Derain, Balthus, Giacometti Une amitié artistique…

vagabondageautourdesoi-DBG-wordpress- 1.jpgVisite le dimanche 25 juin 2017
Du 2 juin au 29 octobre 2017
Musée d’Art Moderne- MAM-
L’exposition présente une sélection exceptionnelle de plus de 350 œuvres (peintures, sculptures, œuvres sur papier et photographies), principalement centrée sur les années 1930 à 1960. Elle permet de revoir la part la plus importante de l’œuvre de Derain qui n’a pas été présentée à Paris depuis plus de vingt ans avec la rétrospective en 1995 au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, de revoir Balthus, (depuis 1983 la rétrospective du Musée National d’art moderne-Centre Pompidou) tout en portant un nouveau regard sur Giacometti.

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Huit séquences témoignent de cette exceptionnelle amitié entre les trois artistes. L’exposition commence avec leur regard commun vers la tradition figurative et les primitivismes d’où naissent des métissages singuliers (Le regard culturel). Elle se poursuit avec leurs paysages, figures et natures mortes qui interrogent les codes de leur représentation du néoclassicisme à Corot et Courbet (Vies silencieuses). Ils proposent aussi les portraits croisés de leurs amis, modèles et mécènes communs (Les modèles). Ils nous entrainent dans le monde du jeu, celui de l’enfance et du divertissement où se mêlent, bientôt, une mélancolie, une certaine duplicité et une réelle cruauté (Jouer, la patience). Un Entracte nous fait entrer dans le monde du spectacle où les peintres se font aussi librettistes et décorateurs. Les projets de décors et de costumes sont l’occasion d’explorer les transitivités entre l’art du spectacle et celui de la peinture et de la sculpture. Giacometti ouvre un monde onirique avec Le rêve – visions de l’inconnu dans lequel Derain et Balthus réactualisent le thème de la femme endormie et du songe, à la lisière du fantasme et du vécu. Les artistes expriment leurs doutes et leurs interrogations au cœur du « lieu du métier » (A contretemps dans l’atelier), quand tous trois explorent « les possibilités du réel » face à la tragédie du temps (La griffe sombre). Balthus clôt le parcours en nous invitant dans le présent continu de la peinture avec sa thématique du Peintre et son modèle. Musée d’Art Moderne

Derain – 1880-1954 –

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Derain choisit, inspiré par Gauguin et Van goth et d’autres, de révolutionner avec Matisse le traitement de la couleur par rapport aux impressionnistes encensés d’alors.

La peinture fauve s’attache particulièrement au travail de la couleur. Les œuvres sont facilement reconnaissables par l’emploi sur de larges surfaces de couleurs aux teintes éclatantes. Les images figuratives tendent, par la simplification des formes, à une certaine ébauche d’abstraction.

C’est en 1905, après son service militaire, qu’il descend à Collioure avec Matisse et que sa peinture, va se transformer. Les deux artistes travaillent avec frénésie, passant par des périodes de doutes et d’exaltation, mettant en couleurs le profil du village, le clocher, le château, les filets qui sèchent sur la plage, les barques qui partent, les femmes qui ravaudent…Matisse et Derain « se laissent aller à la couleur pour la couleur ».

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Derain exposera au Salon d’Automne  plus d’une trentaine d’œuvres.

Il s’installe ensuite à Montmartre et se rapproche de Picasso et d’autres artistes. Sa palette change et devient plus nuancé sous l’influence du cubisme. Il illustre des recueils d’Apollinaire et Max Jacob, qui impressionneront A.Breton.

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Démobilisé en 1919, il retrouve son atelier. Il voyage à Rome, étudie les peintres anciens et s’inscrit entre Matisse et Picasso dans le modernisme. Il épouse Alice Géry en 1926, le modèle de la période bleue de Picasso. En 1929, il y a rupture : il se brouille avec Vlaminck, et accueille sa belle-sœur, Suzanne Géry, dont il fera de nombreux portraits. L’exposition montre bien la création diverse de l’artiste : décors, ballets, costumes…

En 1923,  sa première exposition a lieu à New-York organisé par Paul Guillaume.

L’amitié

Pendant les années trente, les trois artistes vont se rencontrer et partageront une amitié faite de résonance artistique réciproque. C’est Giacometti qui découvre le premier son aîné au travers de cette œuvre.

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Nature morte à la poire.

Alors, le trio de camarades crée, sans relâche. Animés par leurs fréquentations communes (Aragon, Camus, Beckett, Malraux ou encore Sartre font partie de leur cercle d’amis), ils produisent des synergies incomparables entre influences venues des primitivismes et une quête effrénée de nouveauté.

Balthus – 1908-2001

Pseudonyme de Balthasar Kłossowski, parfois dit Kłossowski de Rola

-Plus grand peintre figuratif français du XX ème siècle-

Artiste rare et très discret.

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La rue

Son père est un peintre polonais, historien de l’art, et sa mère, russe,  se fait appeler Baladine. Rainer Maria Rilke le rencontre à l’âge de 11 ans, c’est l’amant de sa mère.

Durant sa jeunesse, il fréquente Maurice Denis, André  Gide, Pierre Bonnard qui sont aussi des relations de sa mère.

De retour à Paris en 1924, il refuse de suivre un enseignement classique.  Il copie les œuvres classiques du Louvre et accomplit son voyage en Italie.

« J’ai appris mon métier comme on apprend à parler : en essayant de faire comme font les autres. »

Il s’installe à Paris en 1933 et se lie avec Andre Derain, qui lui donne des conseils techniques. Il entre en contact alors avec le mouvement surréaliste mais il ne se sent guère de point commun avec la mouvance d’André Breton.

Il expose en 1934 une série de tableaux mettant en avant des jeunes filles à la tenue équivoque et qui feront sa célébrité.

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Il se marie en 1937 avec Antoinette de Watteville, qui lui a servi de modèle dans plusieurs toiles. Il l’a rencontré lorsqu’elle avait douze ans.

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Il est mobilisé en Alsace au début de la Seconde Guerre Mondiale mais est rapidement démobilisé pour des raisons mystérieuses. En 1953, il quitte Paris pour le château de Chassy, en Bourgogne, où il reste près de huit ans.

De 1961 à 1977, il est nommé directeur de la Villa Médicis à Rome par A. Malraux. Entre temps, il se remarie avec une femme ‘origine japonaise, sa muse et artiste céramique. .

« Rendre tout son lustre à la Villa Médicis fut pour moi une véritable obsession. C’était une affaire qui avait quelque chose à voir avec la vie spirituelle, une manière de conserver la vie. D’ailleurs mon ami Fellini l’avait bien ressenti : je te vois, disait-il, comme le gardien du patrimoine où l’histoire a déposé la culture des hommes.»
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C’était la dernière muse de Balthus, Anna. Pendant huit ans, tous les mercredi après-midi, à la fin des années 1990, elle a posé pour le peintre dans le Grand Chalet de Rossinière en Suisse.
Anna avait huit ans quand elle a commencé à poser pour le peintre, 16 quand cela s’est achevé. Balthus, lui, vivait ses dernières années. Diminué – il avait perdu le contrôle de son regard et de sa main – l’artiste a du abandonner ses crayons pour se résigner à utiliser un appareil polaroïd afin de capturer les pauses de son modèle.

 Bathus a fait toute une série de polaroïds, censurés, qu’on a du mal à regarder sans malaise…

« Ses tableaux sont des maisons hantées avec beaucoup de fantômes, c’est la mémoire de plusieurs siècles de peinture. »

dit l’historien d’art Didier Semin.

Le photographe japonais Araki le dit  :

« Balthus touche avec le regard et jamais avec les doigts. »

On aimerait le croire!

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Derain 1936

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GIACOMETTI

Voir article Giacometti chez Picasso -(Chronique ici)

L’œuvre de Giacometti est marquée par l’influence de la sculpture africaine et océanienne. Quand Giacometti s’y intéresse en 1926, l’art africain n’est plus une nouveauté pour les artistes modernes de la génération précédente (Picasso, Derain) ; il s’est même vulgarisé au point de devenir décoratif. Les deux œuvres qui l’ont fait remarquer du public pour la première fois : la Femme-cuillère et Le Couple, exposés en 1927 au Salon des Tuileries à Paris, témoignent du bouleversement que cette rencontre produit chez le jeune artiste. En 1928, Giacometti commence une série de femmes et de têtes plates, dont la nouveauté lui vaut d’être remarqué en 1929 et d’obtenir un premier contrat avec une galerie, celle de Pierre Loeb, qui expose les Surréalistes.

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Femme cuillère -1926

 

LA MUSE DES TROIS ARTISTES

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Derain – Portrait d’Isabel -1936

Une femme marqua en profondeur les œuvres des trois artistes : Isabel Lambert.

Isabel rencontre en 1935 Derain avec qui elle se lie d’amitié comme elle le fera avec Balthus. Avec Giacometti, leur relation sera plus intime, ils vivront même un temps ensemble.

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Artiste comme les trois hommes, elle partagea avec Derain un atelier et sera un modèle commun aux trois artistes.

Je crois que les tableaux ne peuvent pas s’expliquer par des mots, des discours, par la psychanalyse. Le langage de la peinture est un langage autonome, spécifique, qui n’a pas besoin d’autres langages pour être expliqué et compris. BALTHUS

 

 LES ATELIERS

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Matériel de peintures de Derain
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Costumes -Derain
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Giacometti dans son atelier
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Balthus dans son fauteuil et son atelier

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