
Deux érosions dans la roche et une aiguille ont fait le succès d’Étretat et des peintres qui les ont représentés. Courbet, Boudin, Monet, Matisse et bien d’autres, la petite station balnéaire fut le lieu de villégiature ou de passages pour de nombreux artistes.
Avant le XIXᵉ siècle, le village de pêcheurs n’était connu que de quelques habitants de la région de Normandie. Il n’y avait pas de port. Cela oblige les pêcheurs à remonter leurs bateaux sur la plage à l’aide de sortes de treuils, appelés cabestan.
Le village était rythmé par la campagne de pêches : la saison du maquereau de mai à août, la saison du hareng d’octobre à janvier (de Dieppe à l’estuaire de la Seine en suivant la migration des bancs), la pêche à la morue à Terre-Neuve de février-mars à septembre-octobre ou en Islande entre février et août. (Vallin 1984, Duclos 2001)
C’est le journaliste Alphonse Karr (1808-1890) qui, par la publication de ses articles et de ses romans, en impulsa la renommée. Le 9 août 1835, accompagné de Juliette Drouet, Victor Hugo découvre la Manneporte d’Étretat. Il écrit à sa femme : « C’est la plus gigantesque architecture qu’il y ait. »
Revenez donc, hélas ! Revenez dans mon ombre
Si vous ne voulez pas que je sois triste et sombre,
Pareil, dans l’abandon où vous m’avez laissé,
Au pêcheur d’Étretat, d’un long hiver lassé,
Qui médite appuyé sur son coude, et s’ennuie
De voir à sa fenêtre un ciel rayé de pluie.
Victor Hugo – A des oiseaux envolés – Avril 1837

Eugène Delacroix ne peignait pas sur le motif. Il remplissait des carnets de croquis qu’il travaillait après en atelier. Il séjournait souvent chez ses cousins dans une abbaye voisine.
Le Romantisme

Eugène Isabey (1803-1886) fut le premier a représenté les falaises.. Peintre romantique, il s’installe chez des pêcheurs, lors de ses séjours. Il compose plutôt des marines. Et avec l’aquarelle, il reprend sur le motif des détails qu’il retravaille à l’atelier en grand format.
Et, finalement, il la fait connaître à Johan Barthold Jongkind, peintre néerlandais (1819-1891).

La première route de Paris à Étretat fut construite en 1838, permettant aux premiers Parisiens d’explorer la côte normande. Seulement, il fallait deux jours pour arriver.
Alors, lorsque la ligne de train du Havre à Saint-Lazare s’installe, en 1847, mettant les deux villes à peu près, à six heures, il suffit d’une calèche pour rallier le village de pêcheurs.

Eugène Poittevin, installé à Fécamp, fut le premier à s’y faire construire une villa. Avant, il ne venait dans le village de pêcheurs qu’en villégiature à l’auberge de Césaire Blanquet.
Véritable imagerie historique, ses tableaux révèlent une foule de détails de ce mélange si particulier qui s’opère entre la bourgeoisie parisienne et les habitants.
Laboratoire des impressionnistes
À Paris, le peintre Eugène Boudin, peintre normand (1824-1898), est aussi avec Johan Barthold Jongkind, élève d’Isabey.
De famille modeste, Eugène Boudin est naturellement revenu en Normandie après ses rapides années d’études d’art. En plus connaissant la région, il profitait de la vogue des séjours balnéaires pour un peu vivre de sa peinture.
« Les romantiques ont fait leur temps, écrit-il,
il faut désormais chercher les simples beautés de la nature. »
Eugène Boudin

Camille Courbet
Il fréquente aussi la ferme Saint-Siméon, auberge au-dessus de Honfleur, où il retrouve, entre autres, Camille Courbet (1819-1877). Ce dernier s’installe à Étretat lors de l’été 1869.
Ce Franc-Comtois, passionné de géologie, découvre la mer alors que l’un de ses marchands a fait faillite. Ce n’est pas le tableau représenté ci-dessus qui fit merveille au salon.
Courbet est témoin d’un événement climatique important: une tempête violente. Il avait loué l’ancien atelier du Poittevin, face à la mer. Il compose une multitude de tableaux qui feront sa renommée.

« Dans une grande pièce nue, un gros homme graisseux et sale collait avec un couteau de cuisine, des plaques de couleur blanche sur une grande toile nue. De temps en temps il allait appuyer son visage à la vitre et regardait la tempête. La mer venait si près qu’elle semblait battre la maison enveloppée d’écume et de bruit.
L’eau salée frappait les carreaux comme une grêle et ruisselait sur les murs. Sur la cheminée, une bouteille de cidre à côté d’un verre à moitié plein. De temps en temps, Courbet allait en boire quelques gorgées, puis revenait à son œuvre. Or cette œuvre devint La Vague et fit quelque bruit par le monde. » Récit fait par Maupassant dans le Gil Blas du 28 septembre 1886, après sa visite à Courbet

Les Impressionnistes
« J’ai la ferme intention de peindre un grand tableau avec les falaises d’Étretat, même si c’est une idée audacieuse de tenter cela après Courbet, qui l’a déjà fait si magnifiquement, mais je vais essayer de le faire différemment« . Monet – 1883

Claude Monet découvre aux côtés de Bourdin la peinture sur le motif, c’est-à-dire en extérieur. Il peignit soixante plans divers de la Manneporte et de l’Aiguille. Alors, j’ai choisi de présenter le plus célèbre.

« L’écrivain normand Guy de Maupassant, qui avait une petite maison à Étretat, témoigne de la manière dont Monet travaillait. Il le décrit comme un « chasseur », créant cinq ou six toiles à la fois, allant de l’une à l’autre, successivement, pour suivre le passage du temps et les variations de la lumière au cours de la journée, capable de traduire d’une simple touche de jaune l’infime rayon de soleil tombant sur la falaise blanche, un éclat bref, un instant passager… » Extrait du MBA de Caen
Monet n’est pas le seul des peintres impressionnistes à fréquenter Étretat. La participation à des régates attire Caillebotte sur la côte normande. Il y reviendra souvent de 1880 à 1884. Lors de ses séjours, il rencontre un jardinier botaniste, Le Père Magloire. Le peintre est lui aussi un passionné.

L’Après-Impressionniste
Travailleur acharné, Félix Vallotton (1865–1925) vient de se marier et séjourne pour la première fois dans le village. Depuis 1899 et pendant près de vingt ans, il y demeure longuement en Normandie et à Honfleur où il travaille sa conception du « paysage composé », cherchant à aller à rebours des autres façons de représenter.

Art moderne

Henri Matisse (1869-1954) vient à l’été 1920 avec sa fille Marguerite pour sa convalescence. Elle vient de se faire opérer de la trachéotomie due, vingt ans plus tôt, à une angine diphtérique. Outre les tableaux représentant des moments d’intimité entre un père et sa fille, Matisse ose se mesurer à ses illustres prédécesseurs dans une série d’une quarantaine de tableaux qu’il montre à l’automne, à Paris.
Dans le tableau ci-dessous, la falaise d’aval, le cabestan et les femmes lavant leurs linges dans le cours d’eau à marée basse, bien que très stylisés, sont autant d’hommages à ses illustres maîtres.

En conclusion
Dans d’autres endroits, ce sont les touristes qui ont fait venir les artistes. À Étretat, ce fut l’inverse. Évidemment, il faut actuellement se préoccuper du surtourisme qui fait de cet endroit un lieu apprécié du monde entier. Celui-ci le visite et le lieu se fragilise de jour en jour.
En deux mots
Étretat, ancien village de pêcheurs normand, devient au XIXᵉ siècle une source d’inspiration majeure pour les artistes. De Gustave Courbet à Claude Monet puis Henri Matisse, ses falaises façonnent l’histoire de l’art. Ici, ce sont les peintres qui ont révélé au monde un paysage désormais menacé par le surtourisme.
Source
Scribe Accroupi – Visite privée
Pour aller plus loin

Étretat, par-delà les falaises
Courbet, Monet, Matisse
Exposition du 29 novembre au 1er mars 2026
Musée des Beaux-Arts de Lyon
20, place des Terreaux, 69001 Lyon
+33(0)4 72 10 17 40

Je ne savais pas que ce village avait inspiré tant de peintres. Tes articles sont toujours passionnants. Bon week end
Merci c’est gentil ! Mais l’exposition au Musée des beaux-arts de Lyon était passionnante . Bon week-end
Bonjour Matatoune. Cette exposition m’aurait beaucoup plu. Je suis allée plusieurs fois à Etretat. Bonne journée
Oui une exposition au musée des Beaux-arts de Lyon très intéressante !
retourner à Etretat est programmé en mai ! c’est si beau, je ne m’en lasse pas.
Alors bon séjour à venir !
Bonjour Matatoune, je regrette un peu que cette exposition se tienne à Lyon car j’aurais bien aimé la voir. Toutes ces vues d’Étretat me plaisent beaucoup, spécialement celles de Jongkind et de Vallotton. Merci pour la présentation, bonne journée ☀️💐🌷
Elle est finie. C’est vrai que c’était une belle réussite ! Excellente continuation 🌼