37, étoiles filantes – Jérôme Attal

vagabondageautourdesoi-37,etoilesfilantes-wordpress-20180819Après m’être plongé dans son atelier à la Fondation Giacometti  , la découverte de ce récit-roman fut un vrai moment de rencontres comme je les apprécie.

Qu’une femme sentant que son amant va la quitter lui donne un os à ronger pour éviter la séparation, c’est intelligent! C’est ce que fait Isabel à Giacometti sur son lit d’hôpital en lui confiant, sous le sceau de la confidence, que son ami, Jean-Paul Sartre, toujours prêt à se faire mousser devant une galerie d’artistes plus ou moins talentueux, a dit qu’enfin quelque chose lui était arrivé.

Jérôme Attal part de ce trait d’esprit très inamical pour entraîner son gringalet d’artiste dans une vengeance toute romanesque et décrire Paris mais surtout le quartier de Montmartre d’avant guerre perturbé par la montée du nazisme, les débuts des persécutions juives, l’année de Guernica

Ce carrefour de l’art et de la culture du quartier ces années-là est parfaitement illustré. Un lieu où « le gang des Parisiens sans patrie » vogue le jour, mais plutôt la nuit, dans les cafés, où on refaisait le monde avec présents autour tous les groupuscules rouges, noires et anar de l’époque. A travers le meurtre de Laetitia Toureaux, soupçonnée d’espionnage pour la « Ligue du Bien public », Jérôme Attal nous dépeint une ambiance trouble où la fête ininterrompue fait oublier la noirceur du monde présent et à venir.

Une multitude d’étoiles – artistes sortent de l’ombre au milieu de bourgeois installés, de traîne-misère et de jeunes et jolies filles rêvant de se faire une place au soleil. Le Sartre de Jérôme Attal ne plaît pas. Et, je suis d’accord, car je suis une « Camus inconditionnelle » ! Le Giacometti présenté est quand-même assez foutraque et « habité ». Mais, j’avoue avoir été complétement sous le charme de ce génie qui a bien besoin de la béquille de son frère, Diego !

Surprise de cette rentrée littéraire 2018, Jérôme Attal dévoile dans 37, étoiles filantes, sous forme anecdotique et légère, le milieu artistique de Montparnasse traversé par les influences extrêmes du moment, le  souvenir du passage endiablé des américains, partis faire la révolution en Espagne, les purges qui débutent et le rêve américain poursuivi par certains pour échapper aux persécutions. Beau moment de lecture!

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Ce qu’on perd en fascination, on le gagne toujours en liberté.

(les écrivains) Ils pensent que dans le cas où on se sublime par son œuvre, on est trop épuisé par !à suite pour se tenir convenablement dans la vie de tous les jours.

Le venin pernicieux du commentaire désobligeant. Le sel des gens qui veulent se faire une place a Paris. L’escabeau des petites âmes. Ça y est, la phrase a réussi a pénétrer son esprit. Le trait assassin. Le coup de poignard. (…)
Pourquoi se laisse-t-on démolir par un commentaire négatif, fût-il sous une pluie de compliments, le parapluie noir dans la chorégraphie d’ombrelles blanches ?

Un homme qui ne veut pas se laisser dépasser par son art ne sera jamais célèbre !

Malgré les années de misère,le travail patient et incertain, il croit en une espèce de bonne étoile qui le sortirait des situations les plus tordues. La détermination et la patience font tout en ce bas monde. Ce qui fait tenir l’homme debout , c’est la date positive.

Ici, à Montparnasse, en termes de géographie, ça fait longtemps que les cafés ont remplacé les États. Les banquettes valent autant que les régions. Les frontières se trouvent réduite à de grandes ou petites cicatrices, sur la peau ou plus profond.

Quelle que soit votre témérité à accéder au bonheur, les corbeaux noirs de la contrariété, ceux du champ de blé de Van Gogh, reviennent à intervalles réguliers se poser sur vos épaules pour vous dépecer vivant.

La vie est un Luna Park où l’on va d’une attraction à une autre. Certains passent leur vie sur le même manège, d’autres savent alterner les sensations, retrouvant à chaque nouveau tour la crainte et l’emballement des premières fois.

Des plaies insistantes dont on a du mal à guérir, les blessures de l’amour-propre sont les plus coriaces. Ah, le pouvoir de ce qu’on pense de vous! Terrible! Une seule phrase décochée et vous tombez de votre piédestal. Toute avancée triomphale n’est qu’équilibre fragile.

– Comment te portes-tu aujourd’hui?
– En pyjama!

Autant dire qu’il passe son temps à chercher le concept qui lui permettra de s’ expliquer sur tout sans avoir besoin de se faire un avis sur rien.

– C’est à cause de Guernica. Depuis Guernica, François ( Mauriac) veut rompre avec tout les gens qui l’offre que l’on fréquente en faisant de l’avenue Théophile-Gauthier un sanctuaire pour tout ce qui est républicains espagnols.

C ‘ est une idée ô combien étrange qui le tenaillait depuis longtemps: Il ne se sentait jamais en mesure de souffler alors que seul le travail lui permettait de respirer.

Eh bien quoi inspecteur, qu’est-ce que vous foutez inspecteur ? Vous faites le tour opérateur pour les nazis, c’est ça ? Castagnette des êtres sans défense fait partie de l’amusement ?

A toutes au panier l’histoire de l’art en un coup de feu.

a noter

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37, étoiles filantes

Jérôme Attal

Éditions: Robert Laffont

Parution: 16 mai 2018

ISBN : 2221217632

Lecture Mi-Août 2018

Prix 2018 Roman Castel du Roman de la Nuit

Prix Livres en Vignes 2018

Prix de la rentrée 2018

Sélection pour le Prix Giono 2018

 

21 commentaires

    • 37 par rapport à l’année et étoiles filantes car ce sont des artistes en devenir : Sartre est entrain de corriger les épreuves d’un roman que son éditeur Gallimard le force à appeler « la nausée » pour qu’il ait plus de succès et Giacometti aussi , fait des toutes petites sculptures de tête et n’a pas trouvé encore « l’homme qui marche ».

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