… Tedeschi
Dans les années 80, le théâtre Les Amandiers, avec d’autres, était le lieu d’une création engagée vers une modernité que le public vivait comme un renouveau artistique. De plus, Les Amandiers étaient aussi une école d’où émergèrent des talents encore exploités aujourd’hui.
Valeria Bruni Tedeschi choisit de faire revivre cette période d’effervescence créatrice en suivant pendant six mois Patrice Chéreau et Pierre Romans dans la constitution de leurs troupes, jusqu’à la création de leurs spectacles respectifs.
Hommage, oui mais…
Les Amandiers est un hommage à Patrice Chéreau dont Valeria Bruni Tedeschi fut l’élève, au début de sa carrière. Elle décrit l’alchimie créée par les deux réalisateurs entourés d’une dizaine de jeunes qui se cherchent, espère la célébrité, sont capables de se dépasser mais aussi qui découvrent tout à la fois l’amour libre, la drogue et le sida.
Les jeunes choisis pour vivre cette aventure vont se découvrir et même se faire assez mal, car Cherreau, interprété par Louis Garrel, exige un engagement de tout leur être et de tous les instants, quelque puisse être leur vie, leurs soucis et même leur désespoir. Le couple qu’il forme avec Pierre Romans, ici Michel Lescot, semble si “has-been” et assez parodique avec nos yeux des années 2022..
Seulement, du film témoignage qui devait magnifier une époque, Les Amandiers décrivent aussi l’emprise d’un réalisateur sur des jeunes esprits, acceptant d’être malmenés et ridiculisés dans l’espoir de faire carrière. Une seule jeune femme ose leur tenir tête. Du coup dans la troupe, elle passe au second plan !
À y regarder de plus près, le mythe que j’avais pour le théâtre Les Amandiers est tombé. Car, en décrivant son admiration, Valeria Bruni Tedeschi montre aussi la domination intellectuelle et morale qui blesse les plus fragiles, comme le jeune Étienne, joué par Sofiane Bennacer, terriblement touchant. Difficile d’assister à sa dégradation progressive mélange de fragilité et d’addiction sans éprouver révolte contre ce système institué au nom de l’Art.
Stella, magnifique
Le personnage de la réalisatrice est interprété par Nadia Tereszkiewicz, Stella dans le film. Magnifique de beauté, de sensibilité et de talent !
Stella évolue dans la haute bourgeoisie. Est-ce que la réalisatrice l’a fait exprès de montrer la réalité de son univers de l’époque avec ce studio personnel dans son beau manoir choyé par un majordome dédié complètement à son service privé. L’opulence feutrée de son intérieur s’oppose aux fragiles conditions de vie des autres et même au quartier où le théâtre est implanté à côté de la fac porteuse de la révolte de 68.
Néanmoins, Valeria Bruni Tedeschi montre avec sensibilité sa passion pour son métier et l’apprentissage difficile et exigeant qu’il lui a fallu pour devenir la comédienne que l’on apprécie. .
Un avis personnel mitigé pour un film certes réussi mais où mes souvenirs lyriques de ce théâtre Les Amandiers se sont heurtés à une réalité que le temps avait occultée !
Secrets de tournage
Présenté en compétition au festival de Cannes, le film n’a pas été primé.
Valeria Bruni Tedeschi a souhaité recréer l’esprit de troupe, en plaçant ses jeunes acteurs en immersion pendant six mois, les amenant petits à petits à incarner l’atmosphère de l’époque.
Elle a aussi souhaité réinterroger ses anciens collègues, comme Agnès Jaoui, pour retrouver l’atmosphère du moment.
“Je les ai recontactés un à un, on s’est retrouvé. Ça a été joyeux, j’avais l’impression étrange que le temps n’était pas passé. Ils savaient que le film serait de la fiction, qu’on allait modifier la réalité et que leurs noms n’apparaîtraient pas. Ils ont été tous très généreux dans leurs témoignages.”
Une fois, la troupe créée, Chéreau envoie ses élèves à New-York pour un stage dans l’Actor Studio.
“Chéreau nous a envoyés tout de suite, au tout début de l’école, là où se trouvait la modernité du jeu à cette époque : en Amérique, où était née, quelques années avant, la méthode de Lee Strasberg. La méthode de Strasberg a été pour moi comme une fenêtre qu’on ouvrait sur l’horizon, elle a été décisive dans mon travail d’actrice.”
Du côté des critiques
Première –
D’autres chroniques
Lilylit –
Sources
Questions pratiques
Les Amandiers
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Valeria Bruni Tedeschi
Pays : France
Durée : 2 h 6
Présenté au Festival de Cannes 2022
Sortie nationale : 1er novembre 2022
Distributeur : Charades
Bonjour Matatoune. Je le regarderai si j’en ai l’occasion mais pas en priorité, vu ce que tu en dis. Bonne journée
Oui, peut-être, qu’il te plaira 🙂 Bonne journée …
Vu hier et il m a hanté. Ecoute le podcast L ‘Hélène Bleue France Culture longue interview de Valérie Bruni-Tedeschi. Passionnant. Aussi sur YouTube extrait de Platonov à Avignon et interview de Chereau. Chroniqué sur mon blog Toiles nomades.
Oui, j’ai aimé la petite phrase de Laure Adler dite à plusieurs reprises “Pauvre petite fille riche” dans l’heure bleue. Dans l’extrait de Ina sur Platov et Chereau parlant de son travail , j’ai retrouvé intact le plaisir qu’on avait à assister à un tel spectacle. Merci. Seulement, l’attitude de Chereau dans le film en gourou et ce raccourci à la fin pour forcer tout le monde à jouer …Quelle violence ! Je crois qu’on pouvait les faire jouer mais en leur parlant d’une autre manière…Enfin… Je ne vais pas refaire le film 🙂
J’avais entendu Agnès Jaoui dans une interview sur un autre sujet, dire que ses années aux amandiers avaient été pour elle presque un calvaire car Chéreau ne l’aimait pas. Et cette image ne m’a pas donné envie de voir ce film.
Dans le film, une jeune femme refuse l’attitude de Chereau et lui fait savoir! Si c’était Agnès Jaoui qui faisait partie de la même promotion, alors je suis confortée dans mon jugement … Maintenant, aucun metteur en scène ne pourrait se comporter comme Chereau et son acolyte le font dans le film … Mais, pour la réalisatrice aucune interrogation ne transperce dans son film … ???
en plus, belle brochette d’acteurs avec une réalisatrice sensible aux mouvements des êtres, alors je le note
Oui, il devrait avoir bcp de succès 🙂
J’étais une admiratrice de Patrice Chereau et je ne savais pas qu’il avait ce type de relations malsaines avec les acteurs. Malgré tout ça me plairait bien de voir ce film qui doit être vraiment intéressant comme reconstitution de ce milieu théâtral.
C’est un film à voir, bien sûr. Mon ressenti vient de la déception sur le personnage Chereau, très bien interprèté, pourtant ! Difficile de regarder nos engouements avec les lunettes du présent …
Le monde du théâtre m’est complètement étranger. Je comprends ta déception, c’ est parfois désagréable de voir l’envers d’une médaille qu’on apprécie. Bonne journée
J’ai très envie de le voir 🙂 Merci
Je lirai votre retour avec plaisir !
Il n’est pas encore sorti ici. J’ai hâte de voir un nouveau film de Valeria dont j’adore les films.
Je n’ai connu que la fin du règne de P. Chereau ( question de ‘français ‘ mal maîtrisé à l’epoque) et surtout la période JP Vincent…. et j’habitais du côté de Vincennes ( Bagnolet)… et de la Cartoucherie.
Moi c’était, à l’époque, à l’ouest, à Boulogne avec au début Vielhescaze qui après a été sur Auber et Grenier ensuite . Alors , Chereau c’était le graal 🙃
Ça a bien changé depuis…..!