Catherine Pinguet

Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (Mahj) présente une exposition sur la ville de Salonique de 1870 à 1920 à partir du fonds photographique du collectionneur Pierre de Gigord. Salonique fut la capitale de la Macédoine ottomane qui au XIXème siècle a connu un essor gigantesque. Reconnu comme la vitrine avancée de l’empire ottoman, Salonique sera reconquis en 1912 par la Grèce et reprendra son nom antique, Thessalonique.
Néanmoins, la ville est connue pour sa population pluriethnique et multireligieuse. Elle a été terre d’accueil des juifs sépharades, obligés de quitter l’Espagne vers le milieu du XVè siècle, et des juifs ashkénazes de l’Europe de l’Est. Certains l’appellent la « Jérusalem des Balkans ».
Le catalogue présente un grand nombre des photographies de la collection (dont celles exposées), conceptualisée par le texte de l’historienne chercheuse, Catherine Pinguet.
Pierre de Gigorg, passionné d’orient et grand voyageur, a constitué une collection de photographies anciennes remarquables à partir du travail de deux photographes, Paul Zepdji et Ali Eniss. De plus, le collectionneur a légué toutes ses collectes au Mahj.
Catherine Pinguet propose une histoire de Salonique à partir de celles-ci. Ainsi, la lecture de ce catalogue permet de retracer l’évolution industrielle de la ville et les liens étroits entretenus avec l’Europe et l’empire Ottoman.
L’ouvrage débute dès l’incendie de 1870 qui détruit une partie de la ville, documentée par la collection de Pierre de Gigorg. Puis une déambulation en images est proposée à travers l’expansion industrielle et le développement du commerce maritime.
Ainsi, la première partie témoigne de la transformation de la ville où le cosmopolitisme est de rigueur. Néanmoins, la communauté juive est la plus importante. Ainsi, la ville de Salonique vit à l’heure des rites de cette religion. Paul Zepdji est installé comme photographe officiel, spécialiste des portraits posés.
La seconde partie rassemble des plaques de verre du photographe amateur Ali Eniss, qui documente presque exclusivement le quotidien de la communauté juive. Celui-ci raconte à travers ses images notamment « la révolution jeune-turque » de juillet 1908 puis l’incendie d’août 1917 qui a détruit les quartiers juifs historiques. Ce dernier préfigure ce qui se passera quelques années plus tard avec l’extermination de la communauté par les nazis.
Ce catalogue documente une histoire oubliée entachée par le drame final. Mais, il permet aussi de comprendre l’importance de la photographie, témoignage indispensable du vivant et du quotidien. L’exposition est évidemment à découvrir de visu, mais le catalogue amène une dimension historique et sociologique qui conceptualise toutes les images présentées. Un vrai régal !
Puis quelques extraits

Salonique est une des premières villes de l’Empire à être dotée, dès 1869, d’une municipalité ( le maire, toujours musulman, nommé par le gouverneur
Près de soixante-dix mille juifs y résident, encore que « dans ce nombre ne sont pas compris une dizaine de milliers, pour le moins, de juifs authentiques, mais convertis à l’islam »
L’histoire de Salonique est surtout marquée par l’arrivée des Sepharades, fuyant l’Espagne en 1492, après la chute de Grenade, quand les rois catholiques, Isabelle et Ferdinand, signent l’édit d’expulsion. À la fin du XVe siècle, environ 20 000 exilés d’Espagne trouvent refuge à Salonique, chiffre considérable pour l’époque.
D’après Joseph Nehama, du haut au bas de l’échelle commerciale et artisanale, » la probité est absolue » et chaque transaction se conclut en un mot: » Pour la sceller, les deux contractants boivent d’un trait une petite rasade de raki. À cet effet, dans chaque boutique, en bonne place, se dresse toujours une dame-jeanne flanquée d’un verre minuscule. »
Ici en bref





Questions pratiques

Salonique 1870-1920
Catherine Pinguet
Photographies Collection Pierre de Gicord
Éditeur : CNRS EDITIONS
X @CNRSed Instagram @crnseditions
Parution : 31 août 2023
EAN : 9782271143129
Lecture : Novembre 2023

Une expo qui pourrait m’intéresser, j’aime ce que représente cette ville.
Oui, une ville qui moi aussi m’interesse bcp !
Cette exposition et le catalogue doivent être intéressants pour découvrir cette partie de l’histoire de Salonique. Bonne journée
Un bel ouvrage sur un territoire oublié, c’ert vrai !
Bon week-end 😉
Très belle exposition vue après celle de Sfar. Et aussi un voyage à Thessalonique ou il ne reste que très peu de la Salonique d’alors
Oui, c’est vraiment une histoire oubliée que met à l’honneur cette expo. Néanmoins, le catalogue pousse plus l’analyse sociologique et historique grâce au travail de Catherine Pinguet, qu’elle présente, un peu, dans une rencontre au Mahj, disponible en ligne sur le site du musée.
Merci pour l’indication . J’irai écouter la présentation sur le site du MAHJ
Voilà un livre qui me passionnerait. J’irais voir cette exposition si je n’habitais pas si loin. Bonne soirée
Oui, surtout que peu documente cette ville à cette période !