Trancher – Amélie Cordonnier

vagabondageautourdesoi-trancher-wordpress-20180922Pour ne pas sombrer comme la dernière fois, il y a sept ans, sous le poids de la dévalorisation et de la dépression, une jeune femme qui va bientôt fêter son quarantième anniversaire décide d’écrire.

Écrire les slaves de mots hideux qu’Il lui balance comme ça, sans qu’elle puisse anticiper. Écrire pour mettre à distance. Écrire pour ne pas se laisser engloutir dans le magma de la honte.

Et, puis au fur et à mesure, qu’elle complète son fichier sur le dossier « Note » de son téléphone, écrire pour se rappeler. Écrire pour ne plus faire semblant. Écrire pour ne plus se taire. Écrire pour enfin pouvoir dire. Écrire pour essayer de s’en sortir. Écrire pour tenter de trancher.

« Trancher » est le réveil d’une femme qui, de la honte à la liberté, va trouver la force de sortir de l’engrenage mortifère dans lequel son amant, son mari et le père de ses enfants essaye de l’entraîner. La première fois, elle avait un bébé à protéger. Maintenant, le bébé est devenu ado et une petite merveille de 5 ans est venue compléter la famille. Lui aussi a changé, il est devenu le mari affectueux, le père attentif et disponible. Bref, une famille idéale! En apparence…

Une faille affective permet à l’autre de pouvoir exercer son sadisme, de s’y prélasser comme une bête se vautre dans la boue, avec délice et culpabilité,  de museler la colère qui devrait éclater, de statufier toute envie de mouvement et d’en assumer l’entière responsabilité.

Les amis (es) ne voient rien et même s’ils voient, ils ne comprennent pas pourquoi rien n’est fait pour faire cesser le processus. Le »Pourquoi tu restes ? » inacceptable rajoutant le sentiment que la victime est bien consentante à son martyr. Du coup, elle se tait à jamais. Marie son amie, elle, écoute et dit « qu’importe ce que tu décides, je serais toujours là ».

Et, alors seulement, la victime peut retrouver moyen de relever la tête. De se révolter. De crier. D’exiger. De trancher!

Mais, trancher est-il forcément rester ou partir? Cela peut être aussi de faire comprendre à l’autre que ça suffit ! Comme une barrière « Défense d’entrer  » mis dans la relation nauséabonde ! Ne plus entrer dans cet abîme qui renvoie l’autre à des excuses lamentables toujours à postériori et la victime à l’espoir insensé que se sera la dernière fois !

Le premier roman d’Amélie Cordonnier, responsable culture d’un magazine féminin, est d’une qualité indéniable : à partir de chapitres très courts qui permettent au lecteur de souffler et une écriture au langage parlé,  le cheminement de cette jeune femme est décrit  de façon très efficace. Ce « tu » employé tout au long du roman, est comme une voix intérieure qui permet au lecteur d’être au cœur du ressenti et de son évolution.

Ce court roman est un coup de poing donné aux situations de violences conjugales. Il raconte la renaissance d’une jeune femme se délivrant de ses chaînes sur le chemin de sa liberté. Ne passez pas à côté !

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bTu restes parce que, même s’il n’y arrive plus, il veut te rendre heureuse.

Ça fait des jours que tu as froid. Il y a en toi quelque chose de glacé que rien ne parviens à réchauffer.

Parce que quand on n’a pas le choix, on prend sur soi. On fait avec et on finit par s’habituer. On s’habitue à tout. A perdre, à souffrir, à manquer. Tu le sais.

Parce que tu es  » la boxeuse amoureuse d’Arthur H. Celle qui danse quand elle s’approche du ring, esquive les coups. Absorbe tout. Encaisse les uppercuts sans jamais cesser de danser. Celle pour qui tomber ce n’est rien, puisqu’elle se relève, un sourire sur les lèvres. Tu es une boxeuse amoureuse. Qui l’aime. Quand même. Y croit encore. Ce n’est pas parce que tu n’oses pas partir que tu restes. Non, tu restes car il a promis de se faire soigner. Et oui, il y a des périodes bouche cousue, où ce poison ne sort plus. Tu restes pour tout ce qui restent alors: les mots doux, les attentions, la vie à deux et à quatre.

Et les auteurs jeunesse savent-ils que ce n’est pas le parent mais l’enfant planqué en lui qui lit le rectorat a ses petits ?

Tu n’as jamais voulu dire que vous étiez heureux, A cause de Léo Ferré. Tu avais peur que le bonheur soit vraiment du chagrin qui se repose.

Changer ses idées comme on change de tenue, ou de disque. Vous aviez changé d’air, mais n’aviez rien changé, ni les idées ni le reste.

Ajouter à la colère de les supporter la honte de les rapporter, il ne fallait pas pousser.

a noter

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Trancher – Amélie Cordonnier

Éditions Flammarion

Rentrée littéraire 2018

ISBN: 9782081439535

Parution : Août 2018

Lecture: Septembre 2018

7 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Je l’ai lu aussi. J’ai bien aimé mais pas autant que toi. Le « Tu » m’a laissée à l’écart. Je ne suîs pas entrée dans le personnage. Bon dimanche

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