
Qui sommes-nous vraiment, et qu’avons-nous à transmettre qui le mérite vraiment ? Pour son quatrième roman, que j’ai pu découvrir en avant-première grâce à une Masse critique privilégiée de Babelio, Maxime Girardeau signe un roman policier haletant, inventif et parfaitement réussi.
« Hyperacousie tirant sur la phonophobie » et peut-être même Asperger, ou simplement synesthète, ces éléments qualifient la jeune Bianca. Le roman s’ouvre lorsqu’elle découvre le corps de son père et, sur son torse, son téléphone préservé sur lequel s’affiche un sablier. À l’intérieur, est conservée toute la mémoire numérique de la victime qui pourra être accessible si une personne de l’entourage trouve la bonne question qui permettra son ouverture.
Bianca comprend, immédiatement, que ce corps est la cinquième victime d’un tueur en série, recherché depuis cinq jours. Les chaînes info fonctionnent en boucle sur le Sablier noir, tel qu’il fut surnommé.
La commissaire Mathilde Papin, elle-même surdouée dans son domaine, n’a aucune piste, aucun mobile et ne connaît surtout pas le dispositif mis en place par le tueur pour conserver la mémoire numérique de sa victime. Le lien entre les meurtres est peut-être le comité d’éthique de Synapse, une entreprise spécialisée dans l’Intelligence artificielle.
Face à l’IA, la neuroatypie
Pour se mesurer à l’Intelligence artificielle, Maxime Girardeau imagine le personnage de Bianca qui peut compter sur une application, BitGril, pour calibrer en permanence son ressenti. La jeune fille a « une triade neuroatypique composée d’une douance intellectuelle, d’une forme d’alexithymie partielle et d’une synesthésie sensorielle complexe. » En clair, chaque perception qu’elle ressent déclenche une tornade sensorielle multiple. « Je transforme l’insupportable en données. Je convertis le chaos en probabilités. Sinon, je me noie dans les couleurs de ma propre souffrance. » Et, son application transforme la confusion sensorielle en données calculables. Et son métabolisme va être mis à dures épreuves : « Eux ils cherchent le Sablier noir. Moi, je protège mon père.«
L’entreprise Synapse travaille sur l’éthique comme celle de savoir s’il faut développer un algorithme capable de créer une copie numérique complète de la conscience d’un individu, c’est-à-dire développer son immortalité digitale ! Mais, la vraie question est de savoir si la police va pouvoir arrêter ce tueur, avant qu’il ne fasse une nouvelle victime ?
Un thème au cœur des préoccupations
Comme à son habitude, Maxime Girardeau place son roman au cœur du développement de l’Intelligence artificielle. C’est aussi le cœur de sa vie professionnelle. Comme il l’explique dans ses remerciements, il s’agit pour lui d’explorer les failles et d’en montrer les limites.
Les trois parties suivent les stades du développement des Intelligences artificielles, illustré par des extraits d’une conférence au Collège de France imaginé par Maxime Girardeau. La construction en roman choral accélère l’intrigue. Elle la sature d’urgence, comme ce délai de vingt-quatre heures jusqu’à l’assassinat de la prochaine victime, dont le lecteur suit les épreuves.
Maxime Girardeau signe une nouvelle fois un roman policier d’une grande intensité sur fond d’explosion sociale. « Vous savez, ajoute Chen, sans la psychose des émeutes des Gilets jaunes, Socrate* serait resté dans un carton. Il a fallu que le Président comprenne qu’il pouvait être renversé par une révolution pour qu’il débloque les 250 millions d’euros nécessaires.
L’ironie est amère. Un mouvement d’émancipation qui finance Big Brother. *Socrate : Système opérationnel de corrélation et reconnaissance avancée par traitement évolutif.«
La conscience artificielle est au cœur des recherches et des réflexions éthiques actuelles. Seulement, ce que montre Maxime Girardeau, brillamment, c’est la faculté humaine de suivre une suggestion en se déculpabilisant. Lorsque l’humain ne se sent pas responsable, il devient un parfait exécutant, pour peu qu’on utilise les ressorts de ses émotions les plus profondes.
Pourquoi le lire…
Dans ce polar haletant de Maxime Girardeau, Bianca découvre son père assassiné par un tueur en série surnommé le Sablier noir. Neuroatypique et aidée par une application qui traduit ses perceptions en données, elle tente de comprendre le dispositif numérique laissé par le meurtrier, tandis qu’une enquête liée à l’intelligence artificielle et à l’éthique de Synapse se déploie.
Remerciements
À @Babelio et sa Masse critique et aux éditions Robert Laffont
Puis quelques extraits

Eux, ils cherchent le Sablier noir. Moi, je protège mon père.
Je décide de jouer le jeu, malgré mes préjugés. Tous les golden boys de Palo Alto ou Mountains View ne sont pas des incultes égocentriques comme Zuckerberg ou Musk.
Je transforme l’insupportable en données. Je convertis le chaos en probabilités. Sinon, je me noie dans les couleurs de ma propre souffrance.
Pas du tout. L’éthique, c’est l’art de naviguer dans les zones grises. Prenez la différence avec la morale : la morale vous dit « Ne ment pas », l’éthique vous demande « Que faire quand dire la vérité causera plus de mal que de bien ?».
L’éthique appliquée aux nouvelles technologies repose sur trois principes. Un, l’autonomie, soit le respect de la capacité de décision. Deux, la bienfaisance, c’est-à- dire la maximisation du bien. Trois, la justice, ou la distribution équitable des risques et bénéfices. En pratique, l’éthique, c’est l’art de jongler avec ces principes quand ils entrent en conflit.
Cette vidéo de la commissaire qui frappe un jeune. À notre époque, l’événement est banal, presque insignifiant. Mais, le symbole cristallise tant d’années de haine. Peu importe la raison ou le contexte, l’image devient une icône, l’incarnation de toutes les rages.
Et, encore,
Je possède ta mémoire, les paramètres physiologiques de ton amour quand elle courait vers toi, quand elle riait, quand elle pleurait. Mais, ce ne sont que des équations. Je comprends que tu espères que cette photo m’émeuve mais ce n’est pas le cas.
« Le deuil ne creuse pas. Il sculpte. Il transforme le vide en architecture. »
Mais les humains fonctionnent à la narration. lls ont besoin que leur vie raconte quelque chose. Sans histoire, ils s’écroulent.
C’est techniquement intéressant, mais…, où est le sens ? On remplace des emplois, on surveille, on prédit pour mieux vendre. Est-ce vraiment l’avenir que l’on veut construire pour nos enfants ?
– Je suis programmé pour fournir des réponses, pour atteindre un but. (…)
– Je ne peux pas calculer mon propre futur.
(..) le courage n’est pas de retenir, mais de laisser partir. Que l’amour authentique accepte la séparation. Que la seconde mort, celle de l’oubli, n’est pas une tragédie, mais une libération nécessaire.
(..) nous sommes unis parce que nous avons perdu. Transformé par ce qui nous manque.
Ici en bref




Pour aller plus loin


Ego – Je te mens
Questions pratiques

Maxime Girardeau – Mourir deux fois
#rlhiver26
Robert Laffont X – : @robert_laffont – Instagram : @robert_laffont – Facebook
Parution : 19 mars 2026 – EAN : 9782221285725– Lecture en mars 2026

Je le commence justement, 😀. J’espère l’apprécier moi aussi.
Je te le souhaite ! 🙏❤️
Bonjour Matatoune. Je ne connais pas cet auteur. Ce roman me semble bien compliqué même si le sujet de l’IA m’intéresse. Bonne journée
C’est alors que je n’ai pas été moi-même claire car ça se déroule très facilement ! Excellente continuation 🌻🙏🏠
Je ne connais pas cet auteur. Il vaut la peine ?
Je le suis depuis ses débuts et j’avoue que je ne suis pas déçue !
Je vais l’ajouter à ma pal sans hésiter, il a tout pour me plaire. Bonne semaine
Très réussi en effet ! Excellente continuation 🙏🌼
Un auteur que je ne connais pas encore, mais au vue de ton billet, cela ne saurait tarder.
J’ai bcp aimé en effet ! Merci pour ta confiance 🙏🌼
Bonjour Matatoune, merci de cette belle chronique mais le résumé de l’histoire et les extraits choisis ne sont pas trop ma tasse de thé. Bonne journée 🙏🌞
Merci d’être passée ici 🙏
J’aime vraiment beaucoup ce que fait l’auteur, j’ai hâte de découvrir ce petit dernier !
Pour moi, très réussi !