
La nouvelle exposition du musée des Impressionnistes de Giverny présente un domaine jamais exploité, les premières années de l’arrivée de Claude Monet à Giverny à partir du 28 avril 1883. En regroupant une trentaine de toiles, venant de collections privées pour beaucoup d’entre elles et surtout du bout du monde, l’exposition montre la richesse des recherches du peintre, s’inspirant de la nature qui l’entoure. À Giverny, et dans ces années, Claude Monet va passer de « la précarité à la postérité« .
Enfin un lieu où créer en toute sérénité

Pendant sept ans, et avant qu’il ne devienne propriétaire et qu’il modèle son jardin pour ses Nymphéas, Monet amène toute sa « flotille » (sa famille) à la maison Le Pressoir qu’il loue. Le propriétaire, Louis Joseph Singeot, lui fait confiance. Celui de Poissy refuse de lui faire encore crédit. Louis Joseph Singeot est un cultivateur propriétaire de Giverny et possède plusieurs résidences. Il a même été maire, un temps de Giverny. En tout cas, ce dernier choisit de faire confiance à ce peintre et à son talent.
La maison a un jardin clos d’un hectare. La parcelle est dite « le Clos normand ». Et, Monet s’empresse d’y planter des fleurs. Sa tendre femme, Camille Doncieux, est décédée à l’âge de 32 ans, en 1879. Sa nouvelle compagne Alice Hoschedé qui n’est pas divorcée, l’accompagne avec ses six enfants et les deux fils de Monet.
Monet a déjà eu des expositions personnelles, comme celle de 1883, où le peintre n’a absolument rien vendu. Pourtant Paul-Durant Ruel croit en son exposition de New York et sait que les Américains sont friands de sa peinture.

Naturellement inquiet, Monet s’affiche dans cet autoportrait, avec sa blouse de peintre, loin de la tenue officielle qu’il adopte, en général. Il n’a peint que trois autoportraits. Celui-ci appartient à une collection privée. À l’époque, il le conserve et son fils, Michel, aussi.
Le village de Giverny
Monet découvre la vie de village et la beauté de la nature autour de lui. Seulement, ce sont encore des années difficiles où Paul-Durant Ruel est souvent sollicité. Monet, accompagné de sa famille, s’adapte à la vie de village. D’ailleurs, il aura plusieurs fois l’occasion de s’en échapper (Étretat 1883 et 1885 – Hollande 1886 – Bordighera 1886- Belle-Île-en-Mer 1886- Vallée de la Creuse 1889).

Claude Monet arrive à 43 ans à Giverny. Mais, son inspiration est sollicitée par exemple, par les boucles de la Seine, qu’il connaît bien et qu’il fréquente avec ses enfants, l’aidant à porter ses ustensiles.
Il n’y a qu’à peu près 305 habitants à Giverny quand Monet s’y installe. Une recherche intéressante sur les voisins est présentée dans l’exposition qui démontre que Monet était un homme ouvert et convivial, encore à cette époque. Il reçoit aussi ses amis peintres, Renoir, bien sûr, mais également Caillebotte avec qui il échange des conseils sur les plantes à développer. Mais, c’est aussi des écrivains renommés comme Octave Mirbeau, avec qui il signe plusieurs publications illustrées.
Mais, Monet ne perd pas l’atmosphère de la capitale, lui le Parisien qui fut élevé au Havre. Giverny n’est qu’à 75 kilomètres de Paris et Monet y va chaque semaine en train pour rencontrer son marchand, ses amis et entretenir les liens avec ses collectionneurs.
La meule de foin (1885)

Les Meules sont une série de vingt-cinq tableaux de 1890 à 1991. Peints à la fin de l’été, ils montrent l’effet de la lumière sur le paysage. Pourtant durant les premières années, la meule de foin est un élément dans un décor. Son inspiration se trouve à quelques champs, dans la « Prairie » de la maison.
Ce tableau ne sera présent que durant les deux premiers mois de l’exposition. C’est le musée d’art Ōhara (大原美術館, Ōhara Bijutsukan), situé à Kurashiki au Japon. Cette toile a été peinte à l’endroit où le musée est situé.
Monet représente une scène familiale, Aline et un de ses fils, Michel ou Jean. « C’est une image totalement iconique de l’impressionnisme et c’est assez émouvant de voir cette œuvre revenir sur le lieu même de sa création« , explique Cyrille Sciama, le directeur général du musée des Impressionnismes.
Petit à petit, les personnages vont disparaître, laissant tout l’espace à la nature envoûtante.
Champ de coquelicots
Les coquelicots sont des éléments récurrents dans les tableaux de Monet. Du temps de leur compagnonnage étroit, Monet et Renoir ont peint côte à côte, même si les deux peintres font les esquisses à l’extérieur et continuent à l’intérieur.

Le tableau fut présenté à la première exposition impressionniste sans grand succès. La toile exposée à Giverny actuellement est très marquée par une touche picturale dense.

Ce tableau fut un temps considéré réalisé par Blanche Hoschedé-Monet, la belle-fille de Monet. Puis, il fut attribué à l’artiste, et même, la situation, où il fut esquissé, fut retrouvée à Giverny. Mais, la différence entre le tableau Les Coquelicots et ce dernier est l’absence de personnages. En effet, le paysage prend une place primordiale pour le peintre. Une autre phase débute.


Pivoines

Deux tableaux sur les trois connus sont exposés à Giverny. Le premier vient du Musée d’Art et d’Histoire, de Genève, le second, du Musée national d’Art occidental de Tokyo. Je ne connaissais pas ces tableaux. Saturé de couleurs, le toit de chaume est le seul endroit où le regard n’est pas asphyxié. Ces deux tableaux annoncent l’obsession des Nymphéas.

Dans son jardin, Monet a commencé à domestiquer ses plantations pour servir sa peinture. Son concept du jardin des Nymphéas n’est pas encore d’actualité, mais déjà, l’artiste apprend à maîtriser son jardin pour l’utiliser dans sa peinture. Les tuteurs sont apparents et ressemblent à des lianes. Les pieds des plantes produisent une profusion de fleurs toutes aussi intenses les unes les autres. Les arbres du fond, certainement des fruitiers, forment un fond pour l’abondance de couleurs.

Monet, sur les conseils d’Octave Mirbeau, journaliste et écrivain, engage en 1892 Félix Breuil comme chef jardinier, pour remplacer Louis Lebret, qui ne donne pas satisfaction. Mirbeau et Monet accordent au jardinage des vertus incontestées. Monet avait paraît-il, 200 000 plantes annuelles et vivaces !
Giverny, pendant plus de quarante ans …
« C’est là, dans cette perpétuelle fête des yeux, qu’habite Claude Monet. Et c’est bien le milieu qu’on imagine pour ce prodigieux peintre de la vie splendide de la couleur, pour ce prodigieux poète des lumières attendries et des formes voilées, pour celui qui fit les tableaux respirables, grisants et parfumés, qui sut toucher l’intangible, exprimer l’inexprimable, et qui enchanta notre rêve de tout le rêve mystérieusement enclos dans la nature, de tout le rêve mystérieusement épars dans la divine lumière. » Octave Mirbeau
Octave Mirbeau habite, non loin de Giverny. Monet peut aussi compter sur l’abbé de Giverny, Anatole Toussaint. Curé de Bois-Jérôme et de Giverny, en plus d’être un parfait botaniste, il célébrera plusieurs mariages de la famille Monet-Hoschedé. Rappelons que les premières Nymphéas n’arriveront que plus tard.
Une invitation à poursuivre la découverte


Une fabuleuse manière de continuer à exploiter l’exposition est d’aller se promener autour de Giverny pour retrouver les endroits où entre deux plongeons, Monet se mettait à peindre sur le motif aider peut-être de Blanche ou d’un autre enfant.
En conclusion
Il ne s’agit pas dans cette chronique de rendre compte intégralement de ce que cette exposition apporte. Mais, à travers quelques tableaux, donner envie d’en découvrir un peu plus.
Initiative remarquable


En plus, d’un endroit consacré à l’accueil des groupes de jeunes, des cartels sont présents pour expliquer les œuvres.
En quelques mots
L’exposition du musée des Impressionnistes de Giverny explore débuts de Claude Monet dès 1883, entre difficultés financières et inspiration féconde. Installé au Clos normand avec sa famille, il puise dans la nature et la vie locale. Soutenu par Durand-Ruel, il évolue vers une peinture centrée sur paysage, lumière et le jardin, progressivement plus autonome et reconnue.
Commissaires
Cyrille Sciama, Directeur général du musée des impressionnismes Giverny, Conservateur en chef du patrimoine, et Marie Delbarre, Assistante de recherche au musée des impressionnismes Giverny
Questions pratiques
Avant les Nymphéas. Monet découvre Giverny, 1883-1890
Musée des Impressionnistes – Giverny
Centenaire de la disparition de Claude Monet
5 décembre 1926
#ExpoMonetAvantLesNympheas
Du 27 mars au 5 juillet 2026
X : @MuseeGiverny Instagram : @musee_impressionnismes_giverny Facebook
Directeur : Cyrille Sciama
99 rue Claude Monet
27620 Giverny

Bonjour Matatoune. J’aimerais bien visiter cette exposition, même si certaines toiles me semblent très denses et me plaisent moins. Bon dimanche
Elle a l’air sublime cette exposition et ravir autant les fans du peintre que ceux qui souhaitent découvrir son travail.
Vraiment, très impressionnée par ton esprit de synthèse ! Rien à ajouter 🙏🌺
Je rêverais d’aller visiter cette exposition. Bon dimanche
J’espère qu’ils vont mettre en ligne la conférence inaugurale du directeur, toujours très intéressante !
Bon lundi de Pâques ! 🌺
j’y vais souvent et c’est un vrai plaisir. Toute la région est à découvrir.
Oui, j’ai eu plaisir à découvrir cette exposition, au premier jour. La maison et les jardins de Monet n’étaient pas encore ouverts. Quel plaisir : pas de monde, garé au plus près ! Vraiment très agréable !
et elle a l’air très bien conçue cette expo en effet!
À visiter en effet ! Un plaisir 🌺
Merci pour cette présentation.
Une belle exposition à découvrir si on passe par là
Oh Monet, mon peintre préféré, le poète des couleurs !
Belle découverte, ces tableaux qui viennent du Japon, jamais vus…
Merci pour cet article intéressant sur cette période à Giverny et sur Monet.
Belle journée.
Le centenaire de sa disparition débute avec cette exposition. Et quelle exposition ! Oui certains comme les pivoines je ne les connaissais pas ! Si l’occasion se présente, ne pas hésiter !
Superbes tableaux ! J’aimerais bien retourner à Giverny un jour, ça m’avait énormément plu. Merci Matatoune de nous donner des aperçus de cette exposition. Excellente journée !
Oui une belle manière de commencer cette année centenaire de sa disparition ! Bonne continuation 🌼🌺🌻