Fantôme – Thessalonique

Tel un archéologue, Martin Brazilai cherche à travers la ville de Thessalonique les morceaux des stèles du cimetière juif. Ville qui portait le nom de Salonique, pendant la période d’administration turque.
Avec son autre nom « la Jérusalem des Balkans », Salonique regroupait de nombreux juifs qui avaient bénéficié jusqu’au début du XXe siècle de conditions favorables pour y vivre. De plus, Salonique était francophile et francophone.
Seulement, l’antisémitisme commence à faire des ravages dans les années 20. En décembre 1942, lors de l’occupation nazie, l’ordre est donné de détruire une partie du cimetière. La population a été au-delà de l’ordre, puisque la nécropole fut entièrement détruite. Les morceaux des stèles sont réutilisés pour la construction.
Photographier
Ce sont des liens affectifs forts qui incitent Martin Brazilai à revenir dans cette ville. Il décide de parcourir la ville et de retrouver les fragments de tombes. Avec ses photographies, il inventorie, classe, recense, mais surtout documente la profanation qui reste une blessure profonde vu l’importance du cimetière dans la religion juive.
Comme le souligne Annette Becker dans sa préface, les tombes ont été effacées avant de détruire les vivants. La tombe la plus ancienne du cimetière sépharade datait de 1493. Inversion des chiffres désastreux, en 1943, ce sont les juifs qui furent exterminés. En plus de trois mois, 96 % de la population juive est rasée. 45 000 femmes, hommes et enfants sont déportés dans dix-neuf convois vers Auschwitz Birkenau. Professeur des universités, Annette Becker est une historienne spécialiste des conflits mondiaux et de leurs représentations culturelles et religieuses.
Journaliste photographe, spécialisé dans les reportages en indépendance, Martin Barzillai collabore aussi avec des journaux européens dont les français Le Monde, Télérama, Courrier International et internationaux comme le New-York Times. Dans Cimetière fantôme, ses photographies deviennent témoignages. Elles sont complétées par l’interview de personnes attachées à suivre son travail.
Katerina Kràlovà, historienne tchèque aussi spécialiste du dernier conflit mondial et de l’holocauste, notamment en Grèce, clôture cet essai émouvant en expliquant le retentissement sur les populations des mesures nazies à Thessalonique.
De façon plus concise
L’essai Cimetière fantôme, Thessalonique rend compte de l’effacement de sépultures. Témoin historique, Martin Barzillai, aidé de Annette Becker et Katerina Kràlovà, documente avec ses photographies la recherche des fragments des tombes et y associe les réactions des rencontres qu’il a faits. À découvrir !
Puis quelques extraits

De nombreux « citoyens hellènes de confessions israélites » quittent Salonique pour faire leur étude dans des pays encore accueillants, comme La France.
Annette Becker
On confisque alors l’immense cimetière juif, une façon pour les nazis de se concilier les Grecs toujours à la recherche de lieux pour construire logements ou bâtiments publics.
Annette Becker
Comme souvent, en Pologne en particulier, les occupants s’étaient fait les déclencheurs et les populations locales se précipitaient pour se partager les dépouilles de leurs « voisins » juifs.
Annette Becker
Chacun commencera alors à se servir sur place, les stèles furent disséminées dans la ville, le pillage réemployé.
Annette Becker
Mieux valait nier, comme si le mensonge sur les pierres du cimetière permettait de prolonger le silence sur la disparition des juifs, en un déni qui dépasse le temps de la Shoah pour inclure toute l’histoire des juifs de la ville.
Annette Becker
Ils (les Grecs) ont consciemment ou pas, volé leurs mémoires, leurs traces, éradiqué leur présence séculaire même.
Annette Becker
On remarque les inscriptions en français. Langue fréquemment utilisée à cette époque par la communauté juive de Thessalonique.
Quand j’ai découvert qu’un demi-million de personnes avaient été enterrées-là, c’était à peine croyable pour moi. Je ne connaissais même pas l’emplacement exact de ce cimetière. J’ai pourtant été à l’université ici, à l’école polytechnique. Elle était sur le cimetière et je ne le savais pas.
Yiànnis Megas, ingénieur.
Chercher des pierres tombales, c’est ma façon de résister et de dire que nous sommes toujours là.
Iosif Vaena, pharmacien
Ici en bref






Questions pratiques

Cimetière fantôme – Thessalonique
Martin Barzilai
Annette Becker – Katerina Kràlovà
Éditeur : Editions Créaphis
Instagram : @creaphis_editions
Parution : 19 octobre 2023
EAN : 9782080449719
Lecture : Mai 2024

Je ne connaissais pas ces atrocités commises par les nazis en Salonique., et cet effacement des morts. Bonne journée
Un pan de l’histoire oublié ! Bonne continuation 😄
Certaines photos m’ont fait penser au cimetière juif de Prague. Je mets dans ma PAL ce livre.
Tu as raison mais ici ce sont des fragments de pierre tombale qu’on retrouve dans la construction.
Effacement des traces. Je les ai cherches à Thessalonique. A propos on disait alors Salonique. Au passage rappel du beau roman d’apmoir Gioconda
Oui Salonique est le nom turc. Un bel ouvrage pour ne pas « effacer » !
Espérons que ces évènements tragiques ne se répèteront jamais. Bon week end
Je ne suis pas si optimiste. Bon week-end
Une ville que j’aurai bien aimé visitée, mais trop loin de la capitale.
C’est excentré et à part la ville et le mont Olympe, peu de tourisme culturel. Mais moi aussi, je voudrais la visiter…
Bonjour Matatoune, voici un chapitre de la période nazie que je ne connaissais pas. Ils ont vraiment commis des atrocités dans énormément de pays d’Europe… Merci d’en avoir parlé ! Bonne journée !
Des recherches généalogiques m’ont fait découvrir cette ville et son destin. Depuis, je suis fascinée. Peut-être, un jour, je la visiterai …
Tu as de la suite dans tes idées. Je n’y étais encore jamais à Salonique – et je ne savais pas pour ces destructions/annihilations qui résonnent pour moi comme Vilnius/Lituanie. Merci pour cette invitation à ne pas oublier.
Ces photographies contiennent une force mémorielle importante.
C’est un sujet sur lequel je n’ai jamais lu alors qu’il est important. Merci pour la découverte.
Une façon d’effacer même les morts !