Louis-Ferdinand Céline – Guerre

vagabondageautourdesoi.com - Louis-Ferdinand Céline- Louis-Ferdinand Céline doit se retourner dans sa tombe en sachant son manuscrit de 250 pages prénommé Guerre, aujourd’hui sur les tables des librairies. Car l’éditeur Gallimard fait aujourd’hui, un véritable « coup littéraire » en le publiant, un écrit volé puis retrouvé de cet écrivain, aimé et haï à la fois. A l’automne, Londres, sortira, et d’autres vont suivre.

Un brin d’histoire,

Guerre démarre sur le champ de bataille où le narrateur, Ferdinand, décrit l’enfer qui rode autour de lui, ses douleurs qu’il découvre et les bruits dans sa tête qui ne vont plus le quitter.

L’horreur s’invite, crue, répugnante, qui fera vomir, et vomir encore, cet homme blessé, mais vivant, amoché ayant vu de trop près la mort. A travers les mots de Louis-Ferdinand Céline, dans ses premières pages, ce sont tous les poilus qui se lèvent, pas ceux des tranchées, c’était plus tard, mais ceux qui sont partis sûrs de leur force nationaliste, recevoir naïvement les bombes allemandes sur leurs têtes.

Puis Louis-Ferdinand Céline continue en décrivant la lente survie dans les hôpitaux, et notamment la seconde hospitalisation dans un village de Peurdu-sur-La Lys pendant laquelle il est soigné notamment par l’infirmière Aline L’Espinasse aux goûts sexuels nécrologiques affirmés et le Docteur Méconille qui désire tellement lui ouvrir le crâne pour enlever la balle qui provoque ses acouphènes terribles.

Lentement, le narrateur revient à la vie, estropié et se lie avec les autres blessés dont Cascade, grande gueule lui aussi handicapé. Eux, ils ont changé, diminué physiquement mais surtout psychiquement, mais la société reste la même, distribuant les honneurs ou pourchassant les criminels.

Avec L’Espinasse, deux autres femmes gravitent autour de cette communauté masculine : La discrète Amandine Destinée Vandercotte est serveuse au Café l’Hyperbole, sur la place Maubeuge du village. La tenace Angèle, soit disant femme de Cascade, sait y faire pour se sortir du pétrin. Elles sont peu nombreuses et pourtant le sexe est omniprésent tout au long du roman, fantasmé, solitaire, voyeur pas souvent accompli.

Ici,

De l’enfer vécut du début, réaliste et déchirant, Louis-Ferdinand Céline oriente sa fiction, écrite 20 ans après les événements. vers une logorrhée où sexe et mort sont totalement imbriqués.  Il éclaire d’une certaine vérité cette génération perdue qui n’est jamais sortie de la guerre. Et, même dans l’excès, cet écrivain prouve l’impossibilité de passer à autre chose, sauf peut-être à s’exiler.

La plainte est omniprésente, contre la vie, contre les autres, contre le sort qu’on lui réserve même si, ici, elle se justifie par ses douleurs et sa reconstruction trop lente, trop difficile…

La masculinité, chez Louis-Ferdinand Céline, doit être affirmée, sans atermoiement. Mais, il montre qu’avec cette guerre, ces hommes n’en ont plus les moyens et doivent accepter un nouvel ordre social. Mais, de ce jeune dandy qu’il était avant la guerre, Ferdinand s’aigrit et se renferme telle lors la scène terrible avec ses parents venus le voir à l’hôpital. Toute l’espérance de l’adolescence se déchire au contact du langage de ce père qui n’a pas su le protéger.

Puis, Ferdinand apprend à se soumettre sans s’oublier. Il découvre la duplicité, le mensonge et les petits arrangements avec la réalité. Il grandit en devenant comédien de sa vie. Ici, Louis-Ferdinand Céline démontre, avec son narrateur, sa capacité à utiliser l’ambiance environnante, sachant attendre les situations pour les retourner à son avantage lorsque ça se présente, comme la gentille manipulation de L’Espinasse.

Et, encore

Guerre se lit avec ce que l’on sait de l’homme qu’il deviendra juste quelques années plus tard. C’est à dire un collaborateur assumé, et même un nazi revendiqué dans ses trois pamphlets, antisémite, raciste, théorisant en écriture la solution finale que le IIIè Reich le met en pratique plus tard avec l’aide du gouvernement français. Dans Guerre, Louis-Ferdinand Céline énonce son racisme envers les « nègres », comme quelque chose de naturel, là encore assumé.

D’autres l’ont souligné, le mot paix n’existe pas dans Guerre. A la lecture de ses mots, cela devient évident que Louis-Ferdinand Céline ne la trouvera plus jamais. Même s’il saura transmettre son humanité dans son futur métier de médecin le jour, la nuit,  ses démons le rattraperont. On sent se transformer son acrimonie en agressivité et violence, qui aura des exutoires. Que serait devenu l’homme et l’écrivain, si ce texte et les autres avaient été publiés ? Évidemment, impossible de le savoir. Néanmoins, ses contradictions aurait pu être plus estompées.

Pour conclure,

Loin de s’interroger si Guerre fait partie ou nom du roman Casse Pipe que son éditeur Denoël n’avait pas voulu publier, je trouve que ce court roman rassemble tout ce qui fait que Louis-Ferdinand Céline est un écrivain d’une étonnante modernité. Son style, d’abord avec, évidemment, cette langue parlée qu’il a su écrire. Même si Guerre ne comporte pas la ponctuation habituelle, le souffle y est, travaillé constamment et l’émotion, terriblement présente !

Guerre rend audible les blessures visibles ou non que la guerre de 14 vécues par ces très jeunes gens, bercés par un discours politique aux antipodes de la réalité qu’ils ont vécue. Louis-Ferdinand Céline s’y exprime dans toute sa vérité mais aussi sa démesure. Un manuscrit à découvrir pour comprendre, peut-être, l’homme qu’il deviendra quelques années plus tard, sans l’excuser aucunement.

Puis quelques extraits

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J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête.

J’avais pas de papiers sur moi. J’avais rien que ma gueule saignante de travers, l’intérieur bien pire, et le reste à l’avenant, c’est tout.

Beaucoup ne faisaient qu’entrer et sortir, pour la terre ou pour le ciel.

Le plus cruel, et c’est dégueulasse, c’est que je ne l’aimais pas la musique des phrases à mon père. Mort, je me serais relever, je crois, pour lui dégueuler sur ses phrases.

J’avais connu forcément bien dégueule de grade et que même en train de fouiner, un rat y aurait réfléchi avant de mordre dedans.

C’est des fatigues qui n’ont pas de nom, celles qu’on tient de l’angoisse. On sait bien ce qu’il faudrait faire dormir pour redevenir un homme comme les autres. On est trop fatigué aussi pour avoir l’élan de se tuer. Tout est fatigue.

« Dis encore un mot saloperie que je te carabosse ta putain de gueule de carafe ! « 

Et encore

Je commençais à mettre un peu d’ordre dans mes bourdonnements, les trombones d’un côté, les orgues seulement quand je fermais les yeux, le tambour à chaque coup du cœur. si j’avais pas eu des vertiges et de nausées j’aurais pris l’habitude, mais c’est pendant la nuit c’est pour s’endormir que c’est dur. Faut de la joie, du relâchement, de l’abandon. C’est une prétention que j’avais plus.C’est rien ce qu’il avait, Cascade, à côté de moi. J’aurais bien donné mes deux pieds moi pour qu’ils pourrissent, pour qu’on laisse ma tête tranquille. C’est con la paix des champs pour qui cas du bruit dans les oreilles.

Je pourrais pas dire si j’étais fou ou pas, mais il suffisait que j aye un peu de fièvre pour qu’il commence à m’arriver de drôles de choses. Je dormais plus assez pour avoir des pensées nettes auxquelles on tient. Je tenais à aucune. C’est ce qui m’a sauvé dans un sens, si je peux dire, parce que sûrement qu’en somme j’aurais tout fini sur place. J’aurais pas attendu trop longtemps.

Et, encore, encore

C’est malheureux ce que ça vous apporte de la guerre, tu diras ce que tu voudras.

Le canon de là on l’entendait presque plus. On s’est assis sur un remblai. Loin loin c’était toujours du soleil et des arbres, ce serait le plein été bientôt. Mais les tâches de nuages qui passaient restaient longtemps sur les champs de betteraves. Je le maintiens c’est joli. C’est fragile les soleils du Nord. A gauche défilait le canal bien endormi sous les peupliers pleins de vent.Il s’en allait en zigzag murmurer ces choses là-bas jusqu’aux collines et filait encore tout le long jusqu’au ciel qui le reprenait en bleu avant la plus grande des trois cheminées sur la pointe de l’horizon.

Pour l’expérience je vieillissait d’un mois par semaine. C’est le train qu’il faut aller pour pas être fusillé dans la guerre. Moi le vous le dis.

Le coup qui m’avait tant sonné si profondément ça m’avait comme déchargé d’un énorme poids de conscience, celui de l’éducation comme on dit, ça j’avais au moins gagné.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

vagabondageautourdesoi.com - Louis-Ferdinand Céline-
Premier extrait
vagabondageautourdesoi.com - Louis-Ferdinand Céline-
Puis un autre
Guerre Louis-Fredinand Céline
Puis le dernier

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Louis-Ferdinand Céline – Guerre

Éditeur : Gallimard

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Parution : 5 mai 2022

EAN : 9782072983221

Lecture : Mai 2022

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25 commentaires

  1. Prêteur veut bien dire donner de l’argent en prenant un taux en plus, donc un bénéfice pour vous, que vous faites sur les gens qui sont dans le besoin, n’est-ce pas ! Loin d’une action désintéressée … Quel taux, déjà ?

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    • Et, bien voilà un commentaire qui sort de l’ordinaire, et pas du tout inhibé … Difficile de faire plus inapproprié 🙂

    • Non, il ne faut pas le mettre de côté, car c’est bien le même homme ! Merci à toi 🙂

  3. Je lirai ce livre un jour, quand bien sûr il me viendra tout seul dans les mains, il me reste une dizaine de milliers de livres encore à lire, qui m’attendent dans la campagne au nord de la Meuse. Tout l’effort de transport du matériel de guerre allemand passait par la gare de Montmédy qui domine mon village pour être utilisé à Verdun. Je vous écris de Juan Les Pins Antibes où sont habituellement nos bons amis oligarques qui font tant pour le développement de l’emploi local. On voudrait bien que Céline nous fasse tous ensemble réfléchir un peu. Céline est notre patrimoine, alors merci de vos écrits. Le vieux roi d’Arabie Saoudite avait se préférences à Golfe Juan. Céline né 50 ans plus tard aurait pu être un bon gérontologue entre Cannes et Nice, soigner les rois et les oligarques.

    • Merci bcp d’être passé ici ! Vous êtes bien entourés entre l’histoire de la guerre de 14 et ceux qui ont bénéficié du système , un peu mafieux, de l’Ours de Russie 🙂

    • Je comprends..ça peut être lourd, à force ! Mais, Louis-Ferdinand Céline, alors je passe outre !

  4. En ce moment c’est pas le livre que je choisirais en 1er…La guerre est omniprésente sans en rajouter mais dot être intéressant à lire. bisous bonne semaine

    • C’est vrai. Mais écrit il y a presque 90 ans. Guerre dénonce justement ce qui fait que c’est une horreur !

  5. Belle chronique d’un roman que je lirai très certainement un de ces jours ! Déjà dans « voyage au bout de la nuit » il parlait de la guerre de 14 d’une manière très puissante.

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