
Le lien entre le MAM (Musée d’Art Moderne de la ville de Paris) et l’artiste Henri Matisse est fort. Une salle est d’ailleurs dédiée pour présenter son chef-d’œuvre La Danse. Néanmoins, c’est la première fois que le musée organise une exposition chronologique sur l’ensemble de sa vie. En prenant le thème des portraits de Marguerite, sa fille, non seulement émerge une relation attentive et affectueuse, mais représente le modèle le plus constant tout au long de sa vie. L’exposition montre toute la richesse d’un artiste majeur du XXè siècle.
Une ambiance sereine règne dans cette exposition. Peut-être, ce ne sont que mes projections sur les œuvres présentées. Mais, la tendresse que témoignait Henri Matisse pour sa fille transparaît tout au long de l’exposition. Un profond respect existait entre eux. Leurs correspondances le confirment. De plus, Marguerite se livrait comme modèle, confiante en le talent de son père.
L’enfance de Marguerite à Collioure

Marguerite naît en 1894 de la relation courte de l’artiste, alors jeune étudiant en
peinture, avec son modèle Caroline Joblaud. Reconnue par son père, elle grandit aux côtés des autres enfants, Jean (1899-1976) et Pierre (1900-1989), fils de Matisse et de son épouse Amélie.

Sa santé fragile l’oblige à être trachéotomisée. Sur les tableaux, elle est reconnaissable à son ruban noir autour du cou cachant sa particularité aux regards.

Ses soucis de santé accaparent les pensées de son père. Marguerite ne fréquentera pas beaucoup l’école. Par contre, elle s’élèvera dans l’atelier de son père, solitaire et isolée. Déjà à cette époque, toute la famille est tournée pour permettre à Henri Matisse de se consacrer pleinement à ses créations. Aussi, tous les membres de la famille concourent à soulager son quotidien.

Marguerite, jeune fille
La famille s’installe à Issy-les-Moulineaux en 1909 et y restera jusqu’au milieu de la première guerre mondiale. Dans le parc de cette grande bâtisse bourgeoise, Henri Matisse de fait construire un atelier. Seuls les tableaux révéleront son intérieur comme L’atelier rouge.

Cette toile voyage à l’étranger et s’expose dans les grandes expositions qui lui sont consacrées : Berlin en 1910, Londres en 1912 et à l’Armory Show de New York en 1913. Seulement, ce tableau ne sera jamais à vendre. Matisse le conservera jusquà la fin de sa vie.
Les yeux baissés de l’enfant ont fait place à un regard direct et volontaire. Leurs correspondances témoignent que Matisse retrouve, dans la personnalité de sa fille, ses propres traits de caractère.

En imitant l’écriture enfantine, Henri Matisse a simplifié son trait. Certains ne comprendront pas et se moqueront. Picasso l’échangera avec une de ses toiles et la gardera tout au long de sa vie.
Nice, la belle
L’installation à Nice se fait progressivement. Il aime y passer les hivers, plus doux qu’à Issy. Matisse commence à louer une chambre à l’hôtel Beau Rivage, au 107 quai des États-Unis, sur la Promenade des Anglais. Puis en avril 1918, il loue un appartement à un ami, près de l’hôtel Régina.

Marguerite aime les toilettes. Ici, est-ce le chapeau que Matisse a offert à Marguerite en cadeau, un jour ?
En automne 1918, il loue une chambre à l’hôtel de la Méditerranée. Il y séjourne régulièrement jusqu’en 1921. Matisse y peint régulièrement Marguerite. Seulement, de plus en plus souvent une jeune femme, Hélène Durricarrère, sert de modèle à son père, notamment pour les nus. La complicité est palpable entre les deux femmes.

Seulement, l’année de ses vingt-cinq ans, au printemps 1920, Marguerite s’engage dans une chirurgie novatrice qui permet de supprimer la trachéotomie. Après des soins de plusieurs mois pour la cicatrisation, le cou de Marguerite se laisse enfin regarder. Matisse emmène sa fille pendant la convalescence à Étretat pour qu’elle profite de l’air vivifiant et iodé de la mer. Lui en profite pour se plonger dans les toiles de Monet et Courbet, entre autres.

Combien cette toile exprime la tendresse d’un père, ne trouvez-vous pas ? Elle a été composée après l’opération.
Marguerite s’essaye à la peinture. Aimant les toilettes, elle se lance aussi dans la couture.


Marguerite femme

Georges Duthuit (1891-1973) est un écrivain, historien et critique d’art français. C’est en fréquentant le peintre, qu’il s’éprend de sa fille.
Marguerite épouse George en 1923. Elle disparaît des tableaux de son père, mais continue à être son agente à Paris, jouant un rôle primordial dans sa carrière. En 1931, naît son fils Claude.

Pendant la seconde guerre mondiale, Amélie et Marguerite sont arrêtées par la Gestapo. Torturée, elle réussit à s’échapper du train qui la conduisait en camp de concentration. Toute la famille, sauf le peintre lui-même, était dans la résistance. Matisse, isolé à Nice, n’y joua aucun rôle.
Marguerite le retour
Après vingt ans d’absence des tableaux de son père, Marguerite réapparaît. En 1945, Matisse découvre, bouleversé, la souffrance endurée par sa fille.

À Vence, ils se retrouvent chaque après-midi dans la posture du modèle et de l’artiste. Au fil des confidences de Marguerite, deux portraits émergent. Le premier ci-dessus est comme vague et fantomatique. Le second, ci-dessous, est lumineux.

Photographies
Extraites du film diffusé à la fin de l’exposition, conçue par la réalisatrice Elisabeth Kapnist.
Source
Historim – Histoire et Recherche d’Issy-les-Moulineaux
Dossier de presse de l’exposition ici

Commissaires
Isabelle Monod-Fontaine, conservatrice générale du patrimoine honoraire
Hélène de Talhouët, docteure en histoire de l’art contemporain, enseignante-chercheuse
Charlotte Barat-Mabille, commissaire d’exposition au Musée d’Art Moderne de Paris
L’exposition à hauteur d’enfants
Une signalétique et un livret signale le Parcours Famille. De plus, un espace dédié est mis en place.


Une initiative remarquable
Une expérience en réalité virtuelle présente la création des panneaux de la danse chez le collectionneur Barnes, à Philadelphie : Danse Danse Danse Matisse réalisée par Agnès Molia et Gordon.


Pour compléter cette exposition





Questions pratiques

Matisse et Marguerite – La regard d’un père
MAM
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Du 4 avril au 24 août 2025
Musée d’Art Moderne – X : @MAM Instagram : @museeartmodernedeparis – Facebook

Bonjour Matatoune, je suis très tentée de voir cette exposition ! Les œuvres ont l’air très belles et la relation père-fille est vraiment émouvante. Marguerite était certainement une personnalité d’exception ! Merci pour cette présentation passionnante 🙏🤩 Bon week-end 🌞 🌱 📚 😊🕶
Je pense qu’elle est à découvrir. J’ai aimé ce thème particulier qui révèle la personnalité d’un père, mais aussi la cohésion d’une famille autour de la création.
Une très belle découverte, en effet !
Bon dimanche 📚
Un retour très complet. J’ai aussi aimé cette exposition
Vraiment une très belle atmosphère s’en dégageait ! Une belle réussite !
Merci pour cette présentation passionnante, je connais peu l’oeuvre de ce peintre et encore moins sa vie. Bon week end
Après avoir lu le travail de recherche des commissaires, j’ai eu bcp de plaisir à découvrir cette exposition et en plus, faire ma première expérience de réalité virtuelle avec la Danse 😍 Bon week-end 📚
un peu loin mais merci. Bon début de weekend bizz
Vous allez avoir en Suisse le concours de l’Eurovision qui semble passionné bcp. Bon week-end 📚
👍
je n’étais pas tentée par cette exposition, n’étant pas fan de Matisse, mais tu m’as donnée envie, au vu des œuvres que tu as photographié et de l’histoire racontée.
Ce fut une très belle découverte aussi pour moi. Ravie de t’avoir donnée envie de plus 😉
Une passionnante plongée dans la relation très belle et tendre de Marguerite et de son père Matisse. Une exposition qui me plairait beaucoup. Merci Matatoune 🙂
Une très belle découverte pour moi avec comme unité l’amour réciproque d’un père et sa fille. Bon week-end à venir 🍬
Je ne savais pas pour ce lien si fort entre Matisse et sa fille. Cette exposition a l’air à voir.
Je l’ai moi aussi decouvert. Un sujet d’exposition très intéressant ! Bon week-end 💐
Merci et bon week-end à toi aussi 🙂
Bonjour,
Beau billet, il me tarde de voir cette exposition,
Merci
Anne
Je pense en effet qu’elle te plaira! Bonne visite à venir alors !