murène – Valentine Goby

Prix Sport Scriptum 2019

Prix Solidarité – 2019

@vagabondageautourdesoiJ’ai longtemps tourné autour de ce roman « murène » de Valentine Goby, sachant que sa lecture serait nécessaire mais difficile. Alors, j’ai pris mon temps et j’ai eu raison.

Valentine Goby a décidé de raconter l’histoire du handisport en partant de « l’idée du manque et de déficience vers l’idée d’accomplissement ». Dans les années cinquante, François Sandre a 22 ans et plein de vie dans son corps. Un accident et d’un coup, il ne reste plus de lui qu’un noyau. Le reste, il ne l’habite plus, ne se souvient plus des quelques heures d’avant comme si son cerveau voulait le protéger. Ne reste que la douleur de devoir dépendre de quelqu’un pour manger, boire, s’habiller, se laver les dents, se mouvoir, porter, etc. Il est amputé des deux bras et aucun moignon pour y placer une prothèse, juste une sorte armure pour faire comme si. 

« On n’est pas dans la résilience mais dans la métamorphose » dit Valentine Goby. Avec quelle justesse, quelle connaissance, quelle sensibilité, Valentine Goby décrit les différentes étapes que son héros traverse: en petites victoires et grands désespoirs, François se découvre un autre en devenant murène! Caché aux yeux des autres, sa bouche devient son univers sensoriel  tout en assurant sa préhension et l’ondulation de son corps, sa mouvance dans l’eau.

Tout est abordé: la douleur d’une mère, la culpabilité du chirurgien, la soignante qui permet la renaissance, l’acceptation, la reconstruction (pas un long fleuve tranquille), la rencontre avec l’amputé de naissance, la vie sexuelle, le suicide, les débuts de l’ergothérapie, le rôle des associations…

Mais là, où je suis restée souvent perdue dans mes émotions, le nez levé pour reprendre souffle, c’est sur la justesse de l’évocation des ressentis de François. A aucun moment, le ton est déplacé, le récit exagéré et la plume baignée de voyeuriste. Je n’avais rien lu sur la genèse de ce livre, comme je fais d’habitude.  Et tout au long du livre, je me suis demandée si c’était l’histoire de quelqu’un de proche (père ou ami). Non, c’est le fruit d’une préparation sérieuse et d’une empathie rare.

Je viens de découvrir l’écriture de Valentine Goby. Sûre que je saurais la suivre dorénavant! Je viens de découvrir François Sandre, son héros de littérature qui est inspiré de tous les Etienne, Amada, Mariamah et de tant d’autres que j’ai connu, tant il est réaliste dans son humanité. Natation, foot fauteuil, sarbacane, peinture à la bouche ou tir à l’arc, l’implication est la même: ne pas devenir invisible, reprendre pied dans sa vie et donner à voir aux autres le meilleur de soi-même. C’est valable pour chaque humain de ce monde, avec peut-être en plus l’art du Kinsugi, cet art japonais ancestral qui invite à réparer un objet cassé en soulignant ses cicatrices de poudre d’or…

Roman paru pour la rentrée littéraire 2019, d’autres blogs en ont déjà parlé (en espérant que je n’oublie personne !) :

Alex Mots à mots  , Au fil des livres , Agathe the book  , Des bulles et des mots  ,  , Les livres de JoëlleLes lectures de Claudia ,   Le blog de Krol Lire sous le tilleul Les mots de la fin  , Lire au litLes livres de K79 , Mes échappés livresques , Nadège, Les mots de la fin   , Page après page , Sur la route de Jostein

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bAux familles on affirme, après l’avoir asséné aux futurs médecins, que l’ablation prépare l’appareillage, elle n’est pas un échec mais le début d’une autre vie.

Elle est banale, cette illusion que le courage est du côté de l’aidant.

Appareiller, il l’enseigne, c’est tenter de rapprocher les mouvements extérieurs des mouvements intimes, raccorder le désir à la technique.

Le pire est passé, avait écrit Robert il y a plusieurs semaines, persuadé que survivre était le plus grand défi. Vivre exige un effort colossal.

Il s’est dit que pour ce civil la guerre commençait là et serait sans armistice.

François a des Jacks à la place des bras. Tous les jours on ampute François et des fantômes convoquent les manques, histoire qu’il en soit sûr: Il est foutu.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

murène – Valentine Goby

Éditeur : Actes sud

Parution : 21 août 2019

ISBN : 2330125364

Lecture : Novembre 2019

10 commentaires

    • C’est un livre sur une métamorphose et c’est super bien écrit ! Bonne préparation des fêtes.

    • Cela arrive. Cela dépend de tellement de chose : du moment, du lieu et surtout de son ressenti . En tout cas, bonne soirée

  1. Ce doit être assez dur a lire car ces personnes souffrent beaucoup avant l’acceptation mais fort enrichissant pour nous qui nous plaignons facilement de tout et rien au moindre petit bobo….Merci d’en parler je prend note

  2. Quelle magnifique chronique. Tu me donnes envie de lire ce livre. Je suis infirmière dans un centre de soins pour personnes handicapées et je suis vraiment très intéressée par cet ouvrage.
    Bonne journée

    • Alors un peu dans le même domaine… Ravie. Mais, si la lecture pour toi est un dérivatif, une manière de te changer du quotidien, alors épargne toi. Ce livre te plongera dans la douleur et la souffrance de tes patients, et franchement, pour rester professionnel, il faut savoir se protéger. Car la lecture fut difficile tant le talent de Valentine Goby est important à restituer les émotions de François. Bon courage en tout cas.

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