
Plus de 300 peintures, dessins, livres et gouaches découpées retracent, de 1941 à 1954, le parcours des dernières années de Matisse. Ils sont présentés à l’exposition du Grand Palais, ce semestre. La visite est extrêmement complète, dense et monumentale. Tellement riche, qu’il faut du temps pour digérer tout ce qu’elle montre du talent de l’artiste. Comment donner envie de s’y rendre ou même d’en savoir plus ? Alors, j’ai choisi de présenter le livre Jazz qui initia cette nouvelle façon de créer, qui fut pour l’artiste qu’une continuité.
Jazz

Jazz est un album livre de l’artiste Henri Matisse, publié en 1947, chez l’éditeur Tériade, exposé dans une salle spécifique de cette splendide exposition. Avec cette création, Matisse fait son entrée dans l’univers des découpages qui ouvre une nouvelle étape de son œuvre.
1947 est l’année du renouveau, de cette après-guerre où les horreurs, pense-t-on, sont à jamais finies. Tout le monde se projette dans l’avenir et ne parle plus de ce passé si proche. Les couleurs vives de Jazz vont séduire. Ses représentations si accessibles, leurs formes simples et leurs couleurs éclatantes séduisent un large public.
La guerre de Matisse

C’est pendant la guerre que le livre fut composé. Vingt planches sont travaillées à la gouache découpée. Henri Matisse se remettait de l’opération importante de son cancer des intestins qui eut lieu à Lyon. Il retourne à Nice où il doit réapprendre à vivre avec son infirmité. Heureux d’être de retour, le peintre renouvelle sa force de création.
« Plusieurs proches de Matisse résistèrent durant l’Occupation. Son fils Jean mania des explosifs et mena des opérations de sabotage. Amélie, sa femme dont il était séparé, aida des résistants communistes à Paris, sa fille Marguerite fut arrêtée et torturée et échappa de justesse, en août 1944, à la déportation dans les camps lui-même. Matisse refusa de quitter la France pour l’Amérique à l’été 40. » Antoine Compagnon- Un hiver avec Matisse
Alors, est-ce que Jazz ne fut pas la façon que trouva Matisse de faire « sa résistance », c’est-à-dire se réinventer ? Face à la maladie, aux bombardements, aux arrestations qui frappent ses proches, Matisse ne choisit ni le repli ni l’amertume. Il répond par la création. Les couleurs vives, le mouvement et l’invention permanente deviennent peut-être sa manière de résister au désespoir.
« Très handicapé après son opération de janvier 1941, il vécut par la suite en retrait à Nice, puis à Vence quand Nice fut bombardée. Son apolitisme de toujours n’empêchait pas que son art fût suspect, et sa proximité avec Aragon à partir de 1942 témoigne pour ses convictions. » Antoine Compagnon- Un hiver avec Matisse
Son caractère inquiet a été mis à dure épreuve pendant la guerre. Il n’est guère surprenant que Matisse se soit plongé dans un univers de poésie et de couleurs.
Les papiers découpés de Matisse
Cette nouvelle technique lui permit une mobilité dans ses créations. Un film montre qu’avec une baguette, Matisse guidait son assistante dans le placement de ses découpages. En composant son texte et ses dessins, et les alternant, il mélange le monde de l’enfance, celui du cirque et aussi des contes. Le titre fut choisi pour son rythme, au lieu de Cirque précédemment évoqué.









À Vence, Matisse poursuivra l’exploration de cette technique, qui fera la splendeur de ses œuvres, jusqu’en 1954.
En guise de conclusion
Après la visite, les couleurs de Jazz continuent longtemps d’habiter le regard. Elles rappellent que l’art peut naître dans les périodes les plus sombres et qu’il demeure, parfois, une façon de réaffirmer la joie de vivre.
En découvrant les dernières années de Matisse, on mesure combien les papiers découpés ne constituent pas un simple aboutissement de son œuvre, mais l’invention d’un langage nouveau. Malgré la maladie, malgré la guerre et les inquiétudes qui l’entourent, l’artiste continue d’avancer, d’expérimenter et de créer.
Comme l’écrit Aragon, « L’optimisme, voilà le luxe des grands hommes ». À travers Jazz et l’ensemble de ses découpages, Matisse nous lègue peut-être bien davantage qu’une révolution artistique : une lumineuse leçon de confiance dans la vie.
« L’optimisme, voilà le luxe des grands hommes.
L’optimisme de Matisse est le cadeau qu’il fait à notre monde malade. »
Aragon – Roman de Matisse
En quelques mots
À travers Jazz, le livre d’artiste publié en 1947, cette chronique propose une entrée dans l’univers des papiers découpés d’Henri Matisse. Entre maladie, guerre et renouveau créatif, l’artiste invente un langage de couleurs et de formes qui marque profondément l’histoire de l’art. Une belle introduction à la remarquable exposition du Grand Palais consacrée à ses dernières années.
Pour compléter cette exposition



L’Atelier Rouge – Maison Familiale d’Henri Matisse – Matisse et Marguerite
Sources
Le guide de la visite
Aragon le roman de Matisse – Richard Dindo
Commissaires
Claudine Grammont – Cheffe de service du cabinet d’art graphique, Musée national d’art moderne, Centre Pompidou
Avec la participation du Musée Matisse Nice
Scénographie : Julie Boidin
Questions pratiques
Matisse 1941 – 1954
Grand Palais
17 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
Expositions
24 mars – 26 juillet 2026

etant dans le sud, j’irais voir celle rapprochant Yves St Laurent et Matisse… surtout pour St Laurent
Bonjour Matatoune. Cette exposition et ce livre doivent être très intéressants et me plairaient bien. Bonne journée