Le guetteur – Christophe Boltanski

vagabondageautourdesoi-leguetteur-20181110_15_03_37_ProAprès le décès de sa mère, Christophe Boltanski, avec sa sœur, vide son appartement et se débarrasse des décombres qu’elle a accumulé à sa fin de vie. Il découvre aussi des carnets de listes de choses faites, vécues mais inutiles, comme des sortes d’exorcistes.

Une pochette contient quatre débuts de polars. Un, un peu plus abouti, attire l’auteur. Le titre est « Le guetteur ». C’est l’histoire d’un homme qui épie les femmes de façon  malveillante.

Cette fiction trouve un écho particulier relation avec la paranoïa persécutive dont sa mère a souffert.  Même si elle accepte des soins, son mal, va l’isoler au point de n’avoir en fin de vie que son chien comme compagnon.

Comme le souligne sa psychiatre, interrogée par l’auteur, un événement romanesque, certainement une rencontre, ou tout autre événement,  a pu déclencher une culpabilité qu’elle a essayé d’apaiser en développant un sentiment de persécution avec hallucinations sonores.

Est-ce cette rencontre avec un membre du FLN qui a tout déclenché? Car, au fil de son enquête, Christophe Bolanski recueille divers témoignages prouvant que la jeune femme s’est laissé convaincre de devenir « porteuse de valises  » pour un membre influent du réseau en France. Du coup, la mère devient Françoise et se découvre exaltée et révoltée. On pense à cette époque où une longue fille filiforme découvre la liberté et l’indépendance et chante « Tous les garçons et les filles, etc ».

Mais, au moment de l’arrestation des membres du réseau, la jeune femme se sent épier et suivi par les policiers. Uniquement, des suppositions ! Car, Christophe Bolanski tire les fils d’une vie de souffrance, comme un puzzle, auquel il manquerait des pièces.

Elle s’est inventée un objet persécuteur/percuté en la personne de son voisin qui ressemble à ses créations : Une bulle de gomme joyeuse et gentillette, Barba-papa que l’auteur décrit comme parfaitement inoffensif. Elle va le persécuter à la mesure du sentiment de persécution qu’elle éprouve à l’époque. Au fil de ses déménagements, elle croira qu’il l’accompagne et n’aura de possibilité que de s’enfermer dans sa folie pour pouvoir continuer à vivre !

Ce livre n’est pas un roman, c’est le récit d’un fils qui essaye d’apprivoiser la vie de sa mère. Sans aucune compassion ni jugement, il s’approprie sa folie, en dessine les contours. Dévorée par la maladie au point de s’enfermer à jamais dans sa solitude et avec laquelle, il a du se désolidariser pour vivre sa vie.

Mais, c’est aussi une œuvre de fiction puisque Christophe Bolanski continue le polar commencé qu’il inclut chapitre après chapitre au récit de son enquête.

Ce livre est complexe. Christophe Bolanski utilise son récit pour prendre du recul, comme une introspection à voix haute, nous mettant en position du thérapeute muet qui ne peut qu’écouter. Cette autofiction, comme on dit maintenant, lui permet de retrouver la présence de cette femme qu’il aime, ses silences et la douleur de la perte.

Est-il, lui, le guetteur ? Cette question revient tout au long du livre !

C’est une interrogation légitime. Pouvons-nous entrer dans l’univers de nos parents sans en violer l’intimité ? En abandonnant notre statut d’enfant à leur disparition,  nous pouvons les approcher d’égal à égal. Est-ce que cela nous donne le droit de décortiquer les personnes qu’elles furent. Pour l’auteur, ce fut indispensable !

Un somptueux récit que je n’ai pas vécu comme un long fleuve tranquille. Néanmoins, quelle belle rencontre …

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La mort fait des vivants ses continuateurs.

Elle est devenue insomniaque, cette maladie incurable qui rend ses nuits monstrueuses, en font des moments de lutte, des parenthèses guerrières, tel un bombardement dont on attend la fin.

Contrairement aux résistants, leurs modèles, ou à la génération suivante, celle des soixante-huitards, ils n’avaient tiré aucun bénéfice de leur engagement.

 » Même les paranoïaques ont des ennemis » répondait Golda Meir lorsqu’on lui reprochait sa méfiance tous azimuts et son intransigeance envers ses voisins.

La France, quand elle se tourne vers son passé, applique une règle simple qui la distingue de la plupart des autres démocraties occidentales ; le black-out.

 Elle aurait mérité un temps supplémentaire, comme au foot, pour compenser ses arrêts de jeu. 

Ma mère était ce que je ne ­savais pas d’elle et que je chercherais indéfiniment toute ma vie.

a noter

 

 

 

 

 

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pro_readerMerci à #NetGalleyFrance pour #LeGuetteur

Ce livre m’a été offert en service de presse par Netgalley. Remerciements aux éditions Stock. Ceci est mon avis en toute honnêteté et sans pression, comme d’habitude.

Le guetteur – Christophe Boltanski

Éditions Stock

Parution : Août 2018

ISBN : 2234081718

Lecture : Octobre 2018

 

 

17 commentaires

  1. “Si on me demande quel est mon pays ? je dirai l’art”.
    A la fin de la vie d’un artiste, l’artiste ressemble physiquement à son œuvre , Giacometti ressemble à ses sculptures et moi à une boîte à biscuits “Boltanski
    Je l’avais écouté à la Fondation LVMH passionnant!

  2. Bonjour Matatoune. J’ai lu il y a quelques semaines « Dix-sept ans » d’Eric Fottorino où un fils part aussi à la recherche de la vie de sa mère et je n’ai pas été très emballée. Bonne journée

    • « Dix-sept ans  » est en attente pour moi… Car, après, « le guetteur » je vais faire une pose sur les livres relations parents-enfants un peu particulières ! Besoin d’un peu de légèreté! Bonne journée

  3. Un livre douloureux dans lequel un fils accouche de sa mère… Difficile de pénétrer l’âme d’une personne !

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