François-Henri Désérable – Chagrin d’un Chant Inachevé

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Est-ce que François-Henri Désérable est un écrivain voyageur ? Ce roman, écrit en 2017 avant la parution de L’usure du Monde, prend prétexte d’un voyage effectué par les deux G : Ernesto Che Guevara et Alberto Granado, son ami, pour s’en inspirer. Les deux compères voulaient parcourir l’Amérique juste pour le plaisir de voyager. Seulement, ce cheminement va les ouvrir aux problématiques qui seront celles avec lesquelles le Che fera sa réputation.

François-Henri Désérable, accompagné de son ami intrépide, parlant espagnol, part pour un périple à travers l’Amérique du Sud, en suivant très approximativement les traces de ces deux G. Assez vite, il voyage seul, en stop ou en transport, enchaînant les rencontres, les expériences plus ou moins agréables et chassant les préjugés de tous genres. Il consigne par le menu ses aventures et nous les présente accompagnées de ses réflexions sur la vie en général et sur le voyage en particulier.

  • La maison de Neruda à Valparaiso : « Et je n’emporterai dans ma tombeQue le chagrin d’un chant inachevé. » Pablo Neruda
  • Le manque d’eau dans le village de Chañaral à moins de mille kilomètres de Valparaiso.
  • Le désert d’Atacama et son Very Large Télescope.
  • Vallegrande et sa Lavanderia Esnesto Guevara.
  • Le marché aux sorcières de La Paz, etc. Une succession de lieu à découvrir au fil de ce périple qui a duré plusieurs mois.

Littérature en voyage

Seulement, François-Henri Désérable est aussi féru de littérature que de voyages. Son périple se pare de toutes les lectures qui meublent son univers. Ainsi, l’ancien hockeyeur professionnel définit une façon d’appréhender de nouveaux lieux.

« Les désagréments du voyage sont déplaisants au voyageur, mais profitables à l’écrivain : un passage de douane embrouillé, une rencontre inquiétante au coin d’une rue interlope, un chauffeur de taxi qui vous roule, voilà qui donne matière à chapitre. Davantage en tout cas que la contemplation muette du soleil qui se couche sur des rivages enchanteurs. L’événement malencontreux, l’écrivain a cette consolation de pouvoir en tirer quelque chose.« 

Comme pour L’Usure du Monde, une figure connue lui sert de tremplin au départ. Ici, c’est le poster iconique de Che Guevara accroché dans sa chambre. Pourtant, très vite, cette figure s’efface pour laisser libre cours à sa singulière pérégrination : du Chili à la Bolivie, de l’Argentine au Pérou, jusqu’au Brésil

La langue est toujours aussi agréable à découvrir, simple et sans prétention, ouvrant les yeux sur un monde loin des clichés touristiques que chacun trimballe dans son imaginaire.

François-Henri Désérable est bien devenu un écrivain voyageur, rejoignant la liste déjà longue des Pierre Loti, Jack London ou Blaise Cendrars, et tant d’autres ! Seulement,  la force de ce livre est de dépasser le cadre du récit de voyage pour devenir un objet littéraire à  part entière. 

Puis quelques extraits

Le temps qu’on passe à faire des projets que la vie va défaire sera toujours pour moi un sujet d’étonnement.

À ceux qui voyagent dans l’espoir de se trouver, j’ai toujours préféré ceux qui le faisaient dans le but de se perdre: en levant les yeux sur le monde, on se regarde un peu moins le nombril.

(…) le plus beau des voyages sera toujours celui qui reste à faire.

Le chagrin d’un champ inachevé, c’est aussi celui qui vous étreint quand vous devez vous arracher à la contemplation d’un paysage dont vous savez que vous n’allez plus le revoir.

Il allait falloir donner leur poids de papier aux images, aux sensations qui m’avaient traversé et bientôt repartir. Si je ne devais plus écrire qu’un seul livre que ce soit celui-ci: un passeport. Jusqu’au dernier jour, en noircir les pages à coups de tampon.

Et encore

Les désagréments du voyage sont déplaisants au voyageur, mais profitables à l’écrivain : un passage de douane embrouillé, une rencontre inquiétante au coin d’une rue interlope, un chauffeur de taxi qui vous roule, voilà qui donne matière à chapitre. Davantage en tout cas que la contemplation muette du soleil qui se couche sur des rivages enchanteurs. L’événement malencontreux, l’écrivain a cette consolation de pouvoir en tirer quelque chose.

Encore un moment, dis-je. Rien ne presse : l’allégresse est une hormone trop rarement sécrétée pour la bouder quand elle vient.

Et je n’emporterai dans ma tombe
Que le chagrin d’un chant inachevé

Pablo Neruda

On dit de la nuit qu’elle tombe, mais rien n’est plus faux. Le jour est un laquais, servile et flatteur. Il se retire à reculons, sur la pointe des pieds. La lumière décline peu à peu, elle passe par toutes les nuances du bleu, jusqu’au bleu nuit de la nuit qui n’est jamais vraiment noire.

Le chagrin d’un chant inachevé, c’est aussi celui qui vous étreint quand vous devez vous arracher à la contemplation d’un paysage dont vous savez que vous n’allez plus le revoir.

Ici en bref

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Pour aller plus loin

Mon Maître et mon vainqueur L’usure d’un monde : Une traversée de l’Iran

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Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 8 mai 2025 – EAN : 9782070792368 – Lecture : Mai 2025

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14 commentaires

  1. Déjà « L’usure du monde » était tentant car il parlait du grand écrivain voyageur Nicolas Bouvier. Celui-ci est tentant également, après lecture de ta chronique 😊🙏 Merci, excellente journée à toi 🌞🕶🌹🌿📚✨️

    • Son précédent avait l’attrait de décrire un pays fermé. Ici , ce récit est plus polarisé sur la littérature et la nécessité du voyage pour s’ouvrir !
      Bonne continuation 🍒 🍓🌞

    • J’ai évidemment découvert une foule de choses, car moi aussi je ne connais pas ce continent ! 🍓🍒🌞Bonne continuation

    • Selon l’intérêt l’Iran ou l’Amérique du sud choisir celui-ci ou le précédent !
      Bonne continuation 🍒 🍓🌞

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