Voyage dans le passé d’une famille pour retrouver son « petit père »
Rentrée littéraire 2024

Archipels d’Hélène Gaudy n’est pas le énième récit d’une fille pour célébrer son père. Il est plus et moins à la fois. En tout cas, le lecteur se délecte du plaisir de leurs rencontres de papier, père, fille, fille — père entremêlés par l’explosion des mots, triturés et malaxés par son talent.
En plongeant dans ses quatre chapitres, Hélène Gady essaye de surnager dans l’histoire de son père, muette de n’avoir jamais été racontée, submergée par les signes laissés à disposition.
Bayou, le premier chapitre, décrit cet homme, comme un lieu, sorte de « capsule temporelle » ou « un terrain de jeu ». Peut-être aussi une île comme cet entrepôt où il travaille sa peinture mais aussi, où il amasse toutes sortes d’objets, notamment des bocaux de sable pour ses tableaux.
Le second s’intitule Pierre. Hélène Gaudy tente de remonter la mémoire comme « une longue-vue à braquer sur sa vie, « et sur la sienne « par ricochets« . « Les parents dont des mégalithes dans notre champ de vision. On passe sa jeunesse à tenter de voir le paysage qu’ils nous cachent, et puis, un jour, ils sont devenus de toutes petites pierres, des cailloux. » Seulement même les cailloux ont une histoire qu’il faut découvrir au-delà des grandes lignes tracées par le passé familial.
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Les lieux et les objets sont le point de départ de cette enquête sur la part invisible et inconnu de celui qui lui est cher, puis sur ses grands-parents, résistants. Des pistes poursuivies sont abandonnées, d’autres se cherchent, se dérobent mais deviennent signifiantes. L’enquête s’étire mais ne se rompt pas, puisqu’Hélène Gaudy reconstruira les figures familiales avec suffisamment de détails pour qu’elles nous soient familières. Son texte est riche d’une langue parfaitement maîtrisée où sa force du passé éclate, même s’il enferme ceux qui la possèdent.
Cette introspection centrée sur son « petit père » touche notre sensibilité au plus profond, nous renvoyant à notre propre histoire mais aussi celle collective. Condensé d’amour et de poésie, Archipels d’Hélène Gaudy touche par sa forme exigeante et par son fond, sensible et tendre.
Puis quelques extraits

J’ai imaginé lui dire : Il y a une île qui porte ton nom.
Une île qui chaque jour disparaît un peu plus.
Sous les eaux.
Oui, sous les eaux, tu as bien entendu.
On passe des années à étaler de la peinture, à noircir des feuilles, à meubler nos intérieurs, et un jour, on se retrouve à dire à nos enfants qu’ils pourront tout jeter si nos vies les encombrent. Et on le fait comme ça, sans grands mots et sans larmes, parce qu’on voudrait qu’ils soient légers.
Et moi qui ne l’ai pas vu vieillir, qu’il ne l’ai pas vu changer, qui ne l’ai pas vu, sans doute, comme il était, voilà que je le découvre, si tard, sous la forme d’un lieu.
Peut-être écrit-on un peu parce qu’on détruit beaucoup, accumule-t-on surtout parce qu’on oublie trop vite, parce qu’on néglige tant de choses.
Il est rare qu’un récit survienne au moment où l’on est prêt à l’entendre. Beaucoup ratent leur cible, se déploie dans l’indifférence.
Ici en bref

Du côté des critiques Le Monde
Du côté des blogs Alex Mots à Mots
Questions pratiques

Archipels – Hélène Gaudy
Éditeur : Éditions de L’Olivier
X: @EdLolivier Instagram : @editionsdelolivier
Parution : 19 août 2024
EAN : 9782823621150
Lecture : Octobre 2024




[…] Hélène Gaudy – Archipels […]
Une belle chronique de ta part Matatoune et une découverte pour moi, merci à toi 🙂
Sélection pour le Goncourt ! Est-ce l’outsider auprès des mastodontes littéraires ( Kamel Daoud – Gaël Faye – Sandrine Colette) qui pourrait départager les jurés. A suivre 😀
Je ne suis pas attirée par ce roman, trop poétique pour moi. Bonne journée
Beaucoup sont rebutés par le peu d’actions du livre. Je peux comprendre qu’il déçoive. Et, comme répond Philippe Claudel, President de l’Académie Goncourt, aux détracteurs de l’extrême droite sur le livre de Rebecca Lighieri Le Club des enfants perdus, si on est gêné par un livre, on le ferme et on l’oublie !
Comme toi 😃
Bonne journée
j’hésitais, mais je crois que je vais l’ajouter à ma liste!
Le texte est superbe. Du coup, je ne sais plus pour le Goncourt. Pour moi, c’était le Houris, le favori. Mais, le Goncourt peut vouloir mettre en lumière un livre travaillé différemment sur le passé et je n’ai cessé de répéter, c’est lui le futur Goncourt en le lisant. Je commence le Colette….A voir donc !