Le grand tour des artistes américains

Le Grand Tour

 

Vers la fin du XIXème siècle, l’indépendance, le développement des moyens de transport et la fin des guerres napoléoniennes en Europe ont permis le développement d’un tourisme culturel de l’Amérique vers la vieille Europe pour en découvrir les joyaux.

Les États-Unis sont nés de la volonté dissidente d’une religion. Néanmoins au milieu du 19è siècle, le souhait de nombreux américains est de connaître mieux leur origine et le voyage devient un incontournable pour les gens aisés.

Ce voyage au cœur de l’histoire culturelle a concerné de nombreux artistes et était appelé familièrement le Grand Tour.

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Vue d’une épicerie de luxe portant une enseigne en anglais, et en allemand, à Menton, entre 1900 et 1920. © Gilletta/Keystone-France.

Dans Innocents Abroad (1869), Mark Twain décrit le programme de ce Grand tour qui attend les nouveaux pèlerins du Quaker City : 

Partant de New York, il est prévu que le navire fasse escale aux Açores, puis reprenne sa route jusqu’à Gibraltar. De là, les voyageurs ont la possibilité de visiter l’Espagne et la France. Depuis Marseille, ils peuvent choisir de monter à Paris –où se tient l’Exposition universelle de 1867 –, puis de se rendre à Lyon, d’où ils pourront admirer de loin le Mont-Blanc et les Alpes. Une autre possibilité est d’étendre le séjour à Paris, puis de se rendre en Suisse et rejoindre le bateau à Gênes. De Gênes, ils peuvent se rendre à Milan et sur les lacs Majeurs et de Côme, ou visiter Vérone, Padoue et Venise, à moins qu’ils ne préfèrent Parme et Bologne, avant de rejoindre le bateau à Livourne. Une autre alternative pour les pèlerins est encore de prendre le train jusque Rome. Il est ensuite prévu que le bateau longe la côte italienne jusque Naples, où les attendent aussi le Vésuve, Herculanum, Pompéi et Paestum. L’étape suivante est la Sicile, puis le Pirée et Athènes. Après un passage à Corinthe, il est prévu que le bateau s’achemine jusque Constantinople. En suivant le Bosphore, le Quaker City joindra ensuite la mer Noire jusque Sébastopol et Balaklava, d’où les pèlerins pourront visiter les côtes de Crimée. Lorsque les pèlerins auront atteint Smyrne, ils auront fini leur Grand Tour européen et commenceront le périple en direction de la Terre Sainte.

Pour les artistes peintres, il s’agissait d’une véritable école. En visitant les principaux musées européens, leur culture s’étoffait et leur art s’épanouissait. Et, en premier, c’est la Grande-Bretagne qui attire le plus d’artistes en devenir. 

 

C’est toujours Mark Twain qui introduit dans la littérature américaine le personnage du touriste américain à Paris. Mais à la fin du 19è siècle, se développe l’image d’une ville bohème. Dès les années 20, Paris devient un centre névralgique pour les artistes désœuvrés qui investissent aussi la « Riviera » ce qui devient un incontournable du Grand Tour.

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Café La Coupolle Bar américain à Paris

C’est le cas de Francis Scott Fitzgerald qui cherche à échapper à la prohibition et veut bénéficier d’une liberté interdite dans l’Amérique puritaine. Sa femme, Zebda, devient une garçonne dont le destin va se noircir en vieillissant.

La Grèce fut aussi une destination du Grand Tour  mais rapidement abandonnée car aucun passager ne pouvait débarquer sans le respect d’une quarantaine imposée.

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La terrasse de La Coupole en 1928 © Collection de La Coupole.

Mais la Grande Dépression des années 29 va arrêter le cycle des années folles à Paris. Gertrude Stein s’intègre  dans la vie parisienne, renouvelant sans cesse ses liens avec l’avant-garde artistique et littéraire. Elle tient salon au 27 de la rue Fleurus, fréquenté par des Américains de passage à Paris, mais aussi les grands noms de l’avant-garde tels que Henri Matisse (1869-1954), Pablo Picasso (1881-1973), Georges Braque (1882-1963), Juan Gris (1887-1927), ou bien encore le poète Guillaume Apollinaire (1880-1918).

La plupart des artistes retourneront en Amérique après la Grande dépression prêts à créer un mouvement plus nationaliste chacun dans son domaine.

Sources :

  • L’Image de l’Europe dans la littérature américaine(1850-1950) Mémoire présenté pour l’obtention du Master en études européennes par Pauline Vanachter 2010 ici
  • Le grand tour L’Allemagne de Mark Twain  ici

Bric à brac culturel

10 commentaires

  1. Reportage très intéressant sur cette période. Il y avait aussi les débuts du jazz à Paris, puisque les américains refusaient que les Noirs jouent dans les orchestres à cette époque…🌞

  2. Merci de ce voyage passionnant comme toujours. J’aime particulièrement ces photos vieilles d’un siècle. Bonne soirée

    • Oui, je suis toujours frappé par leur actualité. C’est évidemment très loin de notre univers mais quand-même étonnant

  3. c’est émouvant de voir ou revoir des images du début du siècle dernier et de danser le charleston …
    merci pour ce joli voyage 🙂

    • De rien, il y aurait tant à dire sur ce voyage vers l’Europe que certains américains ont fait

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