On ne peut pas tenir la mer entre ses mains – Laure Limongi

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2019

 

@vagabondageautourdesoi.comPour cette rentrée littéraire 2019 chez Grasset, Laure Limongi annonce « On ne peut tenir la mer entre ses mains ». Révélation qui n’en pas pas une pour cette ancienne insulaire. Sa Corse natale s’incarne dans son livre par sa terre près de Bastia sur ce pic rocheux où le village de la Castagnicca est placé sur son flanc et où se côtoie plusieurs générations dans l’ancrage familial, L’Alcyon, partageant un quotidien difficilement paisible. Adulte écorchée, la narratrice décide un beau matin de retourner en Corse dérouler les fils de ses souvenirs et tenter de comprendre comment ce lieu idyllique est devenu, au fil du temps, le lieu de secrets familiaux ravageurs.

En situant son roman à partir des années 70, Laure Limongi décrit la « finesse de la frontière entre courant nationaliste et les dérives mafieuses« . Elle raconte l’histoire d’Huma, fillette au prénom si poétique, déposé dans l’oreille de sa mère par un corbeau au cours de son passage dans le maquis lorsqu’elle était enceinte.

Sur les épaules de Huma vont s’appuyer jusqu’à essayer de la casser son entourage et les fantômes du secret qui habite cette demeure. Tout d’abord, sa grand-mère qui pour donner un exutoire à sa perversité, son  désamour et sa folie destructive, ira jusqu’à s’approprier la fillette sans que ses parents ne s’y oppose, comme le chaperon rouge est donné en sacrifice à son aïeule.  Elle-même, aussi, jouet d’une douleur qu’elle subit et qu’elle n’arrive pas à exorciser. Son prénom est Marie mais elle se fait appeler May pour plus de tendresse… Son père, Lavi, aime éprouver la soumission de sa fille dans des scènes d’une violence qui m’ont bouleversée en lui répétant  » tu me fais confiance, Ciuccetta« . Gaby est son grand père paternel si loin et si proche à la fois. Et tout le clan a des relents nationalistes et négationnistes où Huma côtoie des hommes encagoulés, des pétarades et des explosions, qu’elle regarde comme un jeu.

Dans ce paysage, une figure libre mais terriblement lointaine : sa mère, Alice, fille de communistes résistants. Huma n’a pas eu les cheveux coupés de toute son enfance car sa mère a eu ses cheveux rasés pour éviter qu’un allemand ne vienne pas y fourrer ses gros doigts pendant la seconde guerre mondiale !

Alice porte un Berretta suspendu dans son Hoster en bandoulière comme un bijou. Alors,  s’il s’agit de tenir sa mère dans ses bras, cela devient difficile… Et, pourtant Huma l’a toujours voulu, l’obligeant à partager ses petits sandwich de saucisson ou mangeant tous ses plats aromatisés aux effluves d’Orient, souvenirs d’aïeuls lointains! Ce roman devient au fil des pages une longue quête de la mère qu’Huma cherche pour exorciser les démons du secret !

« C’est mon histoire, mais je ne raconte pas ma vie » dit Laure Limongi dans un quotidien de province. L’histoire est terrifiante et nous immerge dans une Corse magnifiée d’odeurs sensuelles et de paysages magnifiques décrits. De chapitres courts en phrases hachées, Laure Limongi entraine son lecteur dans un somptueux récit de vie, poétique et tragique, entre secret et insularité où l’écriture se fait obligation et catharsis.

#OnNePeutPasTenirLaMerEntreSesMains Merci à #NetGalleyFrance et à @Grasset

Ce livre m’a été offert en service de presse par Netgalleyfrance. Remerciements aux éditions Grasset. Ceci est mon avis en toute honnêteté et sans pression, comme d’habitude.

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Le secret transforme la veille en cauchemar et abolit le rêve. (…) L’ absence est une gangrène, elle envahit tout.

Elle a réussi à se créer une bulle qui exclut le tyran, avec une certaine ambivalence : si elle peut se forger une langue musicale, c est grâce à celle qui l’étouffe de jour en jour.

Huma arrête de manger, c’est sa seule arme, et elle est exaltante, cette sensation de maîtrise totale du corps. (…) Elle se dit que plus elle s’effacera, plus elle commandera à la parole d’ advenir. Elle aura enfin des explications. Mais rien.ne répond aux blessures.

Puis une fois dévoilé, le secret déçoit. Toute cette souffrance pour ça ?

Elle est bien obligée de se remettre à manger, un beau matin, pour ne pas perdre sa voix, pour que la parole soit un jour possible.

Les romans, la poésie, la musique irriguent le quotidien de Huma, c’est le seul radeau possible.

Trois femmes, trois générations, trois colères , toujours le même secret.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi.com

 

On ne peut tenir la mer dans ses mains – Laure Limongi

Éditions : Grasset

Parution : 28/08/2019

ISBN : 224681328X

Lecture : Septembre 2019

13 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. J’ai pris le temps de lire ton « Qui suis je » et je découvre avec plaisir l’origine de ce nom que tu as choisi. J’adore découvrir depuis toujours : livres, films, pays, personnes, paysages et je lis toujours avec plaisir tes chroniques et présentations toujours très bien écrites et très complètes. Ma madeleine de Proust à moi, ce sont les grenades (le fruit bien sûr) qui me rappellent ma maman. Bonne journée

    • Merci pour ta lecture et ce petit mot si gentil. C’est fou ce que certains jours, elle me manque, et pourtant depuis le temps, j’ai appris à faire sans elle…Alors, oui, heureusement, nos doudous sont là, une grenade pour toi …Alors de tout coeur, je t’en envoie une par la pensée♥️!

    • J’avoue avoir découvert cette auteure. Et, bien qu’au début, j’ai eu du mal a entrer dans ce roman, j’ai beaucoup aimé. Une belle découverte ! Bon weekend, Eveline !

    • Oui, mais pas de compassion dans ce roman, plutôt une adulte qui essaye de dépasser les difficultés … Bon WE, René

  2. Quelle aridité de sentiments ! Pauvre Huma qui malgré tout a réussi à se forger une personnalité dans ce nid d’aigles. Mais un livre trop noir pour moi.

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