Le jour d’avant – Sorj Chalandon

Dans une interview pour Le Temps parue ce 17 aout, Sorj Chalandon explique que lorsqu’il partait en reportage,  il écrivait dans des carnets à spirale, la page de droite pour les faits, la page de gauche pour l’émotion, l’impression, la colère  etc. et ses romans sont faits de ces pages de gauche emmagasinés dans sa mémoire! (Il le dit beaucoup mieux que moi : https://www.letemps.ch/culture/2017/08/25/sorj-chalandon-livre-procede-dune-colere-noire)

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« Le jour d’avant » raconte la colère, contre l’injustice lorsque le travail engendre la mort ou lors d’un accident qui coûte la vie à un proche. « Le jour d’avant » raconte la souffrance. Qu’elle s’exprime par la vengeance, la culpabilité ou  le déni, ou les trois à la fois, elle marque l’enfermement dans un schéma de pensée sans logique ni réalité. Est-ce- qu’il suffirait qu’on la reconnaisse, cette souffrance, comme le suppose le personnage qui se raconte sous le « Je , pour qu’elle s’évapore. Lui seul le croit et l’espère!

Vengeance, mensonge, culpabilité, mémoire mais rien ne se déroulera comme le souhaite le narrateur et comme le lecteur l’imagine. L’intrigue se dévoile de façon extrêmement habile tout au long des pages. Et, c’est avec avidité qu’en 24h je l’ai dévoré!

Ce roman met un coup de projecteur sur la tragédie qui a couté la vie à 42 mineurs le 27 décembre 1974 par non respect des conditions de sécurité, par unique souci du profit et par irresponsabilité de la hiérarchie. Aucune enquête ne remettra en cause ce système et pire « Au bas de la fiche de salaire, en plus des trois jours dérobés, la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes que l’ouvrier mort avait endommagé. » Au moment où la réforme du code de travail est attendue, ça sonne bizarre!

Mais, ce mode ouvrier n’existe plus : « En quarante ans de fond, jamais une minute de retard, pas un jour de maladie. Il partait à pied, à l’aube, sa musette sur le dos. Il rentrait pour manger, dormir, prendre des forces pour le matin d’après. Jamais un mot plus haut que l’autre. Ni protestation, ni plainte. Il s’est tenu une vie entière à l’écart des revendications, des mouvements de grève. Il avait peur pour sa famille. Peur des remontrances, de la faute, de la mise à pied, du licenciement, du chômage. Peur d’être chassé de son coron par les Charbonnages, peur de perdre son toit, son petit jardin de poussière, son pigeonnier. Peur de voir ses enfants chassés de l’école, de la colonie de vacances de la mine, peur de n’être rien dans ce pays où le charbon est tout.  » N’empêche, actuellement même avec un statut d’auto-entrepreneur, certains se sentent dans la même aliénation !

La troisième partie raconte le procès libérateur. Le silence opposé à la société qui l’accuse et une justice qui rend son « chemin d’homme » à l’accusé! Un grand moment de lecture…

Ce roman touche par son humanité, sa justesse, ses rebondissements, la façon percutante qu’à l’auteur de passer de la description de la vie de son narrateur à la situation collective.  Il la convoque pour redonner sens et mémoire à une tragédie qui a fixée la fin d’une économie. Elle faisait vivre toute une région qui peine, encore maintenant,  à trouver un nouveau souffle! J’ai un profond respect pour cet auteur que je découvre avec plaisir depuis « Retour à Killybegs »: il sait chuchoter à mon oreille des émotions qui me relient au monde mais aussi  à notre histoire  collective et personnelle.

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vagabondageatourdesoi-livre-wordpress-4.jpg           BRANCUSI – 1909-

« Au cimetière du Montparnasse, elle m’avait emmené voir la tombe de Tatiana Rachewskaï, une jeune russe suicidée par amour en 1910. A sa mémoire, le sculpteur roumain Constantin Brancusi avait élevé le plus triste baiser du monde. Deux êtres de pierre, fondus l’un dans l’autre pour l’éternité. Assis face à face, jambes scellées,  pieds soudés, le visage de l’un écrasé contre le visage de l’autre. Leurs bouches ne faisaient qu’une. Deux captifs. »

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– N’importe qui peut imiter le chant du coq. Mais le chant du travail, c’est une autre histoire, disait Jojo. *

Jojo ou Joseph, le frère du narrateur.

C’est aussi La chanson préférée de la femme du narrateur

Paroles de Jojo JACQUES BREL Jojo,
Voici donc quelques rires
Quelques vins quelques blondes

J’ai plaisir à te dire
Que la nuit sera longue
A devenir demain
Jojo,
Moi je t’entends rugir
Quelques chansons marines
Où des Bretons devinent
Que Saint-Cast doit dormir
Tout au fond du brouillardSix pieds sous terre Jojo tu chantes encore
Six pieds sous terre tu n’es pas mortJojo,
Ce soir comme chaque soir
Nous refaisons nos guerres
Tu reprends Saint-Nazaire
Je refais l’Olympia
Au fond du cimetière Jojo,
Nous parlons en silence
D’une jeunesse vieille
Nous savons tous les deux
Que le monde sommeille
Par manque d’imprudenceSix pieds sous terre Jojo tu espères encore
Six pieds sous terre tu n’es pas mortJojo,
Tu me donnes en riant
Des nouvelles d’en bas
Je te dis mort aux cons
Bien plus cons que toi
Mais qui sont mieux portants
Jojo,
Tu sais le nom des fleurs
Tu vois que mes mains tremblent
Et je te sais qui pleure
Pour noyer de pudeur
Mes pauvres lieux communsSix pieds sous terre Jojo tu frères encore
Six pieds sous terre tu n’es pas mort

Jojo.
Je te quitte au matin
Pour de vagues besognes
Parmi quelques ivrognes
Des amputés du cœoeur
Qui ont trop ouvert les mains
Jojo,
Je ne rentre plus nulle part
Je m’habille de nos rêves
Orphelin jusqu’aux lèvres
Mais heureux de savoir
Que je te viens déjà

Six pieds sous terre Jojo tu n’es pas mort
Six pieds sous terre Jojo je t’aime encore

 

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