Camille Charvet – Les assoiffés

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Camille Charvet est psychiatre spécialisée en addictologie et exerce dans le lieu mythique de sa discipline, là où le professeur Olievenstein y a créé sa première consultation. Les assoiffés est à la fois le récit de sa formation, un essai faisant le point sur les avancées thérapeutiques de ces maladies mais également le retour d’une multitude de rencontres montrant la polysémie de l’addiction.

De l’herbe à  l’alcoolisme, en passant par le sexe et toutes sortes de médicaments, sans oublier le protoxyde d’azote, l’addiction consomme multiple mais semble d’une constance indéniable : elle recouvre le besoin de pouvoir faire lorsque l’on ne le peut pas. Faire la fête alors qu’on a peur des autres. Se montrer à l’aise alors qu’on est pétrifié par l’autre. Être enjoué alors qu’un pessimiste noir envahit votre vision. Bref le produit vient combler un manque, souvent si bien caché et enfoui, qu’il peut nécessiter un accompagnement « serré » de la part d’un professionnel.

Le récit Les assoiffés de Camille Charvet raconte aussi comment une jeune médecin, bardée de diplômes, fait sa place dans ce milieu particulier fondé par une sommité. Le docteur Olievenstein Olievenstein a définit les bases de cet accompagnement. Il apporte une façon de soigner si différente : la distance, le tutoiement, la disponibilité, etc.

Plongée dans un mal du siècle

À l’aide de multiples expériences, Camille Charvet donne une image multiple de ces maladies relevant au fil des pages son implication sociale et politique. Ainsi, de tous milieux, l’addiction peut-être une réponse personnelle à des injonctions fortes du milieu du travail. Mais, il y a aussi des pressions sociales, fréquemment invisibles, mais fortes, pour ne pas montrer ses failles. Rester performant(e), beau (belle) et fort(e). Nous sommes responsables en acceptant d’y répondre collectivement.

Camille Charvet, avec Les assoiffés, propose une analyse sérieuse de l’addiction, établie sur une expérience conséquente. Un récit vivant sur le soin apporté à un phénomène de société qui ne cesse de se développer. Je recommande !

Remerciements

Aux éditions Grasset et #NetGalleyFrance

Puis quelques extraits

Elle (l’addiction) surgit aujourd’hui dans des conditions sociales particulières, dans un monde qui, tout en vantant l’autonomie et l’authenticité, pousse sans relâche au conformisme à l’efficacité, à l’image à la performance.

Un « je » ne peut pas se comprendre sans un « tu » ni un « nous ». L’autre est toujours la, même dans son absence.

Le plaisir est cet objet d’une quête qui peut devenir effrénée. Certains le cherchent plus que d’autres. Il intéresse les sciences, passionne la philosophie, inquiète les moralistes. Ils se décrivent dans une multitude de mots et d’expériences. Réalité du corps et de l’esprit, il peut être satisfaction, vague qui emporte la douceur à l’intensité joyeuse, bonheur des sensations momentané. Le plaisir est un présent, il suspend un instant les fardeaux de l’existence, les tâches et les devoirs, il va de l’assouvissement à l’accomplissement, et confine parfois à la plénitude et extase. « Nir-va-na ».

Notre société semble parfois taillée pour cela: elle pousse à consommer, valorise l’excès, célèbre l’immédiat. Même la publicité nous vend des parfums baptisés « addict ». Comme si être accro faisait partie du contrat.

Et, encore,

L’addiction est un révélateur de nos failles individuelles, autant que de nos faillites collectives. Elle questionne autant la politique que l’intime. Elle nous pousse à réfléchir à ce que nos dépendances disent de nous, de nos besoins comme de nos manques, pour qu’en les apprivoisant nous puissions peut-être habiter plus justement nos vies.

Est-ce que l’addiction n’était pas venu s’installer, précisément, pour tromper les apparences ?

Le produit est toujours plus qu’un effet biologique. Il est aussi mise en relation, sociabilité, code social, héritage.

L’usage des écrans, et particulièrement des réseaux sociaux, constitue un risque important pour la santé des enfants, encore trop sous-estimé. Ils favorisent l’installation précoce de comportements addictifs, mais véhiculent aussi l’obsession de l’apparence, la comparaison permanente, la sur-sollicitation émotionnelle. Et tout cela dans un univers où les adolescents sont livrés à eux-mêmes, sans garde-fous.
La numérisation de l’école elle-même participe de cette contradiction: comment demander aux jeunes de se déconnecter quand l’accès aux devoirs, aux notes, aux emplois du temps passe par le numérique? […] Nous vivons dans une société qui génère ses propres addictions.

Ces dérèglements adolescents sont parlants. Ils dessinent, à bas bruit, un malaise plus large, plus profond, qui excède les histoires individuelles. Lorsque les mêmes signaux reviennent, que les mêmes fractures apparaissent, on ne peut plus seulement parler de fragilités personnelles. Quelque chose, dans le monde que nous leur proposons, semble ne plus faire bord, ne plus contenir. C’est peut-être là qu’il faut désormais porter le regard: sur la manière dont notre époque façonne, ou défait, les cadres collectifs. Car si l’addiction est un trouble des limites, alors que dire d’une société qui semble les avoir toutes repoussées?

Ici en bref

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Questions pratiques

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Camille Charvet – Les assoiffés

#rlhiver26

Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook

Parution : 7 janvier 2026 – EAN : 9782246842217 – Lecture en janvier 2026

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17 commentaires

    • C’est un sujet de très grande actualité, en effet ! Bonne continuation 🙏

  1. Ce récit de la psychiatre addictologue Camille Charvet doit être très intéressant. Tout ce qui touche à la psychiatrie m’intéresse, on y découvre les maux de nos sociétés, l’angoisse terrible, la pression pour être le meilleur tout le temps et partout. Tu en parles si bien Matatoune. Merci pour ce partage très intéressant 🙂

    • Merci Frédéric 🙏. Nous ne devons pas regarder ailleurs. C’est un fléau de société qui dit bcp de ses maux ! Et Camille Charvet décrit tout ceci simplement avec le récit de ses expériences. Et bien évidemment, toutes les classes sociales sont bien évidemment touchées. Bonne continuation ☃️ ❄️

    • C’est instructif et facile à lire ! Bonne continuation ☃️❄️🙏

    • Oui, je crois que le sujet est vraiment important ! Merci de ton retour 🙏❄️☃️

    • Oui, je crois que la portée sociale de telles maladies doit nous alerter. Merci de ton retour 🙏❄️☃️

  2. Bonjour Matatoune, intéressant ! J’imagine oui que les addictions sont encouragées par nos sociétés de consommation et de publicité à tout va ! Merci pour cette présentation 🙏 😊 Belle journée à toi ❄️📚🤩✨️🌟🍀

    • Par le rythme demandé, l’image de corps sublimé et tant d’autres choses . Merci pour ton retour ❄️☃️🙏

  3. Tout ça est bien convaincant, l’argumentation est très claire. Je note ce livre là, ce sont des thèmes qui m’intéressent. Merci et bonne année avec plein de belles lectures ☃️❄️🌿

    • Merci pour votre confiance. Belle année, en retour, et de belles rencontres littéraires à venir ! ☃️❄️🙏

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