Marie Ndyale – La vengeance m’appartient

Rentrée littéraire 2021

Présentation

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L’arrivée d’un nouveau roman de Marie Ndyane est un événement qui sera beaucoup commenté. Retrouvée l’écriture de cette auteure est un plaisir, même si il s’accompagne de tellement d’interrogations. Car, chacun lit les mots si particuliers de Marie Ndyale selon son prisme personnel avec une grande liberté.

La vengeance m’appartient trompe son lecteur avec son titre digne d’un polar. Car ici aucune enquête, puisque le crime, l’assassin et la délibération du procès sont connus. Marie Ndyale fait cheminer son lecteur auprès de trois femmes qui ont toutes en commun un événement qui les fait basculer dans le chaos.

Les personnages féminins

La première est Marlyne Principaux, femme parfaite, mère aimante et attentive qui est en préventive pour l’infanticide de ses trois enfants, Jason, 6 ans, John 4 ans et Judith, 6 mois. Évidement, cela évoque Médée. Elle, l’ex-professeur de français a trouvé enfin la paix en « posant son acte « . Cette expression chemine tout au long du roman sans qu’on sache vraiment quel sens Marie Ndyale lui donne.

Me Susane est le personnage principal. Avocate bordelaise de 42 ans, pas vraiment jolie mais massive. Elle est déstabilisée lorsqu’elle reconnait son client, Gilles Pincipaux, le mari de Marlyne. Elle revoit l’adolescent de 14 ans qui a changé sa vie en l’invitant dans sa chambre lorsqu’elle avait 10 ans.

De plus, Me Susane balade avec étrangeté le sentiment de ne jamais être légitime à la place qu’elle occupe. Ni en tant que fille, ni plus encore à la place de défenseure, ni celle de patronne de la femme de ménage. Ce sentiment la projette dans une atmosphère de duperie qu’elle n’arrive pas à dépasser. Elle ne s’autorise à aucun moment à être en désaccord ou à révéler ses faiblesses, acceptant même de manger jusqu’à l’indigestion des plats dont elle n’a pas envie.

Sharon s’occupe de son intérieur. Me Susane espère pouvoir donner des papiers à cette Mauricienne qui un jour a décidé de partir puis plus tard de faire venir enfants et mari. Mais, Sharon ne désire rien que de bien faire son travail.

Une petite fille Lila complète cette galerie. Fillette prise entre l’envie de plusieurs femmes qui désirent l’accaparer pour montrer cet amour maternelle omniprésent dans ce roman.

Une écriture atypique

La folie, le déséquilibre, la faille n’est jamais loin dans cette écriture travaillée semble-t-il jusqu’à l’obsession. Dans certaines phrases, plusieurs adjectifs accolés posent, déséquilibrent ou contredisent la pensée. Le conditionnel, présent ou passé, est omniprésent, comme un renforcement de l’indécision, l’incertitude ou de l’hypothétique du ressenti du personnage principal.

Marie Ndyale propose deux monologues. L’un d’une dizaine de pages concerne Marlyne dont chaque phrase commence par un Mais. Et l’autre mené par Principaux avec chaque phase débutant par un Car. Celui-ci sur quatre pages et demi. De cette opposition nait le malaise où l’imagination du lecteur vient compléter l’absence de précisions sur le mobile de ces infanticides et la relation toute singulière entre les deux époux. Aucune explication n’est proposée juste assez suggérée pour que chacun imagine, comme le père de Me Susane sur cette rencontre dans la chambre.

Le récit des infanticides est un moment terrible et pourtant cette Marlyne n’est jamais antipathique.

En conclusion

La vengeance m’appartient est une expérience littéraire, comme chacun des romans de Marie Ndyale.  La romancière réussit à embarquer son lecteur dans son monde au bord du déséquilibre. L’impression produite est l’étouffement et le trouble. Sûr qu’il faut se laisser embarquer dans ce monde particulier où le plaisir de lire est puissant !

Puis quelques extraits

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bQuand on commence à ne pas se soucier d’eux (de ses enfants) mais de soi, où cela s’arrête-t-il ? 

– Chaque jour je pensais au moment où il rentrerait et j’avais peur. Je ne voulais pas qu’il se sente contrarié, énervé parce que les choses n’étaient pas bien en place. Il était gentil, oui, jamais il n’avait une parole méchante. Mais je pouvais sentir sa déception, son mécontentement quand je n’avais pas bien fait, on sent ces choses dans les couples, on ne dit rien mais on sent tout, on comprend tout.

Comme je suis rétive à l’idée d’aimer davantage, comme je ne crois pas , pour moi, à l’amour fou et comme me rebutent, de toutes façons, les obligations d’un semblable amour, soyons d’excellents compagnons, aimons-nous tranquillement et virilement.

Car elle savait depuis l’enfance qu’elle n’était pas jolie.
Elle savait, sans que quiconque lui eût fait la réflexion à ce sujet, que l’irréparable absence de joliesse chez une petite fille chérie ne peut que désappointer cruellement les parents.

Elle était même, comparée à eux, d’une taille miraculeuse, énigmatique, presque effroyable.

Elle savait aussi que ces derniers ont une propension paradoxale mais coutumière, fatale donc pardonnable, à tenir rigueur à la petite fille de n’être point jolie plutôt qu’à blâmer leurs propres défauts qui, nombreux, multipliés dans l’acte de reproduction, se retrouvent flagrants et désolants sur le visage et dans la silhouette de l’enfance.

(..) elle remisa non sans tristesse son désir lancinant de forcer leur respect.

Son enfant avait pour grands-parents des gens qui avaient commandé à son père à lui, Rudy .
Il s’était élève par la seule puissance de sa délicatesse, de sa courtoisie virilité, de sa semence fructueuse.

 

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Critiques

Ouest France La Croix – BlackNews 

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En conclusion

Marie Ndyale – La vengeance m’appartient

Éditeur : Gallimard

Parution : 7 janvier  2021

EAN : 9782072841941

Lecture : Janvier 2021

Chroniques littéraires

15 commentaires

    • Singulier, est vraiment le mot qu’il contient ! Et même lorsqu’on l’écoute, elle est tout en retenu, douce, modérée et se livrant très peu ! Étonnant ! Bon dimanche 😉

  1. J’avais tenté de lire un de ses romans, celui qui est constitué d’une seule longue phrase de plusieurs centaines de pages… je n’avais pas du tout accroché.

  2. idem pour moi, je la connais pour avoir lu pas mal de chroniques sur ses écrits mais le thème me glace donc je ne suis pas sûre de me lancer encore cette fois 🙂
    le livre de Camille Kouchner me tente davantage pour rester dans les sujets difficiles, surtout depuis son passage à LGL hier soir 🙂

    • J’ai eu dans ma vie d’avant à travailler sur le lien entre inceste et prostitution…C’est un sujet que je connais pour avoir été alertée et formée . J’ai écouté attentivement cette LGL d’une grande qualité. Il est temps, que le silence change de camp. Comme pour Le consentement de Vanessa Springora, ce livre va encore démontrer le pouvoir des mots et j’en suis ravie !

    • Il ne faut jamais s’obliger lorsqu’on lit ou veut lire ! Le plaisir avant tout ! Bonne soirée

    • Une voix étrange, tranquille que l’on entend un peu partout à la radio en ce moment. Et, à chaque fois que je l’écoute, calme et mesurée, je me dis qu’elle sait cacher dans son écriture tout le déséquilibre du monde…

    • Je peux comprendre et puis la lecture doit rester une expérience agréable ! Bonne journée

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