L’héritage des espions – John le Carré

L’héritage des espions

John le Carré

Traduction : Isabelle Perrin

Roman Seuil

ISBN : 978.2.02.137133.8  – Parution : Avril 2018

vagabondagautourdesoi-lheritagedesespions-wordpress-20180506Comment décrire le lien avec John le Carré ?  Sans jamais le rencontrer,  j’ai vécu à ses côtés le mur de Berlin, le Checkpoint Charlie, les soirs glacés et les « Trabant » brinquebalantes, les rencontres furtives entre deux pardessus et chapeaux de feutre ou même avec des talons aiguilles, des traversées de pont au matin givré, etc. Ces personnages  ont été au cours de cette vie qui compte vingt-quatre volumes, des copains de route appartenant à un univers où la fin justifie les moyens et où l’Occident a la certitude que sa liberté est incontournable au prix d’en priver d’autres !

L’héritage des espions raconte la remontée à la surface d’une vielle opération visant à déstabiliser la Stasi dans les années 50 : Windfall, pilotée par le fameux Georges Smiley accompagné de son fidèle Peter. Ce fut un fiasco menant à la mort d’Alec (L’espion qui venait du froid) et de sa compagne Liz au pied du mur de Berlin en 1961. Toute une vie s’écoule. Un jour, Peter est convoqué pour rendre des comptes au service qui l’a employé avant de devoir, aussi, se justifier devant les héritiers et leurs avocats de ces deux meurtres !

L’occasion est ainsi posée pour raconter la vie d’un homme qui a passé le plus clair de son temps et son énergie dans l’ombre, à suivre des ordres, jamais discutés, pour que la paix puisse se développer dans ce monde où la guerre froide était le quotidien. Mais, le monde a changé ! Il faut trouver un coupable à ces dommages collatéraux produits sur l’autel de l’équilibre mondial.

Évidemment, le génie de John le Carré ne raconte pas aussi simplement cette histoire puisqu’il l’entrecroise d’autres situations qui vont tout au long du roman nous happer subtilement et implacablement dans ce labyrinthe avec une langue toujours aussi superbe et un style  travaillé et si juste. Quelle régularité que ce génie!

L’avantage avec les écrivains c’est que leurs œuvres ne meurent jamais puisqu’elles renaissent à chaque lecture ! Ce roman, comme les précédents, accueilleront encore et encore nos yeux fatigués, pour comprendre l’Histoire !  Est-ce que cela en valait la peine ? Est-ce que la fin justifie les moyens ? Quand la fiction fait œuvre de pédagogie … Surtout s’y précipiter !

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bVous êtes tous des malades, vous, les espions.vous n’êtes pas le remède,vous êtes là putain de maladie. Des rois de la branlette qui jouent à leurs petits jeux de branleurs en se prenant pour les plus grands cerveaux de l’univers.(…)Vous vivez dans l’ombre parce-que vous n’êtes pas foutus de supporter la limite du jour.

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Ou formulé autrement : qu’elle part de nos sentiments humains diriez-vous que nous pouvons éliminer au nom de la liberté avant de cesser de nous sentir humains ou libres? Ou bien, tout bêtement, ne souffrions-nous pas de cette incurable maladie anglaise qui consiste à éprouver le besoin de jouer dans une compétition internationale quand nous ne sommes plus des joueurs au niveau mondial ?

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Nous n’étions pas sans pitié, Peter. Nous n’avons jamais été sans pitié. Nous étions pleins de la plus grande pitié. On pourra arguer qu’elle était mal placée. Elle était assurément futile. Nous le savons maintenant. Nous ne le savions pas à l’époque.

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« Qu’est-ce qui m’a fait agir ? A quoi ai-je servi ? Suis-je un homme sans qualité, sans humanité ? »

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Les êtres qui ont été torturés forment une classe à part.On peut tout juste imaginer où ils sont allés mais jamais ce qu’ils en ont rapporté.

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Certaines choses ne changeront jamais dans les services secrets britanniques, notamment cette angoisse obsessionnelle concernant le choix du type de papeterie à utiliser pour leur correspondance non clandestine. Pas trop officielle, pas trop formelle, ce serait mauvais pour la couverture. Pas d’enveloppe translucide, donc plutôt doublée. Blanc c’est trop voyant, donc osons le pastel, juste rien de trop romantique. Un bleu éteint, un soupçon de gris, les deux iront bien. La mienne est gris perle.

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Les êtres qui ont été torturés forment une classe à part. On peut tout juste imaginer où ils sont allés mais jamais ce qu’ils en ont rapporté.

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Si j’ai été sans cœur, je l’ai été pour l’Europe. Si j’ai eu un idéal hors d’atteinte, c’était sortir l’Europe des ténèbres dans lequel elle se trouvait pour l’emmener vers un nouvel âge de raison.

babelio

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10 commentaires

  1. Je n’ai jamais lu de livre de ce Monsieur! Visiblement, il faudrait que je corrige cela! Merci encore pour ces découvertes 🙂

    • Oh, normal…il date un peu, comme moi d’ailleurs ! Mais, peut être as tu vu des films inspirés de ses livres : L’espion qui venait du froid, La maison Russie, …Il appartient à cette génération d’avant la chute du mur! Certainement, un peu dépassé, quand-même ! Merci. Amicalement

  2. Bonsoir Matatoune, merci pour ton billet. C’est mon mari qui lit John le Carré, il adore lire et moi je lui offre des livres 🙂
    Douce soirée et mes amitiés.

    • Merci ! Et, alors que pense-t-il de celui-ci ci ? Bonne semaine ensoleillée ! 🌹🐞

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