Deux kilos et demi – Gil Bartholeyns

Premier roman de Gil Bartholeyns, « Deux kilos et demi », à paraitre pour la rentrée littéraire 2019 chez JC Lattès, nous emmène en Belgique profonde pour une enquête sur un élevage avicole de l’exploitation de Frédérik Voegele suite à des plaintes et dénonciations.

Une tempête de neige hors norme va contraindre Sully J. Price, inspecteur vétérinaire, à installer ses bureaux dans un « diner » et à y rester cinq jours au lieu d’un week-end. Dans ce restaurant, la servante se fait appeler Molly alors que son vrai nom est Léa (Sully en tombera amoureux), « Oeil d’Aigle aux mains propres » est en fait Earl et il s’occupe de la plonge, leur patron, Paul, est détenteur d’une recette de cuisson pour ailes de poulets appréciée.  Autour gravitent quatre jeunes, « qui hurlent à la nuit en imitant les loups ».

La démonstration de Gil Bartholeyns est magistrale sur la cause animale, l’élevage intensif, ses dégâts sur la nature, sur l’homme, les normes européennes, la mondialisation, les lobbys de toutes sortes et… nos propres dénis. Rien n’est blanc ou noir. L’auteur a l’intelligence d’utiliser la fiction pour nous décrire ce monde où tout est intriqué.

L’inspecteur vétérinaire a aimé la viande alors qu’il connaissait le fonctionnement des abattoirs. Frédérik Voegele n’a cessé d’aligner son élevage intensif au besoin des normes et sa femme souffre de démence liée à l’exploitation intensive des sols. De plus, sa fille ne lui parle plus car elle ne supporte plus la profession de son père. Etc…

Gil Bartholeyns pose les bases d’une réflexion argumentée sur la condition animale en rapportant l’imbrication des normes législatives et les orientations politiques à la réalité du monde rural afin de dénoncer la chasse au profit de l’éleveur aux multinationales mondiales. Celui-ci oblige le travail clandestin des nouveaux esclaves modernes sans parler des conditions désastreuses d’abattage qui devraient  rendre fou n’importe quel ouvrier.

Habitué à la rédaction de ses essais, Gil Bartholeyns emploie une langue  précise presque scientifique, trop parfois ! Pourtant, certaines inventions sont savoureuses et l’humour souvent présent. Quelquefois, j’ai été perdue par autant de chiffres, de détails, etc.; comme, le poids du poulet avant sa mort, puis après, puis sans je ne sais quoi…

Le pamphlet contre l’industrie alimentaire et les élevages intensifs écrit par Gil Bartholeyns est documenté, argumenté et semble extrêmement précis. Par contre, l’intrigue est relativement mince pour entraîner le lecteur vers le romanesque. Un premier roman qui devrait être suivi par d’autres tant le travail de Gil Bartholeyns est sérieux et sa langue  suffisamment riche  pour amener son lecteur vers l’imaginaire.

Merci à #NetGalleyFrance et #JCLattès pour #Deuxkilosetdemi

Ce livre m’a été offert en service de presse par Netgalleyfrance. Remerciements aux éditions JC Lattès. Ceci est mon avis en toute honnêteté et sans pression, comme d’habitude.

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Son fournisseur lui avait menti. (…) Frédérik se sentait responsable du poulet qu’ il produisait et il avait toujours été serein: il mettais son.blé, il donnait de l’ eau de distribution, et il y avait l’ air . Après, si l ‘ aliment qu’ il achetait pour ses poulets intoxiquait les gens, ça n’ allait pas. Peut- être sue les autres s’ en foutait, mais pas lui. Son fournisseur lui avait pourtant garanti la marchandise ; et en même temps, il savait comment ça se passait. L’origine des ingrédients changeait tout le temps selon le prix du marché et en tout cas de scandale on atteignai les seuils limités puis les lobbies montraient leurs trois rangées de dents et la tolérance est relevée.

Frédérik pensait parfois aux avions tropicaux qui pulvérisaient leurs pesticides sur la tête des ouvriers agricoles, mais Suzanne était allongée juste à côté de lui, sans la sienne.

C’est la nuit, toujours, que les hommes courent à leurs terribles œuvres.

Frédérik aimait Suzanne mais pas ce qui lui arrivait, pas cet amant qui lui faisait confondre les jours et les gens et lui infligeait des nausées, des troubles de l’équilibre, des tremblements, des peurs abyssales et des migraines diaboliques.

Il fallait pouvoir se payer du filet de poulet quatre ou cinq fois plus cher que le standard.

Frédérik voyait bien où ça menait de verdir totalement l’aviculture. Les produits étrangers feraient main basse sur le marché. Les petites bourses et la restauration rapide n’hésiteraient pas un instant, on pouvait leur faire confiance. Les agriculteurs tomberaient comme des mouches. On éduquait les jeunes au biologique mais pas à la pauvreté et on les berçait d’écologisme entre deux publicités pour les bagnoles.

Elles culminaient dans l’armoire à près de neuf cents pages, toutes en anglais, eh ça s’appelait un BREF, sans aucune espèce d’ironie, pour best availlable techniques référence document.

En attendant, c’étaient bien parce que tous ces animaux avaient été plongés, involontairement pour les une, volontairement pour les autres, dans la plus grande indifférence, c’ était bien parce qu’ ils avaient subi la transformation radicale de tout ce qui touche l’ industrialisation, c’était bien parce qu’ils avaient été désalinisés, tournés en machines thermodynamiques susceptibles d’ optimisation jusqu’à une limite fixée en termes de bombe sanitaire qu’ ils étaient en effet les plus à plaindre.

Il fallait être de grands décérébrés pour ne pas voir que les éléments de langage étaient d’ emblée incompatibles avec les lois de la pratique.

Dieu pourrait-il entrer dans ma vie et calmer le temps qui ne calme rien.

On n’ en finissait pas de leurrer et d’ouater. Mais la méthode la plus efficace, c’ était nous, notre désir de fermer les yeux.

Le poulet classe A n’ était pas le poulet classe Affaires.

Au supermarché, tous les animaux d’ embouche avaient la vie d’Ancien régime.

Deux kilos et demi- Gil Bartholeyns

Éditeur : J.-C. Lattès

Parution : 21 août 2019
ISBN : 270966335X

Lecture : Août 2019

18 commentaires

    • C’est sûr, je n’ai pas encore mangé de poulet depuis sa lecture ! j’avoue que les images sont encore présentes… Bon dimanche

    • Oui tout à fait ! C’est un sujet qui est au cœur des préoccupations de cet auteur , semble-t-il, qui est par ailleurs maître de conférences en charge du département histoire des mondes modernes et des civilisations contemporaines à Lille.

    • C’est la force de ce roman : à partir d’une situation d’enquête d’un inspecteur vétérinaire, l’auteur démonte tout le système agro-alimentaire et c’est vertigineux car l’auteur ne donne que la solution de moins consommer !

  1. je le note, je suis très sensible à la cause animale, j’ai eu ma période végétarienne pure et dure mais grosse carence en protéines alors je suis flexitarienne : je ne mange plus de viande rouge depuis 30 ans! manger un mammifère ce n’est pas possible. je m’excuse auprès des poulets et dindes bio et des rares poissons (ils sont bourrés de mercure et autres cochonneries alors…) il y a eu trop de scandales alientaires pour qu’on soit indifférent au contenu de notre assiette..
    tout ça pour dire, qu’on fait au mieux et que je lirai sûrement ce livre (je n’ai pas encore lu celui de Fred Vargas!!!) 🙂

    • Oui, on fait au mieux au fil des scandales qui nous montrent des pans que l’on ne soupçonnait pas ! Je n’ai pas lu non plus celui de Fred Vargas …

  2. Un thème qui m’intéresse et peut être que je me laisserais tenter….. Mais je suis tellement écoeurée par le traitement des animaux qu’il faudra que je me prépare 🙂

    • Ah, oui, tout à fait ! Je suis d’une génération où tout ce qui sortait d’une ferme était réputé comme sain. Alors, de découvrir au fil des reportages, des scandales et des livres comme celui-ci, qu’en fait, il y a des nitrates cancérigènes dans le jambon, des pesticides qui rendent fous sans que le bio présente plus de garantie, la tuerie organisee et que l’élevage intensif n’a pas de limite sans parler des conditions d’abattage…alors, oui, on en devient révolté !

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