Qui a porté Hitler au pouvoir ?

Professeur spécialiste d’histoire contemporaine, du nazisme et de l’Allemagne à la Sorbonne, Johann Chapoutot s’interroge sur le recul de l’état de droit en France et reprend l’histoire de la montée du nazisme.
L’essai Les irresponsables bouleverse nos représentations en nommant ceux qui ont porté au pouvoir Hitler. L’historien analyse les éléments et nous alerte sur les multiples compromissions que nos politiques actuels témoignent envers les idées véhiculer par l’Extrême droite. Johann Chapoutot demande à actualiser les programmes scolaires afin qu’ils enseignent l’actualité de ses découvertes.
Son analyse est chronologique. Johann Chapoutot livre des portraits des différentes strates du pouvoir allemand, responsables de l’avoir transmis aux nazis. D’abord, le portrait de Paul von Hibdenburg, ressemblant à Bismark, qui imposa un régime présidentiel, qui décide de tout, tout seul à coups d’ordonnance de l’article 48.
Le portrait de Von Papen est cinglant, ce libéral économiquement mais autoritaire en politique. Il donne la Chancellerie à Hitler mais il en garde la vice-présidence. Le portrait du magnat de la presse, Alfred Hugenberg, influence des millions d’Allemands. Il pensait manipuler Hitler, mais c’est ce dernier qui le manipulera.
Puis les propriétaires terriens se rallient aux nazis en 1929. Etc. Les chapitres présentent les protagonistes que l’histoire a retenus comme des grands hommes, démontant pas à pas l’idée reçue que Hitler fut porté au pouvoir par des élections.
Étude remarquable
Son travail est remarquable et digne d’une analyse historique de très grande qualité. Sa connaissance très approfondie de son sujet lui permet de documenter avec les sources et de les interroger. Reconnu comme un des spécialistes de cette période en France, ses recherches feront date pour infléchir nos représentations.
Avec les historiens, Christian Ingrao et Nicolas Patin, ils ont déjà publié Le Monde nazi, essai remarquable qui éclaire sur les nouvelles découvertes historiques sur cette période.
La conclusion, très fouillée, étaye son analogie avec la période actuelle. Comme les historiens sont interpellés sur le parallèle avec la montée du nazisme et la période actuelle, Johann Chapoutot identifie des comparaisons de situations, avec des intérêts de classes qui se correspondent. Et il appelle à notre vigilance !
Puis quelques extraits

Si la Grande Guerre a enseigné aux civilisations qu’elles sont mortelles, la fin de la République de Weimar a montré que la démocratie est périssable.
Si les banques allemandes ont accordé des crédits importants aux nazis, c’est bien parce que les nazis jouissaient auprès d’elles d’un crédit politique et qu’il s’agissait là, pour elles, d’une traite sur l’avenir.
Avec obstination, Hindenburg défend les intérêts de son groupe social, au mépris de la santé des finances publiques comme des règles les plus élémentaires de leur usage.
Le contexte de la France des décennies 2000-2020 est évidemment présent, en arrière-plan, celui de l’atelier du chercheur qui puise ses questions dans l’inquiétude des temps et qui sait, comme tout praticien et lecteur de la recherche historique, que toute histoire est contemporaine.
Ce n’est pas parce que l’histoire ne se répète pas que les êtres qui la font — qui la sont — ne sont pas mus par des forces étonnamment semblables.
C’est, de fait, une petite oligarchie désinvolte, égoïste et bornée qui a fait le choix, le calcul et le pari de l’assassinat d’une démocratie : des libéraux autoritaires qui, convaincus de leur légitimité supra-électorale, persuadés du bien-fondé de leur politique de « réformes » (le mot était déjà omniprésent en 1932), infatués de leur génie, de leur naissance et de leurs réseaux, ont froidement décidé que la seule voie rationnelle et raisonnable, pour se maintenir au pouvoir et éviter toute victoire de la gauche, était l’alliance avec les nazis. Hitler comme voie de la raison, ou comment l’extrême centre a mis l’extrême droite au pouvoir — c’est l’objet de la présente enquête, qui se veut instruction, dans tous les sens du terme, et que l’on pourra aussi lire comme un réquisitoire.
Et encore,
Les libéraux pensent plus à la liberté du renard libre dans le poulailler libre, selon la boutade dont Jean Jaurès définit le libéralisme économique, qu’aux libertés publiques, réductibles à l’envi s’il s’agit de satisfaire des intérêts privés.
Un commentariat d’alcôve et de couloir qui tient lieu d’intelligence politique : l’esprit de courtisanerie est bien la mort de l’esprit.
La grande affaire politique des mois suivants, la préparation de l’élection présidentielle, achèvera de le prouver, car ce sont bien les sociaux-démocrates qui vont permettre la reconduction due au vieux maréchal à la tête de l’État.
Non content de nazifier l’espace public par ses médias est de contribuer ainsi au travail de propagande du NSDAP, Hugenberg travaille à l’intégrer à l’union des droites qui l’appelle de ses vœux.
C’est, en dernière instance, la rancune de von Papen, les affaires familiales d’Hindenburg et les conseils malavisés de son fils qui vont conduire à la nomination de Hitler à la chancellerie.
Ici en bref




Du côté des critiques : Les Inrockuptibles
Questions pratiques

Johann Chapoutot – Les Irresponsables
Qui a porté Hitler au pouvoir ?
Éditeur : Gallimard – X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 6 février 2025 – EAN : 9782073061201 – Lecture : Mars 2025

Une lecture qui doit être tellement enrichissante. je m’empresse de noter le titre.
C’est un essai universitaire, très fouillé. Il y a Le Monde Nazi avec ses deux compères qui me semble plus accessible et fait le point sur les dernières avancées de l’histoire sur ce sujet. Je ne l’avais pas chroniqué, à l’époque ! Peut-être que j’aurais dû…
Bonjour Matatoune. Cet essai doit être très instructif. Bonne journée
Très fouillé, peut-être trop , pour la juste passionnée que je suis ! Un vrai travail universitaire ! Bonne journée 🌞
Bonjour Matatoune, ce livre m’intéresserait tout à fait ! Un peu sur le même sujet, j’avais lu « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard, qui était plutôt une fiction historique. Cet essai de Johann Chapoutot semble cependant aller encore plus loin dans l’analyse… Je note ! Merci et très bon week-end 🙂
C’est une analyse très poussée, peut-être trop pour la novice que je suis sur ce domaine particulier. En tout cas, il est à de ouvrir par tous les passionnés !
Bon dimanche ensoleillé ! 🌞
Des similitudes inquiétantes
Juste un appel à notre vigilance, et nous en avons bien besoin !
Vu le contexte actuel, c’est le genre de livre qui semble à lire !
Les correspondances sont nombreuses, néanmoins l’histoire n’edt jamais identique. Néanmoins, nous devons être vigilant !
Tu as raison, d’autant que l’Homme a tendance à retourner sans ses travers…
J’apprécie beaucoup cet historien spécialiste du nazisme. Ce livre que j’avais repéré m’intéresse donc au plus haut point. Bon weekend Matatoune 🙂
Oui, j’imagine, toi le passionné d’histoire ! Très fouillé, comme d’habitude !
Bonne continuation 🌞
Je note ce titre. Il faudrait que je le lise, mais bien-sûr c’est plus astreignant qu’un petit polar !
Très fouillé, c’est vrai ! Mais la fiction peut aussi permettre de découvrir l’histoire ! Qu’importe !
Ce livre doit être passionnant. C’est sûr que c’est tout un système qui a porté Hitler et ses sbires au pouvoir, quand on voit ce qui se passe en Amérique y a de quoi avoir peur. Le problème c’est que nos responsables font les autruches. Bon week end
C’est vrai, être serein, actuellement, est de plus en plus difficile !
Néanmoins, bon week-end !
toujours glaçant d’avoir ces similitudes et hélas, l’expérience ne sert que si peu !
Il nous faut être vigilant !