Laure Adler – La voyageuse de nuit

Rentrée littéraire 2020

Essai

@vagabondageautourdesoi

Sa culture et sa vision du monde permettent à Laure Adler dans son nouvel essai « La voyageuse de nuit » de parler de la vieillesse. A l’aide de références littéraires et historiques, elle dresse un savoir-vivre de ce que devrait être la vieillesse dans notre monde moderne.

Plutôt punkette que mondaine, âgée de soixante-dix ans, Laure Adler réfléchit à travers « La voyageuse de nuit » sur ce que le terme de vieux /vieille recouvre dans notre Europe, elle aussi bien âgée, qui préfère reléguer plutôt qu’intégrer (mais ce n’est pas le seul groupe social qui subit ça).

Dans « La voyageuse de nuit », Laure Adler décrit comment la vieille fait plus peur que le vieux. Depuis la nuit des temps, elle est accusée de donner la maladie avec sa ménopause. De plus, lorsqu’elle n’est pas sous l’autorité d’un mari ou d’un frère, elle est souvent associée à la folie ou la sorcellerie. Encore en Inde, actuellement, une veuve est déclarée responsable de la mort de son mari. Elle est répudiée dans une grande misère en dehors de son village.

En annonçant qu’en maison de retraite, il y a deux hommes pour huit femmes, Laure Adler aborde aussi le sujet de la sexualité. Elle rappelle qu’il peut exister d’autres voies : Une loi autorise les assistants sexuels en Suisse depuis 2017. Des pancartes sont suspendues aux portes des chambres de maison de retraite avec écrit « Ne pas déranger  » au Danemark. Il existe des « chambres d’intimité » au Québec. Des robots « sexuels  » au Japon.

On mesure la lourdeur du tabou en France. Les revues scientifiques commencent à aborder ce sujet mais rien ne change dans les institutions et dans les mœurs.  Avec la pandémie du Covid, le sujet n’est pas primordial puisque la liberté n’est pas reconnue aux habitants des Ehpad.

Un détail qui m’a fait sourire amèrement concernent les camps Sun City qui ont vu le jour dès 1960 en Arizona puis maintenant dans tous les États-Unis. Le même entrepreneur aurait construit aussi les camps d’internement pour Japonnais pendant la seconde guerre mondiale…

Cet essai ne donne pas de solution. Il propose des pistes de réflexion où le lecteur pioche ce qui lui semble intéressant. Une cinquième branche de l’assurance maladie est en cours de création qui concernera la dépendance. Un rapport pourrait obliger les retraités à en abonder le fonds, en oubliant ce qui fait le fondement de notre système de santé, la solidarité ! A méditer …

Alors nos représentations doivent évoluer. Actuellement, 700 000 personnes vivent en Ehpad. Laura Adler dénonce la prise en charge des établissements à but lucratif, c’est à dire ceux qui font du bénéfice sur le prix de journée de leurs résidents. 80 % des personnes sont en institution et heureuses avec l’aide d’aidants familiaux ou professionnels.

« La voyageuse de nuit » est un essai de Laure  Adler, elle-même considérée comme sénior, qui dresse un état des lieux de la vieillesse en Europe, mais surtout en France, en passant par les représentations qu’il faudra combattre pour donner une place citoyenne au grand âge.

 

Merci #NetgalleyFrance et @EditionsGrasset @LaureAdler pour #Lavoyageusedenuit

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bVieillesse, silence assourdissant. Vieillesse, désespoir hurlant. Vieillesse, pourtant, sujet vital, sujet principal qui nous concerne tous, quel que soit notre âge. Vieillesse citoyenne. Vieillesse bienveillance. Vieillesse, don de soi. Vieillesse : éminent principe de droit qui conditionne notre rapport aux autres. Nous sommes toutes et tous en droit et en capacité de vouloir devenir vieilles et vieux sans avoir à être jetés aux poubelles de l’histoire postmoderne.

Cette mise hors jeu symbolique de notre devenir est inquiétante à plus d’un titre : politique, économique, social , mais aussi pour la définition et la compréhension de ce que veut dire vivre, être au monde.

Des choses vues, pour citer Victor Hugo qui a si magnifiquement parlé de la vieillesse, il y en aura dans ce texte, qui s’apparente plus à un carnet de notes, à un vagabondage amoureux au pays de la littérature et de la poésie, à une enquête dans les lieux dits de  » retraite » ouverte au charme des rencontres et au hasard des questionnements qu’un livre savant.

En fait, j’ai tous les âges à l’intérieur de moi et, sur mon visage, celui que les autres me donnent. Ce n’est pas moi qui décident.

Nous sommes sans cesse infiniment jeunes et vieux en même temps, infiniment fins que nous sommes, diminués par l’absence de croyance en nos possibilités.

Reculer la mort, adoucir la vieillesse, réintégrer cette classe d’âge, autrefois respectée dans le contrat social, est une nécessité.

La vieillesse comme un engagement vis à vis de soi-même, tenir bon malgré les embûches et ne jamais se plaindre. (…) Cela suppose un humour certain, une santé de fer, du courage, une prise de distance. La vieillesse ni comme un destin tragique, ni comme un ensommeillement généralisé, mais comme un art de vivre.

Reculer la mort, adoucir la vieillesse, réintégrer cette classe d’âge, autrefois respectée dans le contrat social, est une nécessité.

Désir mais aussi volonté de parachever son existence. Ne pas se laisser piéger par l’âge, récupérer comme on peut de l’énergie pour éprouver l’impression que recommencer chaque jour à vivre vous tiendra en haleine.

 » La vieillesse est une voyageuse de nuit : la terre lui est cachée ; elle ne découvre plus que le ciel . » Chateaubriand

Les EHPAD ne sont pas des garderies.

En espagnol on ne dit pas les retraités, on dit les jubilados, les jubilants, ceux qui sont entrés dans la jubilance de la vie

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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La voyageuse de nuit – Laure Adler
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La voyageuse de nuit – Laure Adler
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La voyageuse de nuit – Laure Adler

La voyageuse de nuit – Laure Adler

Éditeur : Grasset

Parution : 16 septembre 2020

EAN : 9782246826019 Témoignage

Lecture : Août 2020

Littérature contemporaine 2020

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14 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. C’est une belle chronique et un sujet qui me touche, pour moi un peu et beaucoup pour mon père et mon ex belle-mère, 87 et 84 ans… Il y a beaucoup de choses à dire et à faire…

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