7. Écrire au temps du COVID-19

Jour 7. Sur son blog, Alexandra Koszelyk anime des ateliers d’écriture et propose d’écrire chaque jour de ce confinement à partir d’une photo. Je partage mon texte sur son blog et, avec son accord, sur vagabondageautourdesoi. N’hésitez pas! Écrivez à partir de cette photo !

Contrainte supplémentaire aujourd’hui : Insérer la phrase de Milan Kundera « Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot ».

@vagabondageautourdesoi

Marre. Marre. Marre. Qu’est-ce qui l’avait prise de se précipiter dans le rangement de son garage dès l’annonce du confinement. Les newsletters reçues le lundi vantaient les bienfaits de cette attitude. Comme si enfermement pouvait rimer avec nettoyage de printemps ! C’était sans prendre en compte l’inquiétude et les nouvelles alarmantes. Car, malheureusement, ça commençait à arriver. Untel qu’on connaissait depuis des années était à l’hôpital. Un autre devait consulter ce soir pour une énorme toux. Et elle, au fond de son garage, déménageait cartons et caisses pour se débarrasser de l’inutile. Lorsqu’elle aurait fini, avec la chance qu’elle a, il y aurait confinement général et les éboueurs ne seraient pas prêts de la débarrasser de ses attrapes poussières. Décidément, elle s’en voulait. D’autant plus qu’elle n’en avait plus vraiment l’envie. Sauf que c’était difficile d’avouer devant son conjoint qu’elle avait fait une erreur tant il avait essayer de l’en dissuader. Non seulement, elle se cassait le dos à porter et soulever pour déplacer, mais en plus, elle se prenait des tsunamis de vagues à l’âme à mesure qu’elle plongeait. Plus elle rangeait, plus cela devenait difficile de garder le rythme sans s’arrêter car il faut arroser les souvenirs comme les fleurs en pot. Entre les photos du passé éparpillées, les cassettes enregistrées et les super 8 retrouvés, le temps passait inexorablement comme parenthèses sans fin. Il y avait les souvenirs heureux, sourire et même rire !  Il y avait les signes de l’absence et de la maladie. Du flamboiement, les larmes arrivaient. Elle n’en pouvait plus de retrouver ainsi les bribes de sa vie. Marre. Marre. Marre de cette mélancolie. Pensive, la tête dans les mains, elle décida qu’elle en aurait fini. Qu’elle avait assez travaillé. Elle cria haut et fort que c’était rangé, ordré à ne plus déranger. Remis tout en tas, entassa et regroupa. Elle remonta et éteignit la lampe, contente de s’être enfin débarrassée de ces montagnes russes à émotions. C’était terminé ! Il fallait avancer et cesser de ruminer. La guerre, il faudra la gagner sans se laisser happer. Elle le devait maintenant qu’elle avait rassemblé son armée. Ils étaient là tous avec elle, les fantômes de sa vie. Prête à l’affronter ce corona machin avec son air de ne pas y toucher ! Redressée par tant de soutien, elle se servit un verre : « Santé » !

 

 

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