Le pays des autres – Leïla Slimani

@vagabondageautourdesoi

Le pays des autres est le premier tome d’une trilogie annoncée. Leïla Slimani a choisit de raconter l’histoire d’une famille marocaine qui est en  lien avec son histoire personnelle.

Mathilde, jeune femme de vingt ans alsacienne, est charmée par un jeune spahi, Amine, de huit ans son aîné. La belle  aux yeux bleus d’une tête plus grande que lui s’éprend de ce bel étranger su différent des hommes de sa région. Ils se marient et elle décide de le rejoindre au Maroc.

A partir de son arrivée, Mathilde doit changer de paradigme : elle est chez son mari, avec une autre culture, une autre façon de penser les rapports entre les hommes et les femmes, une autre façon d’appréhender ceux entre les membres d’une famille. A l’image de la nouveauté qu’Amine va devoir faire preuve pour que son exploitation se développe sur ce sol rocailleux, Mathilde devra puiser dans ses réserves d’ingéniosité pour que sa famille puisse s’implanter et s’épanouir.

La métaphore de la greffe court tout au long du récit : celle qu’il faut inventer pour créer un nouvel arbre pour produire un fruit entre citron et orange, qui fera certainement sa fortune. Celle qui permet à Mathilde de découvrir la particularité de cette terre qui deviendra la sienne. Celle qui faut inventer pour que le couple perdure. Celle que représente leur fille Aïcha preuve de leur métissage.

Son récit parcourt dix années, de l’arrivée de Mathilde dans ce pays qui lui est complétement étranger jusqu’au moment où sa fille est reconnue par son intelligence à l’école. 

Leïla Slimani raconte l’exil, le poids de la tradition sur les représentations, le  regard d’étrangéïté que portent les autres et qui fait douter de soi Elle énonce l’inquiétude que provoque la différence et pire le rejet pour certains. Leïla Slimani explique comment une femme conquiert sa liberté surveillée au prix d’une solitude énorme mais d’un désir intact de surmonter les difficultés. Sacré portrait de femme que cette Mathilde ! Il serait aussi important de raconter l’enfant Aïcha qui porte, semble-il, la même chevelure que l’auteure et qui sera certainement l’héroïne du prochain …

« Le pays des autres « , écrit au passé, présente un style fluide, un récit bien construit et agréable à lire. Mais, je m’y suis un peu ennuyée ! Leïla Slimani raconte comme un conte une histoire difficile, réaliste où il manquerait de la fougue, des pleurs, des sentiments, des secrets et peut-être en un mot de l’émotion. Pas celle des personnages, Mathilde est haute en couleurs ! Amine est crédible avec ses atermoiements, etc. Pas celle des situations, non plus ! L’intrigue est suffisamment bien décrite pour maintenir l’envie de connaître la suite. Non, c’est l’émotion  de l’auteure qui nous manque ! Sa jubilation a restitué sa parentèle, à les rende vibrant sur sa ligne d’écriture, les animant de ce souffle d’amour qui fait que le plaisir de l’auteur se devine dans les mots. J’aurais de la curiosité à découvrir le prochain tome en espérant vibrer plus fortement. On dirait que Leïla Slimani s’est trouvée empêchée par la difficulté de faire vivre des personnages trop proches d’elle, ou alors, est-ce autre chose …

Avec « Le pays des autres », Leïla Slimani change complétement de registre, en décidant de raconter l’histoire de sa famille franco-marocaine en trois volumes. Ce roman  fait découvrir le portrait magnifique de Mathilde, sa grand-mère. Celle qui va bâtir la lignée et sa petite fille Aïcha mélangeant avec réussite l’accent alsacien au soleil marocain. J’attends le prochain pour suivre la petite et la grande histoire marocaine.

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A cet instant précis, elle compris qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres.

Elle savait que les enfants sont comme les chiens, qu’ils comprennent ce qu’on leur cache et sentent venir la mort.

La beauté de Selma rendait ses frères nerveux comme des animaux qui sentent venir l’orage.

Il n’y a pas de drame dont on ne puisse se remettre, pensa Mathilde, pas de désastre sur les ruines duquel on ne puisse reconstruire.

Le frère d’Amine lui rappelait ces hommes qu’il avait croisés autrefois, sur la route de son exil. Des hommes pleins de grands mots, des hommes bouffis d’idéal, qui à force de grands discours avaient épuisé en eux toute forme d’humanité.

Tandis qu’elle pénétrait dans la maison, qu’elle traversait le salon baigné par le soleil d’hiver, qu’elle faisait porter sa valise dans sa chambre, elle pensa que c’était le doute qui était néfaste, que c’était le choix qui créait de la douleur et qui rongeait les âmes. Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte. Forte de ne pas être libre. Et lui revint en mémoire ce vers d’Andromaque appris à l’école, elle la pathétique menteuse, l’actrice de théâtre imaginaire : « Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne ».

Cette phrase, elle l’entendrait souvent. À cet instant précis, elle comprit qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres. Amine était sur son territoire à présent, c’était lui qui expliquait les règles, qui disait la marche à suivre, qui traçait les frontières de la pudeur, de la honte et de la bienséance.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

Le pays des autres – Léïla Slimani

Éditeur : Gallimard

Parution : 5 mars 2020

EAN :  9782072887994 

Lecture : Mai 2020

23 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Je n’ai lu d’elle que « Chanson douce » que j’ai beaucoup aimé. Je ne sais pas si je lirai celui-ci…Ton ressenti ne m’y incite pas. Bonne journée

    • L’important est ton intuition. C’est ainsi que l’on se fait plaisir à lire ! Bonne journée

  2. J’ai eu une immense claque avec Chanson douce mais je suis reversée pour celui-ci, il ne me tente pas plus que cela… A voir si l’occasion ce présente !

  3. Je lis des avis très partagés sur ce premier tome …. et j’ai beaucoup de réticences avec tout ce qui est saga en plusieurs tomes….. Souvent cela s’essouffle, tourne en rond etc… et au final on se dit qu’en un volume cela aurait peut-être suffit…. Je suis un peu comme Eva-Yeshé il y a un côté de L’Art de Perdre d’Alice Zeniter que j’avais beaucoup aimé et donc pour ces multiples raisons je crois je ne vais pas le lire 🙂

    • Ton avis est important ! La lecture est un plaisir et doit surtout le rester. Rien ne doit venir entraver l’intuition, c’est notre intelligence personnelle ! Au plaisir de te lire !😉

    • C’ est un changement avec  » Chanson douce » . C’ est peut-être pour cela que les avis sont mitigés.
      En tout cas, si tu le lis, j’ aurai plaisir à lire ton avis. 😉

  4. J’ai beaucoup aimé ton article! Tes mots sont toujours bien choisis et savent me toucher. Cet ouvrage semble fort et aborde un sujet tellement important ! Merci à toi 😘

    • Merci bcp Gwenn , c’est trop gentil. Oui, je vais attendre le prochain pour connaitre la suite avec Aïcha jeune fille et peut-être femme… A suivre donc. Bonne continuation 😉

  5. J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai suivi le parcours de Mathilde avec compassion et émotion. Pas simple la vie « aux pays des autres » mais l’amour est là.
    J’ai vraiment hâte de découvrir la suite….
    Merci Mata pour ce billet littéraire 📚, bises.

    • Sa saga fonctionne très bien. Moi j’ ai regretté juste un peu que l’ auteure soit encore si  » mesurée  » …Je crois et je souhaite qu’ elle soit plus « détendue  » pour le prochain et que l’on sente qu’ elle prenne plaisir à écrire. En tout cas très bonne journée, Evelyne et merci bcp 🌺

  6. j’hésite un peu car les avis sont partagés…
    J’ai peur de comparer avec « L’art de perdre » d’Alice Zeniter qui m’a beaucoup plu sur le thème de l’exil 🙂
    j’ai aimé « Chanson douce » alors je tenterai sûrement à un moment ou un autre 🙂

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