Sexe et mensonges – Leila Slimani

En faisant la promotion de son livre « Dans le jardin de l’aube » paru en 2014 et qui racontait l’histoire d’une jeune femme addictive au sexe, que je n’ai pas lu, Leila Slimani a rencontré des lecteurs venus lui parler de leur vie et expériences de leur sexualité. Elle a eu l’idée de rassembler ces témoignages qui apportent une vision terrible et insoutenable de la vie des femmes au Maroc.

Ce livre est précieux. Toutes les citations reproduites ci-après ne reflètent qu’une petite partie de ce qui a soutenu et soutient encore mes réflexions.

Qu’ajouter de plus ! Ce n’est pas un ouvrage de fiction ou un polar. Alors, il n’y a aucune critique à produire!

Il y a uniquement à rappeler que nous, femmes et mères, avons le devoir de combattre ces obscurantismes partout où on peut les repérer et surtout dans l’éducation de nos fils. Il nous faudra expliquer, réexpliquer encore et encore ce qu’est le consentement, ce qu’est l’égalité des hommes et des femmes, ce qu’est le respect de soi pour les jeunes hommes et ce qu’est la contrainte, l’emprise et la violence! Il nous faudra oser parler des images de pornographie qui ne font que donner à penser que les femmes sont des objets.  Et, encore tant d’autres choses!

Élevons nos enfants dans le respect de tous ce qui englobe, bien sûr,  toutes les femmes quelque soit leur niveau d’études, leur façon de se maquiller, s’habiller, que sais-je encore ! Soyons vigilantes à chaque instant! Ne croyez pas que Leila Slimani nous parle d’un pays très lointain…La liberté des femmes est une fleur qui a pu éclore dans nos pays occidentaux, mais elle peut faner aussi vite, si nous n’y prenons garde!

Merci à Leila Slimani d’avoir eu le courage d’écrire ce livre et de supporter injures et insultes qu’elle a du subir et qu’elle subit encore ! Son combat est notre fierté. Soyons-en dignes !

Extraits

Le sexe est devenu une nouvelle ligne rouge. Les Marocains oscillent entre le fantasme et la détestation. Nous sommes le cinquième consommateur mondial de pornographie sur Internet, et en même temps les gens appellent continuellement à la décence.

N’importe qui peut dire n’importe quoi au nom de la religion. Dès qu’on veut justifier le fait de vous dominer, on vous assène cette phrase « C’est le Coran qui le dit ».Il faut que les femmes aient les outils pour argumenter face à cette inculture religieuse généralisée. Nous ne devons pas accepter n’importe quoi au nom du sacré.

Dans ce pays, tu ne peux pas porter ce que tu veux, alors qu’il a partout des affiches publicitaires avec des filles à moitié nues. Mais toi, à 21 heures tu ne sors pas. La rue ne t’appartient pas. Tu es toujours une intruse dans l’espace public.

De toute façon la MST la plus redoutée au Maroc, ce sont les bébés.

Ne crains pas Dieu, crains surtout le regard de l’autre.

Les jeunes, ils ne parlent pas beaucoup d’amour. Dans ce pays, il n’y a pas de place pour les sentiments. La seule chose qui compte, c’est l’argent. Quand on a de l’argent, on a la liberté. Les lois, c’est d’abord pour les pauvres.

Tout le monde ment et dissimule, et les relations sexuelles peuvent devenir un moyen d’exercer une pression sur quelqu’un. Il y a, par exemple, des hommes malveillants qui, à la fin d’une relation, mettent à nu l’intimité d’une jeune femme, l’humilient publiquement et détruisent sa réputation. Il n’est pas rare non plus que les filles se dénoncent entre elles ou se menacent de briser leur réputation. Les filles sont poussées à mentir constamment et à jouer les saintes-nitouches.

Dans tous les médias, le sexe est devenu un business. Il y a même des émissions religieuses où des imams douteux donnent des conseils. Des herboristes et des charlatans ont flairé le bon filon. La société est très prude, conservatrice, et en même temps complètement obsédée par le sexe et par la performance. Les gens souffrent d’un véritable dédoublement. Les Marocains sont de grands consommateurs de pornographie mais aussi des adeptes de sites de rencontres ou de tchat cochon.

Le viol est très courant. Surtout chez les filles qui ont déjà une sexualité. Les hommes ne comprennent pas la différence entre le fait d’avoir une sexualité et le fait de consentir à un acte sexuel. Et puis, ce qui joue en leur faveur, c’est qu’ils savent que les filles ne porteront pas plainte.

La société marocaine reste une société assez prude sur toutes ces questions. Dans mon enfance, je me souviens qu’à la télévision ou au cinéma, on avait souvent du mal à comprendre l’intrigue d’un film parce que toutes les scènes de sexe et même les baisers étaient coupés. Mais il serait injuste de dire que la société marocaine est intrinsèquement puritaine ; la tendresse, la séduction, l’humour sont valorisés dans la culture populaire. Reste que, depuis une trentaine d’années, l’influence du wahhabisme, d’un islam sans âme, a porté atteinte à cette hanane, cette tendresse qui constituait pour Fatima Mernissi un des piliers de la culture populaire.

Quand tu as couché avec un homme, il finit toujours par aller se vanter auprès des copains. Du coup, les copains se disent : “Elle l’a fait avec celui-là, donc pourquoi pas avec moi ?” Ils ne comprennent pas que lui je l’ai choisi, et que l’autre je n’en veux pas. »

Adolescente, j’ai compris que mon sexe concernait tout le monde : la société avait droit sur lui. La virginité est un thème obsédant au Maroc et dans le monde arabe. Qu’on soit libéral ou non, religieux ou non, on ne peut pas échapper à cette obsession. Avant de se marier, et selon le Code de la famille, une femme est supposée fournir un « certificat de célibat ». Évidemment, la virginité de l’homme, qui est impossible à prouver et qui n’est en réalité pas recherchée, ne préoccupe personne. Dans le langage populaire, les expressions pour désigner la perte de la virginité sont d’ailleurs assez révélatrices.

Avec les années et avec la distance, j’ai sans doute oublié à quel point il était difficile de vivre sans ces libertés qui me sont devenues si naturelles. En France, on a peut-être du mal à imaginer la schizophrénie qu’engendre la découverte de sa sexualité pour une jeune fille dans un pays où l’islam est religion d’État et où les lois sont extrêmement conservatrices sur tous ces sujets.

Je suis marocaine et, au Maroc, les lois musulmanes s’appliquent à moi. Peu importe mon rapport intime à la religion. Quand j’étais adolescente, mes parents ont donc dû m’expliquer, même si cela était en contradiction avec leurs propres convictions, qu’il m’était interdit d’avoir des relations sexuelles hors mariage ou même de me trouver dans un endroit public avec un homme qui n’était pas de ma famille.

Les femmes doivent retrouver le moyen de peser sur une culture qui est l’otage des religieux et du patriarcat. En prenant la parole, en se racontant, elles usent d’une des armes les plus puissantes contre la haine et l’hypocrisie généralisée. Les mots.

Le sexe est devenu une nouvelle ligne rouge. Les Marocains oscillent entre le fantasme et la détestation. Nous sommes le cinquième consommateur mondial de pornographie sur Internet, et en même temps les gens appellent continuellement à la décence