
Qu’est-ce que l’histoire de la psychanalyse a fait aux femmes qui s’y sont consacrées ? Sans surprise, Élisabeth Roudinesco révèle qu’elles furent complètement oubliées, niées et invisibilisées, comme dans bien d’autres domaines.
Avec simplicité et accessibilité, Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, débute son étude, Le divan des femmes. Par les femmes et amantes du premier cercleet c »est celui de Freud. Ainsi, issues « du milieu viennois, juif et bourgeois« , elles furent à l’image de Lou Andreas Salomé, des femmes inventives et passionnées.
Le travail d’Anna Freud est particulièrement exposé. Son père fut son analyste, une aberration aujourd’hui, mais qui la première a initié la psychanalyse pour enfants. L’autre nom qui sortit la psychanalyse du cercle viennois fut Mélanie Klein, assez opposée à Anna Freud.
Commence un tour du monde de l’histoire de la psychanalyse. Mélanie Klein est la figure de proue de l’école britannique. Toutefois, ses différends avec sa fille qui m’étaient complètement inconnus, révèlent les tensions qui existaient à l’époque. Avec la Seconde Guerre mondiale, les psychanalystes vont se dispatcher dans le monde entier.
La psychanalyse pour enfants cesse aussi d’être le domaine réservée des femmes, avec les travaux de l’anglais Winnicott. Il y eut donc en Amérique, Ruth Mark Brunswick et Muriel Morris-Gardiner. Cette dernière consacre sa vie aux enfants criminels et délinquants.
Le divan des femmes détaille les vies d’Hélène Deutsch. Elle est la première à se spécialiser pour l’analyse de femmes, de Karen Horney, et des psychanalystes de l’Amérique du Sud, pour finir par Françoise Marette que je ne connaissais que sous son nom d’épouse, Doltot.
Cet essai Le divan des femmes d’Élisabeth Roudinesco révèle l’histoire de la psychanalyse lorsque ce sont des psychanalystes femmes qui l’ont fait avancer. Passionnant, clair et documenté, à recommander pour détailler ce que ces femmes ont amené à ce courant.
En quelques mots
Dans Le divan des femmes, Élisabeth Roudinesco retrace l’histoire oubliée des femmes psychanalystes. D’Anna Freud à Mélanie Klein, en passant par Karen Horney ou Françoise Dolto, l’essai montre comment ces femmes ont profondément transformé la psychanalyse. Un ouvrage clair, accessible et passionnant sur une invisibilisation persistante.
Puis quelques extraits

En devenant la deuxième analyste d’Anna Freud, autrement dit témoin des défaillances d’un père envers sa fille, Lou aura donc occupé une place unique dans l’histoire du divan des femmes : une part d’elle-même restait attachée au monde des empires centraux, celui de la toute-puissance de la famille patriarcale, quand une autre, plus féminine, s’en était déjà évadée.
Les freudiens de cette génération commencèrent ainsi à réglementer la pratique des cures, appliquant à celle-ci le principe de l’interdit de l’inceste et de l’endogamie. Plus question : pour les hommes d’analyser leurs épouses, leurs maitresses ou leurs enfants, et de même pour les femmes, toujours plus nombreuses dans leurs rangs. S’agissant de la formation à ce qui devenait un métier il fallut également cesser de confondre les cures à visée thérapeutique et l’analyse didactique, laquelle s’accompagnait d’un nombre fixe de séances par semaine à durée définie et de la nécessité d’une ou de plusieurs supervisions !
On ne dira jamais assez combien la haine, le rejet et la persécution des hommes homosexuels furent le plus grand scandale éthique de toute l’histoire de la psychanalyse.
Et, encore
Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de 1920, je I’ai déjà souligné, que les freudiens édicteront des règles strictes bannissant toute relation sexuelle entre un patient et son thérapeute. À quoi s’ajoutera plus tard I’interdiction, pour un praticien, d’analyser ses proches ou les membres de sa famille.
Et ce n’est pas un hasard si la psychanalyse s’est présentée, dès ses débuts, et à juste titre, comme un mouvement d’émancipation des femmes et des enfants, opposant les vertus de la parole à l’intervention sur les corps. Il s’agissait d’encourager les femmes et les enfants à parler de leur sexualité, en rompant avec les pratiques d’enfermement de la psyché humaine: tel fut le projet initial de Freud et de ses premiers disciples.
Ici en bref




Du côté des critiques : Le Monde
Questions pratiques

Élisabeth Roudinesco – Le divan des femmes
Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuil – Facebook
Parution : 6 mars 2026 – EAN : 9782021622430 – Lecture en mai 2026

Je suis très ignorante de ce sujet, je ne connais que Françoise Dolto dans cette longue liste. Tes articles sont toujours passionnants. Bon week end
Bonjour Matatoune. C’est bien en mettre en lumière ces femmes qui sont restées invisibles. Bonne journée