
Découvert au fil de ses chroniques sur France Inter avec son Hiver avec Matisse, Antoine Compagnon m’a convaincue de lire l’essai qu’il a conçu à partir de cette expérience. Le concept est vulgarisateur : un tableau de son choix, reproduit pour éviter au lecteur des recherches et pleinement identifier le tableau reproduit. Puis, trois pages pour le resituer dans l’œuvre et au niveau de l’histoire de l’art. Ainsi, il justifie son choix, celui d’un écrivain académicien spécialiste de Marcel Proust, mais pas uniquement.
Sa présentation suit la chronologie de la vie d’Henri Matisse, au départ, petit clerc du Nord-Pas-de-Calais qui s’est enflammé aux couleurs du sud. Arpentant tous les musées, mais en privilégiant les fonds du Metropolitan Museum, son choix montre souvent des tableaux rarement exposés en Europe.
Cette collection « Un été avec » a l’ambition d’offrir au grand public une « lecture estivale faite d’admiration, d’analyse et de partage« . Antoine Compagnon inaugure le concept en hiver après avoir écrit ceux de Colette, de Proust, de Montaigne et encore celui de Pascal.
Par rapport aux podcasts, l’écrit présente l’intérêt de prendre le temps de la découverte, d’y revenir, d’apprécier les commentaires et de faire ses propres liens. Henri Matisse est un peintre que j’apprécie beaucoup. Je trouve fréquemment dans ses œuvres, comme une quiétude et une flamme que je ne saurais mieux définir.
Matisse, son peintre
Dans Un hiver avec Matisse, Antoine Compagnon nous présente son peintre. Forcément, il fait des ellipses, mais ses analyses sont largement enrichies des citations de l’artiste lui-même. On y retrouve aussi celles d’Aragon, tirées notamment du Henri Matisse, roman. L’écrivain fut un admirateur précis et appliqué pour faire comprendre cette œuvre multiple.
Si les analyses sont toujours précises et éclairantes, j’aurais aimé y trouver davantage de cette ferveur qui saisit parfois le spectateur devant un tableau de Matisse, ce mélange de lumière, d’audace et de liberté qui fait toute la singularité de son œuvre. Un hiver avec Matisse est le premier de la collection consacré à un peintre. Est-ce l’explication ?
En tout cas, vu son format de poche et ses chapitres courts construits selon le même principe, c’est une lecture estivale agréable qui invite à regarder Matisse autrement.
Malgré cette légère réserve, Un hiver avec Matisse remplit pleinement son objectif de transmission. Accessible sans être simpliste, érudit sans être pesant, il donne envie de revenir aux tableaux et de prolonger la rencontre avec un artiste dont la modernité demeure intacte.
En quelques mots
Antoine Compagnon propose une découverte de Matisse à travers une sélection personnelle de tableaux commentés. Héritier de ses chroniques sur France Inter, cet ouvrage accessible mêle histoire de l’art, citations et regard d’amateur éclairé. Une lecture agréable qui invite à contempler l’œuvre du peintre autrement.
Puis quelques extraits

« Si je crois en Dieu ? Oui, quand je travaille », a écrit Matisse dans « Jazz ».
Si je rencontrais Matisse dans un rêve, il me semble que je lui demanderais: «S’il vous plait… . Dessine-moi un arbre. » Un platane ou un figuier. Durant sa convalescence en 1941, pour inaugurer sa « seconde vie », Matisse se met à dessiner des séries d’arbres À soixante-dix ans et plus, il découvre enfin l’arbre.
Les statuettes africaines ne sont pas ressemblantes, dira Matisse, elles sont faites « selon des plans et des proportions inventés ».
« Vous savez, disait Matisse en 1947, on n’a qu’une idée, on naît avec, toute une vie durant on développe une idée fixe. On la fait respirer. » Si Matisse a eu une idée fixe, c’est bien celle-là, que l’on n’a dans sa vie qu’une seule idée, fixe comme l’étoile polaire, c’est-à-dire que tout bouge autour.
Il se peut que Picasso ait remporté le match sur le marché de l’art, atteignant des prix imbattables, mais l’influence de Matisse, de sa recherche opiniâtre de la limite, jusqu’à la platitude quasi abstraite de panneaux découpés comme L’Escargot, pourrait bien avoir été plus durable, en particulier sur la génération des peintres américains qui advinrent après la Seconde Guerre mondiale, tel Mark Rothko, auteur d’un Hommage à Matisse en 1954. Matisse, en vrai renard se faisant passer pour un hérisson, a allié l’entêtement de Cézanne à la versatilité de Picasso.
Et, encore
Cette tension fait toutefois la force envoûtante du tableau. Le carré bleu noir de la glace au-dessus de la cheminée, rare surface non décorée, plus discrète que le rouge et le noir des enfants, pourrait être une fenêtre, comme dans La Fenêtre bleue où la cheminée de la chambre est surmontée d’une vitre, ouverte sur la nuit, sur le vide.
Matisse entend faire chanter toutes les couleurs ensemble, comme un cœur, comme un accord musical, dont le noir.
Ici en bref




Du côté des critiques : France Inter
Pour aller plus loin

Un printemps avec Arsène Lupin – Grégoire Bouillier
Questions pratiques

Un hiver avec Matisse d’Antoine Compagnon
Éditions de l’Équateur – Instagram : @editionsdesequateurs – X : @Equateurs – Facebook
Parution : 26 janvier 2026 – EAN : 9782382849361 – Lecture en juin 2026

Bonjour Matatoune. C’est un peintre que j’apprécie aussi et en apprendre plus sur lui me tente bien. Bonne journée
Alors, sans problème, tu peux lire , ou même écouter en poadcast, la série.
Bon week-end 🍒🍓🍑🕶
La démarche est intéressante je trouve. Bon je connais très peu ce peintre. Bon week end
Oui, une manière de vulgariser ce peintre incontournable.
Bonne journée 🕶🌞
et tu as été d’accord avec l’analyse qu’il a fait des tableaux ?
En fait, il replace le tableau dans l’œuvre et l’histoire. Assez peu de ressentis personnels !
Malgré le manque de ferveur, la démarche est intéressante et le résultat semble accessible même quand on connaît peu le peintre. Merci pour ton avis 🙂
Ah oui, je crois aussi que cette démarche est très intéressante et éveille la curiosité pour un peintre incontournable !