
Récit, introspection, essai et enquête sur un « simple » fait divers, Claire Berest les conjugue tous pour livrer son analyse du procès de Mazan au retentissement international qu’elle a suivi en direct deux semaines durant pour le magazine Paris Match. Et ainsi, l’écrivaine analyse comment ce fait divers s’est transformé en fait de société.
Confiant son attirance immodérée et de longue date pour les points de « bascule » des faits divers définis par Roland Barthes, Claire Berest décortique les différents aspects de ce procès hors normes.
Claire Berest s’appuie, entre autres, sur l’oeuvre du philosophe Simone Weil, pour nous confier ses réflexions sur le mal de l’homme « dit ordinaire ». Son respect pour la personne de Gisèle Pelicot, (comme elle a choisi de se faire appeler lors du procès), transparaît au fil des pages. Ainsi, son analyse sur sa personnalité permet de relever l’aspect morcelé maintenant de cette femme, entre la femme aimante, épouse pendant plus de cinquante ans d’un homme qu’elle décrivait comme parfait, et celle qui s’est exposée, sédatée et inconsciente devant tous, pour permettre que la société s’interroge et progresse.
Cette chair des autres, brillante sororité, transforme le malheur qu’a vécu Gisèle Pelicot en combat pour que d’autres femmes se disent » Si Madame Pelicot la fait, je peux tenter de le faire ».
Brillant et indispensable !
Claire Berest pousse aussi sa réflexion sur l’accusé et ces cinquante autres hommes et complices. Aucune haine, ni même sidération ou évitement interviennent ici. Il s’agit de s’aider de la réflexion pour tenter d’entendre et éprouver pour déconstruire la particularité de « leur normalité sexuelle » que chacun tente de revendiquer.
Son travail de recherches permet, même si elle n’a assisté qu’à une partie du procès (six études d’accusés par semaine), de tenter d’appréhender leurs individualités et d’analyser leurs systèmes de défense pour comprendre ce qu’ils disent de notre société.
Une démonstration complète et fouillée, écrite à la fois en s’appuyant sur les réflexions de penseurs et d’historiens mais aussi sur la profonde sensibilité de cette écrivaine, que j’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir.
Claire Berest a quitté le domaine de la fiction pour éprouver le réel et quelles évidences, elle renvoie pour questionner, le Je et le Nous ensemble. Ainsi, l’écrivaine a trouvé la bonne distance pour nous permettre de réfléchir. Qu’elle en soit rassurée et son père aussi !
Cette Chair des autres n’est pas un énième reportage sur ce procès si particulier. Claire Berest livre sa réflexion étayée par ses lectures et son expérience complétée par sa sensibilité féminine et féministe. Brillant et indispensable !
Puis quelques extraits

Le cœur noir du fait divers, c’est la bascule. Mécanisme qui réussit le paradoxe d’être sidérant et si humain à la fois. Toute bascule est une déflagration, un renversement de l’ordre établi, un bal des fous. Ce qui nous questionne, et peut entraîner le sentiment de fascination, C’est la violente discontinuité qu’elle représente. La discontinuité comme une coupure franche qui nous plonge dans l’inconnu. Elle déconcerte. C’est un endroit où elle n’y a plus de causalité.
Je pense que cette fascination, que l’on peut juger malsaine, pour la bascule des faits divers, résulte d’une tentative de mette du sens, face à l’inexplicable, et par là de combler le vide.
Ancrée à mon banc, je me faisais la réflexion qu’il ait peu de circonstances qui vous obligent à regarder la même image pendant des heures, des jours, et que cette contorsion permet à l’œuvre de vous mystifier et de vous obséder.
Mais, a-t-elle dit, « si la publicité des débats permet de faire en sorte que d’autres femmes n’aient pas à en passer par la, alors cette souffrance que je m’inflige tous les jours aura un sens. »
On lui a ôté cette cloison vitale entre l’extérieur et l’intérieur ( ce dernier constituant l’abri fondamental). On lui apprit que dans sa petite maison de Mazan elle n’avait jamais été chez elle.
Le fait que je me mêle de la situation de mon prochain n’est pas une preuve d’altruisme ou de bravoure, mais résulte en grande partie de ma paranoïa nourrie par cet attrait pour les faits divers que j’entretiens depuis mon plus jeune âge.
Boucle sans fin de l’acceptation d’avoir commis un viol, coexistant avec le refus d’être qualifié de violeur.
C’est une majorité de femmes qui se tient à la barre dans ce procès pour soutenir les coaccusés.
Et encore,
Cinquante et une personnes à juger, en quinze semaines, soixante-neuf jours d’audience, dans une salle minuscule.
J’ai aimé ce président, sa. grande pudeur était une île où se reposer.
Trouver la bonne distance est une question qui vous obsède quand vous écrivez et quand vous écrivez sur une tragédie réelle et non fictionnelle, advenue à d’autres, cette réflexion vous harcèle. Rien ne peut être parfaitement honnête, ni le proche ni le lointain.
Ici la tentation semble grande de s’affubler du malheur de la victime, même si cela reste à un niveau inconscient.
Je vois partout et tout le temps le mal potentiel. J’anticipe la situation qui va mal tourner, j’imagine le pire, j’échafaude parfaitement l’invraisemblable. Et mon imagination est sans limite.
Le « fait divers », à l’origine, n’est qu’une rubrique. Et ne possède pas d’équivalent dans d’autres langues que le français.
D‘autres publications de Claire Berest sur le blog



Rien n’est noir – Artifices – L’épaisseur d’un cheveu
Ici en bref




Questions pratiques

Claire Berest – La chair des autres
Éditeur : Albin Michel – X : @AlbinMichel Instagram :@editionsalbinmichel – Facebook
Parutiomn : 30 avril 2025 – EAN : 9782226503572– Lecture : Mai 2025

J’apprécie cette auteure, je note celui-ci, même si je n’ai pas vraiment suivi ce procès. Bonne semaine
J’ai apprécié ses analyses. Bonne continuation 📕
celui-ci est dans ma WL pour le challenge Juillet sororité
Alors, j’aurai plaisir à lire ton retour 😉
Je pense que je préfère passer mon tour, sur ce coup…
J’avais besoin de prendre du recul par rapport à ce procès hors-norme qui a complètement bouleversé ma perception de la soumission chimique dans la sphère conjugale. Cet essai a répondu à mes attentes !
Je comprends ces questionnements !
Je n’apprécie pas trop les romans de l’auteure, mais ce que tu dis de cet essai me parle.
Par contre, j’aime sa sensibilité !
Bonjour Matatoune. J’éviterai cet essai pour le moment, ce procès ayant été très médiatisé. Bonne journée
Moi, j’avais besoin, contrairement à toi, de prendre du recul par rapport à toute la médiatisation. Et son essai m’y a aidé.
Bon week-end 💐
Brillant et indispensable ! Eh ben !
J’ai lu un roman de cette auteure, mais je ne sais plus le titre…
Oui, je me suis un peu enflammée 😆 Mais, j’ai bcp aimé 😉
Je n’avais pas trop apprécié « rien n’est noir » de cette écrivaine. Son style ne me touche pas… Et puis je préfère les romans de fiction, l’imagination… Bref, je passe mon tour sur ce livre-ci 🙂
Je comprends; J’avais besoin de trouver des pistes de réflexion !
De toutes façons, il y a tant et tant à lire …
Bonne fin de semaine !
Ce titre me tente beaucoup plus que celui de Manon Garcia, qui semble pourtant faire l’unanimité… je ne sais pas trop pourquoi, un stupide a priori sans doute..
Je n’ai pas lu l’essai de Manon Garcia. Mais, il semble qu’elle pousse sa réflexion sur le pourquoi cette soumission chimique alors que les femmes revendiquent actuellement de plus en plus leur liberté. Ici, c’est la personnalité de Claire Berest, sensible et ouverte au mouvement féministe, qui m’a attiré.
A lire mais plus tard quand tout sera quelque peu retombé pour prendre du recul. Bisous bonne journée
Elle a été capable d’analyser tous les points et expliqué parfaitement comment ce fait divers est devenu fait de société.
Bonne continuation 🌸
Ce procès est terrible. L’analyse de ce fait-divers si glauque, si incroyable est certainement intéressante.
Merci Mata 🙏🏻
Oui j’avais besoin de refaire un point sur tous les aspects dece fait divers devenu fait se société. Très bonne continuation 🌞 🌸