Tania de Montaigne – Un violent désir de chaleur humaine

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Devenue victime de cyberharcèlement, Tania de Montaigne, la stupeur passée, interroge la violence des réseaux où des individus se déchaînent, en mots et en images. Cet essai « Un violent désir de chaleur humaine » rend compte de son cheminement de victime, de sa culpabilité injustifiée et des tentatives pour comprendre et se détacher de l’abîme dans lequel cette situation l’a placée.

L’écrivaine utilise les réseaux, comme chacun. Lorsqu’un jour, les likes et les cœurs se transforment en insultes, souvent identitaires et toujours racistes. Et plus le malaise grandit et s’intensifie, la culpabilité évacuée, la peur l’envahit, la perturbe et la déstabilise.

« Tu vas mourir. »

Parallèlement, Tania de Montaigne étudie l’effet de meute renforcé par les réseaux. Elle dénonce l’irresponsabilité amplifiée des pseudos et la responsabilité des GAFAM qui plus ça produit le buzz, plus ils encaissent des dividendes.

Mais, à partir de ses ressentis, Tania de Montaigne démontre aussi la cassure identitaire que de tels comportements provoquent.

« T’es grosse, va te pendre »

La journaliste écrivaine détaille les injonctions faites aux femmes. Seulement, là aussi, l’argent est au cœur de ce problème. 865 milliards de dollars, c’est le poids du marché mondial des cosmétiques, équivalent à la dette de la Corée du Sud. Et le slogan « anti-age » a remplacé celui d’anti-ride » !

« Sale pute, je vais t’égorger et violer ton cadavre… »

L’écrivaine démontre que notre besoin de chaleur humaine est tellement immense que certains associent leur haine pour ne plus être seuls et pour appartenir à un groupe, enfin.

Évidemment, Tania de Montaigne interroge, avec ce style si simple, cette haine irrationnelle et donne des pistes pour en comprendre les causes. Parallèlement, l’écrivaine décrit la faille qu’elle subit et comprend qu’il ne suffit pas de fermer son téléphone pour arrêter d’être détruite.

Une autre dimension est apportée par la poésie que convoque l’écrivaine. « Se forger un trône sur la peau de mon dos.
Se sculpter un spectre dans le creux de mes os.
 » Toujours là où on ne l’attend pas, la romancière, essayiste et dramaturge a fait une incursion remarquée dans la chanson avec l’aide de Benjamin Biolay.

Avec simplicité, en mêlant sa malencontreuse expérience, ses recherches, sa documentation et ses réflexions, Tania de Montaigne signe un pamphlet attachant, nécessaire et éclairant. Il démontre ce que notre société engendre de violence qui est libérée par des réseaux qui l’utilisent pour nous diviser et pour dissocier nos sociétés et, en parallèle, s’enrichir. Pour ne plus fermer les yeux !

Et, en quelques mots,

Victime de cyberharcèlement, Tania de Montaigne analyse la violence des réseaux sociaux, nourrie par l’anonymat, l’effet de meute et des logiques économiques. Elle explore l’impact identitaire et la peur engendrée, notamment pour les femmes. Son essai mêle expérience personnelle et réflexion pour dénoncer une haine collective alimentée par le besoin d’appartenance et le profit.

Remerciements

Aux éditions Grasset et NetGalleyFrance

Puis quelques extraits

Je n’ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point se rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, l’avidité d’un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre. Je n’ai pas vu que je me transformais en zone de contact entre le très ancien et l’absolument nouveau, entre l’archaïque et le moderne.

Comme tout le monde j’ai progressivement enfilé la robe du juge virtuel que l’on me tendait, passant mes journées à délivrer des sentences sur tous les sujets. Pour ou contre, oui ou non, bien ou mal, avec moi ou contre-moi. Avoir un avis sur tout, surtout avoir un avis.

(Steve Jobs) Ce qu’il dit, il le dit droit dans les yeux sans le soutien d’aucune note. L’esthétique ultime de la transparence capitaliste. Du stand-up entrepreneurial.

Quand le bouc est une femme, c’est son corps qu’il faut rompre.

Aujourd’hui, seize milliards d’appareils sont en circulation dans le monde. Il y a donc sur terre deux fois plus de téléphones que d’être humain. Deux fois plus de processeurs que de cœurs.

Et, encore,

Je suis le bouc émissaire, celui dont on dit qil est chargé de tous les péchés du monde. Il peut avoir tous les corps, toutes les couleurs, tous les visages, maintenant il a le mien. On raconte que depuis toujours, pour que les sociétés restent liées et pour que les individus évitent de s’entretuer, la communauté désigne une figure chargée de porter les fautes et les manquements de tous. Par elle on réconcilie le groupe. Le bouc émissaire est celui qui depuis la nuit des temps doit mourir pour que tous vivent. Pour empêcher la guerre de tous contre tous, on crée le tous contre un. Je suis ce « un ». Être une communauté, ça n’est pas seulement aimer ensemble, c’est aussi haïr ensemble.

Et, encore, encore

La meute est un être collectif qui permet à chaque membre de se sentir individuellement irresponsable de ses actes. Mais, ce qu’invente la meute numérique, grâce aux écrans, c’est qu’il n’y a même plus besoin d’être physiquement au même endroit pour faire groupe. Il suffit d’avoir en commun le même objet de détestation. La meute numérique, c’est l’anonymat au carré, celui qu’offre le groupe additionné à celui qu’offre l’écran. Anonymisée par la virtuosité et par l’effet du collectif, la mise à mort devient d’autant plus irréelle. Désormais, on est une meute en restant chacun chez soi bien au chaud,

Ici en bref

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Du côté des critiques : Télérama

Questions pratiques

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Tania de Montaigne – Un violent désir de chaleur humaine

Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook

Parution : 28 janvier 2026 – EAN : 9782246838586 – Lecture en mars 2026

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22 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. C’est un vrai problème de société ! le respect a complètement disparu et c’est facile de déverser sa bile anonymement. Bonne journée

    • Je crois sincèrement que lorsqu’on maltraite une société, les individus ne peuvent que se défendre en attaquant ! Le respect est présent, heureusement. Seulement, il faut faire attention car la ligne de crête est fragile ! Tu as raison !
      Bonne continuation !

  2. Bonjour Matatoune, je trouve ça terrible et d’une lâcheté incroyable de s’en prendre aux gens ainsi. C’est ignoble. Quand on voit ça, on n’a plus envie d’aller sur les réseaux ou en tout cas de rester très réservé. Merci, bonne fin de journée

    • oui, rester réservé, je crois que c’est une sage décision. Mais, Tania de Montaigne ne faisait aucun mal, juste une photo d’elle en situation par ci par là. La boîte de Pandorre du racisme est ouverte. Malheureusement, elle n’est pas prête de se refermer ! Bonne semaine à toi ! 🌻

    • J’avoue ne pas croire qu’il soit mauvais ! Bien que quelque fois, ça y ressemble 😆 Bon lundi particulier ! 🌺

    • C’est fou, en effet ! Mais, le manque de régulation, ou au contraire, la recherche du buzz avec des algorithmes programmés pour cela, en sont responsables !

  3. Un essai qui vu la société actuelle me semble indispensable alors merci pour la découverte. Cet effet de meute me terrifie car si il est déjà destructeur dans la vraie vie, décuplé avec la portée mondiale du web, il en devient incontrôlable.

  4. Je trouve les gens (et l’humanité) tellement méchants que je ne me plongerai pas dans ce livre, ça ne ferait que mettre de l’huile sur le feu.

    • Âmes sensibles, s’abstenir ! Oui tout à fait ! Il faut savoir se préserver !
      Pourtant, cet essai est important pour comprendre et si jamais ça arrive, aide à prendre du recul. Ce cyberharcèlement est à analyser pour le désarmer !

  5. Je suis intéressée par l’analyse qu’en tire l’autrice, on a toujours intéret à essayyer de comprendre… mais si on n’y peut pas grand chose. Merci pour ton retour, je note ce livre.

    • Je le pense aussi ! Il faut analyser pour aider à prendre du recul ! J’aurais plaisir à lire ton retour !

  6. C’est dramatique, insupportable et pénible.

    Récemment je me suis fait agresser suite à un commentaire sur des poubelles qui n’étaient pas ramassées assez souvent dans un village touristique, et un type m’a agressée. Je n’ai pas répondu et j’ai effacé son commentaire !
    Depuis il n’est pas réapparu, j’ai pensé qu’il avait été bloqué, il était agressif avec d’autres personnes aussi.

    Après, ce n’était pas sexiste, c’est beaucoup moins grave que lorsque certaines personnes se font insulter sur leur apparence, etc…
    Mais il y a des gens abjectes qui attaquent tout le monde, sur n’importe quel sujet. Ils sont dangereux je pense.

    • Il faut des régulateurs et ne pas hésiter à supprimer. Seulement sur les plates-formes telles que FB, Instagram et bien sûr X ou TikTok, on n’est pas maître et les Gafam les refusent car elles gagnent ainsi bcp d’argent et militent sur leur soi-disant « liberté d’expression « . Sauf que nous avons des lois ( contre le racisme, le sexiste, etc) et qu’il faut imposer leur respect !

  7. le plus simple est de ne pas aller sur les réseaux, ou tout au moins, limité les domaines où l’on va mais je sais que c’est impossible pour les jeunes hélas.

    • Les plus jeunes, et nous aussi, vivont avec cet objet qui devait servir à nous rapprocher ( il le fait bien, d’ailleurs) mais il peut aussi nous diviser ! Sachons bien les utiliser et pour cela, il faut apprendre à en déjouer les pièges. Et, il faut parler au plus jeunes de cyberharcelement comme on parle de harcèlement ! Ce livre peut y aider !

    • Oui complètement insupportable ce cyberharcelement. Et comment faire ?
      Bon week-end prolongé à venir !

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