944, avaient refusé de soutenir les Anglais et les Américains au motif que le débarquement provoquerait des représailles allemandes sur les populations civiles. Pire, cela revenir à rejeter la responsabilité des crimes nazis sur les alliés. Insensé. Et pourtant, c’était bien le raisonnement de cette note confidentielle.

Ici en bref

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Michel Bussi – Les ombres du monde

Rentrée littéraire 2025

X : @michelbussi / Instagram : @michel_bussi – Facebook

Éditeur : Les Presses de la Cité – X : @PressesdelaCite / Instagram : @pressesdelacite – Facebook

Parution : 14 août 2025 – EAN : 9782258212299 – Lecture : Août 2025

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24 commentaires

  1. Ce qui m’a le plus marqué dans ce roman, c’est la description très précise des évènements historiques et politiques. c’est tout à fait saisissant. J’ignorais le rôle de la France au Rwanda.
    C’est aussi un polar très bien ficelé, comme toujours avec Bussi. J’ai vraiment aimé.

    • Oui, c’est son côté historien et géographe ! J’ai beaucoup aimé aussi. Je regrette qu’il n’ait pas reçu un prix pour encourager cet écrivain à investir le polar populaire et l’histoire véridique ! À suivre donc . Merci pour ton retour enthousiaste 🙏✍️📚

    • J’y ai trouvé ce que je cherchais chez cet écrivain : qu’il sorte de ces thrillers traditionnels pour donner toute la mesure de ses connaissances de géographe. J’aurais plaisir à lire ton avis !
      Bon week-end 📓🎒🖋

    • Aucune honte ! Moi je n’ai jamais lu Amélie Nothomb.
      Chaque année, je me dis que je vais faire un effort et découvrir celui qui sort ! Et chaque année, j’en n’ai pas vraiment envie ! Alors, tant pis !
      En lisant les avis sur Les ombres du monde, évidemment certains, les historiens souvent, trouvent que c’est une bien drôle manière de traiter l’histoire, d’autres, les polardeux, pensent que les références historiques encombrent l’intrigue. Moi, je pense que c’est une bien belle façon d’enseigner l’histoire au plus grand nombre et de poser des questions afin d’aider à trouver de vrais réponses !
      Mais, c’est vrai que embourbés dans cette actualité dévorante et anxiogène, peu de temps pour la réflexion sur le passé de notre pays 🌞

    • Oui, ce sera un incontournable ! Comme Olivier Norek avec son dernier est passé en littérature générale, Michel Bussi vient d’entrer brillamment dans le roman historique !

    • Je me répète mais je pense que c’est un incontournable dans l’œuvre de cet écrivain !

    • Tu devrais passer un excellent moment de lecture. Bonne semaine à toi aussi !

    • Je pense son meilleur depuis qq années ! Et c’est l’un des écrivains le plus vendus de France 😉

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