10. Écrire au temps du Covid 19

@vagabondageautourdesoi

Pour rejoindre la maison de Lucien, il suffisait de quitter la route principale, passer le petit pont et monter la pente sinueuse qui débouchait au cœur du village. En arrivant, les calades, ces pierres de lave sculptées au murs des maisons, faisait avancer les enfants des touristes.  Il fallait traverser une place magnifique et laisser le terrain de boules pour s’engager dans une ruelle qui descendait à la plage de la rivière fréquentée les jours de canicule. La maison était là sur une toute petite placette. Du haut de ses trois étages, elle dominait simple et rustique. Lucien travaillait de ses mains l’argile d’Ardèche. Du matin au soir, il modelait des huiliers, des gratte-ails, des saladiers aux ventres ronds et des bols généreux. Il avait choisit l’utilitaire en grès pour donner chaque matin à celui qui le tient le goût de cette terre qu’il aimait tant. Les sonnettes de la porte rythmaient les journées de l’été lorsqu’on s’installait sur la placette pour profiter de l’ombre de la fin de journée. Un jour, Lucien est parti rejoindre dans le cimetière le grand Jeannot qui avait donné à cette région la plus belle des chansons. J’ai voulu acheter sa maison. Mais, les murs ont une âme et ceux-ci appartenaient au travail de la main. Homme de parole, je n’y avais pas ma place. Aujourd’hui, confiné, je pense à mon ami Lucien. Comment peut-on s’imaginer en voyant un vol d’hirondelles que le printemps vient d’arriver !

Jour 10. Sur son blog, Alexandra Koszelyk anime des ateliers d’écriture et propose d’écrire chaque jour de ce confinement à partir d’une photo. Je partage mon texte sur son blog et, avec son accord, ici. 

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