
Un film de Joachim Lafosse, Un silence, et de nouveau, c’est un fait de société qui entre au cinéma !
En apparence, cette histoire ne raconte absolument pas le milieu du français moyen. Ici, la société bourgeoise provinciale s’expose avec ses jouets. En premier, la maison est un hôtel particulier sur un terrain arboré avec piscine. Chaque adulte a sa voiture. Une se transforme en décapotable pour permettre au plus jeune de jouer les riches au sortir des boîtes de nuit.
Seulement, des premiers détails choquent.

La première séquence du film nous montre le regard d’Astrid, Emmanuelle Devos, dans un rétroviseur, conduisant d’un point à un autre. Elle réagit, comme vous et moi, mais elle semble figée à l’intérieur, comme en état de sidération, mais animée. À un moment, une larme s’échappe d’un de ses yeux.
Plus tard, une meute de journalistes, tapis en embuscade devant la grille de la propriété, s’agitent dans tous les sens lorsqu’une voiture la franchit.
Plus tard, encore, une commissaire de police, Jeanne Cherhal, jeune et attentive, insiste sur la nécessité du soutien d’Astrid auprès de son fils.
Un thème d’actualité…
Joachim Lafosse reprend un fait divers connu en Belgique : un avocat célèbre, Victor Hissel, ancien avocat de familles de victimes de Marc Dutroux, a été jugé pour un crime, se rapprochant de celui de clients. Le réalisateur a tenu tout au long du film à cacher la nature du crime de François, avocat renommé interprété par Daniel Auteuil.
Dans Un secret, Joachim Lafosse explore les répercussions de l’inceste au sein d’une famille, mettant en lumière les réactions ou son absence pour Astrid. Sa fille Caroline (Louise Chevillotte) réagit différemment. Son fils, Raphaël (Matthieu Galloux, qui fait ses débuts au cinéma), se chargera de ne plus poursuivre ainsi.
Car l’enjeu ne concerne pas la famille mais bien l’image sociale qu’il faut préserver. Et, Astrid entretient ce déni et tente de maintenir coûte que coûte l’apparence.

Car depuis presque trente ans, Astrid se tait, cachant la faille de sa famille au prix d’efforts conséquents. Secrétaire de son mari, elle accepte sans broncher, depuis toujours peut-être, d’en être la subalterne. Elle tente de conserver son univers qui pourtant se fissure de plus en plus : l’absentéisme de son fils, les conseils de sa fille, etc.
Ce sera le refus de son fils de continuer à faire semblant qui la pousse à parler, à révéler l’interdit.
Filmé avec pudeur et sans jugement
Joachim Lafosse filme des scènes de nuit où chacun se retrouve avec ses obsessions : le fils et ses mises en danger, les insomnies de François et les longueurs de piscine d’Astrid. Le huis clos d’une voiture se remplit de silence. Mais, toute cette intimité induit de la pudeur et de l’absence de jugement.
Et, même lorsqu’on en parle, enfin, il ne peut y avoir de véritable discussion. Trop lourd, devenu trop encombrant depuis si longtemps, la révélation ne peut laisser que pantois, sans voix, comme Raphaël avec sa mère, dont l’attitude révèle une douleur omniprésente.

Joachim Lafosse place en perspective deux générations de femmes face à la pédocriminalité. La fille incarne l’évolution d’une société devenue à la fois moins permissive et plus désireuse de respect pour les femmes et les enfants. Astrid représente la génération d’avant, celle qui à préférer se taire. Mais, aucune dispute ne les oppose.
Film tout en nuance
La qualité du jeu des acteurs est éclatante. Daniel Auteuil interprète François avec beaucoup d’intelligence et de finesse, mêlant aplomb et culpabilité, de scène en scène, manipulateur à l’extrême. Et, Emmanuelle Devos est d’une justesse parfaite dans l’expression de la souffrance de son personnage, de sa dignité dans le déni et de sa détermination à soutenir son fils.
J’ai retrouvé dans Un silence, le talent de Joachim Lafosse à adapter sa caméra à l’intimité d’un système de relations. Tout y est suggéré dans la présence de regards, de visages, d’ombres, les dégâts des crimes pédocriminels y sont parfaitement détaillés.
Même si Un silence m’a semblé moins fort que Les Intranquilles, Joachim Lafosse réussit un film intimiste exposant les aspects des conséquences des crimes de pédocriminalité au sein d’une famille.

Petits secrets
Daniel Auteuil et Emmanuel Devos avaient déjà joué un couple dysfonctionnel dans le film de Nicole Garcia L’adversaire.
« On a tort de juger le silence, il faut l’interroger, c’est un symptôme. Il ne faut jamais oublier que le silence n’est pas le crime et que derrière toute personne silencieuse, il y a une épreuve, une difficulté à dire, une fragilité. Cela a été magnifique de pouvoir, avec Emmanuelle Devos et les autres acteurs, mettre en scène ce sentiment de honte. » Joachim Lafosse
Le tournage, accompagné par le Bureau des images Grand Est, a eu lieu principalement au Ban-Saint-Martin dans l’Eurométropole de Metz, entre août et octobre 2022. Plus de la moitié des jours de tournage se sont déroulés en Grand Est, l’autre partie au Luxembourg et en Belgique (24 jours sur 38 en Grand Est). Tournages Grand Est
Pour aller plus loin
Du côté des critiques
Télérama –
Du côté des blogs
Sources
Questions pratiques

Un silence
Réalisateur : Joachim Lafosse
Avec Daniel Auteuil – Emmanuelle Devos – Jeanne Cherhal – Matthieu Galloux
Pays : Franco-Belge
Durée : 1 h 39
Sortie nationale : 10 janvier 2024
Distributeur : Les films du Losange

Sujet sensible, cet avocat était la voix des victimes. Je note ! Merci !
Oui, comme un suprême déni de lui-même !
Emmanuelle Devos et Daniel Auteuil, rien que cette affiche me tente malgré le sujet difficile. J’avais très envie de voir ce film mais nous allons si rarement au cinéma !
Tu m’as tout de même donné encore plus envie !
Anne
Alors, peut-être lorsqu’il passera sur la 📺 !
Sans moi mais c est sûrement un excellent film, déjà parce qu il y a Daniel Auteuil. Mais trop dérangeant pour moi en ce moment
Oui, certes c’est un sujet difficile même si ici il est évoqué avec bcp de finesse !
Tu me donnes envie de découvrir ce film. Le sujet semble très bien traité. Bonne journée
Moi, j’ai trouvé qu’il était réussi, tout en nuances et très » pudique » Ici c’est la capacité d’entrer dans le deni qui est analysé et le silence qui en résulte ! Bon week-end 😉
Bonjour Matatoune. J’avais bien apprécié les Intranquilles, mais ce sujet-là, trop rebattu, me tente moins.
Les deux acteurs sont assez extraordinaire mais c’est vrai le sujet peut rebuter ! Bon week-end 😉
Les deux acteurs sont assez extraordinaires mais c’est vrai le sujet peut rebuter ! Bon week-end 😉
Sûrement un très bon film. Déjà, le casting est brillant. Et le thème très psychologique est intéressant. Je ne manquerai pas de le voir quand il passera à la télé…
Oui, j’aime la façon dont se saisit Joachim Lafosse de faits qui agitent la société. A voir en effet sur n’importe quel support, mais au ciné, c’est bien aussi 🙂
J’avais adoré le film L’adversaire. Il y a la même intensité dans celui-ci ?
Je n’ai pas vu ce film. L’adversaire . Non, il n’y a pas de véritable intensite: Astrid va parler mais on ne saura pas ce qu’elle dira ! Ce que montre Joachim Lafosse c’est le déni que provoque ces crimes dans la sphère familiale. Déni et sideration au motif qu’il y a bien absence de raisonnement sensé et de co.prehension des déflagration du mensonge. Daniel Auteuil donne à son personnage toute la sensibilité de la honte, de la culpabilité, mais aussi de l’emprise.
Voila un film qui me plairais a coup sûr….Bisous bon jeudi
Oui, même si Joachim Lafosse donne bcp d’ambivalence au personnage du père !
Beau film dérangeant avec un Daniel Auteuil épatant.
Oui, j’avoue ne pas comprendre les critiques officielles que j’aime découvrir habituellement. Le cinéma de Joachim Lafosse célèbre l’intime dans ses dysfonctionnements. Et celui-ci est de taille ! Les deux acteurs sont impeccables !
Je suis bien d’accord