Brassens et Tintin – Renaud Nattiez

Brassens et Tintin Deux mondes parallèles  Renaud Nattiez

@vagabondageautourdesoiIl faut un certain culot pour comparer l’univers de Tintin à celui de Brassens. Essayer de comparer le libertaire avec le conformiste qui s’affiche dans un journal de droite, le séducteur timide et l’adolescent asexué, le boy-scout catho et le sans Maître ni Dieu, et pourtant Renaud Nattiez trouve des analogies voire même des affinités entre les deux. 

Partant de son admiration pour Brassens mais aussi pour Hergé, Renaud Nattiez s’interroge sur le rapport entre le monde de Tintin et celui de Brassens. Il ne s’agit absolument pas d’une biographie comparée mais plutôt de créer un essai de littérature d’art comparé entre ces deux univers crées par deux talentueux artistes, Brassens avec la poésie et Hergé avec la littérature et la peinture.

Renaud Nattiez connait parfaitement l’œuvre d’Hergé puisqu’il a déjà fait paraitre deux autres essais. Son analyse s’appuie sur un travail de recherche approfondie qu’il présente d’une façon claire et précise en ancien énarque qu’il fut. 

Pour Brassens, ce sont des chansons (171 chantées par lui et 97 retrouvées), des poèmes, des romans, des préfaces, des écrits libertaires, des correspondances et plus de 20 textes écrits par d’autres et enregistrés par lui. Pour Hergé, ce sont 24 albums de Tintin regroupant plus de 1543 pages. Deux œuvres dites classiques qui font se réconcilier les élites avec la culture populaire.

A partir de trois parties, Renaud Nattiez démontre simplement  la façon d’être contemporain avec deux univers différents, l’un avec la poésie et l’autre avec la littérature, pour habiter le monde avec crédibilité et magie, réalisme et poésie, comique et tragique à la fois et définir une « comédie humaine », où, entre autres, la vision misogyne de Brassens rejoint celle conservatrice d’Hergé. 

Une source de révélations de petits détails sur l’évolution du héros de la jeunesse comparée à celui décrit dans la poésie du plus casanier des libertaires, très facile à lire. A recommander pour tous et surtout les inconditionnels. Alors, peut-être après saurez-vous pourquoi vous admirez deux univers, en apparence, si opposés !

Merci @Babelio et #LesImpressionsNouvelles pour #BrassensTintin de #RenaudNattiez

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L’intervention de personnages célèbres ne se fait pas de façon allusive (évoqués directement ou mentionnés sur une affiche ), comme le sculpteur César ( Tintin et l’Alph-art), le coureur automobile Fangio ( L’affaire Tournesol), le navigateur solitaire Alain Bombard ( Ciné en stock), Sacha Guitry ( Le trésor de Rackam Le Rouge), le compositeur romain Boulanger ( On a marché sur la lune), Onassis et Picasso ( Vol 714 pour Sidney ), le comédien Groucho Marx ( Tintin et les Picaros). Certains sont mentionnés avec un nom détourné, comme le marchand de canon Basil Zaharoff ( Basil Bazaroff dans L’oreille cassée).

Le lecteur de retrouve dans un univers familier, rassurant : le général Alcazar, à la tête de son pays dans L’oreille cassée, devient lanceur de poignards dans Les sept boules de cristal, avant d’être mêlé à un trafic d’avions ( Coke en stock) et de se lancer dans la guérilla ( Tintin et les Picaros) . Le temps a compté pour lui comme pour le lecteur, invité à remplir les blancs entre les épisodes.

Chez Brassens comme dans Tintin, les peintures de caractères sont des caricatures, mais des caricatures rarement féroces.

Auditeur des textes de Brassens et lecteurs des récits d’Hergé sont les spectateurs d’un petit théâtre chanté et dessiné.

Dans Tintin, corpus de plus de 1 500 pages, les couples traditionnels ne sont pas plus d’une douzaine et la vie à deux est réservée à des personnages très secondaires, voire invisibles.

Comme l’écrit Pol Vandromme : « L’amitié, pour Brassens, c’était, mieux que l’amour, le tutoiement de la tendresse (…). Brassens croyait à l’amitié, parce que l’amitié aidait à vivre, parce qu’elle était l’accord de je et de l’autre. Il ne croyait pas à l’amour, parce que l’amour enchaînait, parce qu’il était la prise de possession du je par l’autre, l’amitié- phalanstère ; l’amour- cachot.Le libertaire n’aimait d’amour que l’amitié. »

Pas question de nier une différence fondamentale entre le monde de Brassens et celui de Tintin : la place des femmes, rares dans la bande dessinée ; de l’amour et du sexe, clairement absents. Cette ligne de démarcation existe, c’est un fait, Tintin se fout de Cupidon, tandis que Brassens exprime une vision crue de l’amour, dégagée de la morale traditionnelle.

C’est peu dire que Brassens n’aimait pas les carcans, il détestait la moindre contrainte sur sa vie privée, même s’il devait nécessairement se prêter à certaines obligations professionnelles. Mais surtout, en dehors de son cas personnel, il détestait tout ce qui opprime l’être humain et sa dignité, il avait une sainte horreur de la tyrannie et de toute forme d’autoritarisme.

La mort est omniprésente dans les chansons de Brassens et dans Les Aventures de Tintin. » Si vous ne parlez pas de la mort, de quoi voulez-vous parler? » disait le poète sétois.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

Brassens et Tintin Deux mondes parallèles – Renaud Nattiez

Éditeur : Les impressions nouvelles – Maison d’édition indépendante -Belgique 

Parution : 6 février 2020

EAN:  9782874497476 

Lecture : Juillet 2020

4 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Comme Eve, je suis une grande admiratrice de Brassens, mais si j’ai lu Tintin, c’était avec moins de plaisir qu’Astérix ou Lucky Luke. Bonne soirée

    • Moi, j’ai lu tout Tintin pour mon fils aîné avant qu’il puisse le faire tout seul. Alors, je connais les albums.. Mais, j’ai bien aimé la façon que Renaud Nattiez avait de comparer leur univers … Bonne soirée

  2. J’aime énormément Brassens mais je ne suis pas tintinophile du tout (je préfère Asterix! ou Lucky Luke) alors pas sûre d’être tentée par « l’association »
    « une jolie fleur dans une peau de vache une jolie vache déguisée en fleur…. »

    • Surtout que Renaud Nattiez est un Tintinophile averti ! Son regard donne de la fraîcheur aux deux univers…j’ ai bien apprécié m’y plonger en sa compagnie. Bonne journée

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