Modèle vivant – Joann Sfar-

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« Modèle vivant » raconte le quotidien d’un professeur de BD à l’École des Beaux-Arts de Paris. Ça vous rappelle quelqu’un ? Et, oui, Joann Sfar se raconte!  il profite de la venue de la Ministre de la culture sur le sujet épineux du harcèlement et des différences de genre pour commencer son propos autour de la perception du corps dans le métier de dessinateur.

Joann Sfar parle du regard à poser sur un modèle, différent s’il est homme ou femme, de la difficulté de dessiner lorsque l’affect est présent, de la difficulté de raconter ce qui se passe de cette relation sans s’attirer avocat et procès, et encore bien d’autres choses de la vie quotidienne d’un professeur confronté chaque jour au corps, à sa représentation, à sa place dans nos vies et aux études d’art, etc.

J’ai découvert Joann Sfar lors de sa présentation sur le Facebook live de chez Albin Michel pour la rentrée littéraire. J’ai été séduite par son sourire et sa façon d’être ouvert. J’ai retrouvé dans son écriture la même bonhomie, la même rondeur, une ironie et un certain humour.

Il faut accepter de se laisser guider dans les méandres de son propos, sauter quelque fois du coq à l’âne, y revenir quelque pages plus tard, s’étonner de découvrir après une pirouette un point d’explication sur son travail de dessinateur qui d’un coup éclaire sa démarche de créateur, tout cela en racontant le quotidien.

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bLe livre est l’objet fétichisme ultime : on tourne la page, comme si on soulevait une jupe, sauf que le dévoilement ne vient jamais. Lire, c’est dévoiler l’objet du désir pour s’apercevoir que le voile est toujours là.

Puis nous avions parlé de nos métiers respectifs. Ils ont en commun de feindre l’intime. Elle montre son corps et moi je raconte ma vie. C’est ambivalent à chaque seconde, nos boulots.

Moi je suis comme elle, si on me dessine maigre, ça me vexe, je fais mon poids, je l’ai gagné, chaque kilo que je ne suis pas parvenu à perdre, ça a été un combat. Alors si on me mincit je pense qu’on me rejette pour ce que je suis. En revanche j’aime bien qu’on me dessine aussi gros mais un peu plus ferme, avec moins de sueur, moins de poils, moins troll, plus orque épaulard.

Nous sommes lus par des lecteurs informés, spécialistes, à qui on ne peut plus ni faire la morale ni raconter des bobards. On ne peut plus faire croire que Tintin ce n’est pas Hergé.

Quand on sacralise le théâtre, on ne peut pas donner aux vœux prononcés à l’église trop d’importance, ce serait abdiquer devant la concurrence.

Cette gymnastique superbe du dessinateur asiatique qui regarde d’abord la montagne puis lui tourne complètement le dos avant d’esquisser le moindre trait, étonnamment, c’est ça que j’appelle  » présence du modèle » . Je te vois. Je ferme les paupières. Tu es encore plus présente maintenant et je peux envisager de te dessiner.

L’acte de foi du dessin d’après modèle emporte dans le papier ou la toile de vrais éclats volés a !a vie. Comme si on foutait un grand coup de marteau dans l’os du genou et que des esquilles de cartilage traversaient la peau et allaient se fourre dans nos yeux.

a noter

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Modèle vivant – Joann Sfar

Éditeur: Albin Michel

Parution : Août 2018

ISBN : 9782226437584

Lecture : Septembre 2018

11 commentaires

  1. Merci pour ta présentation car c’est vrai que ce doit pas être évident de nos jours ou on attaque pour tout et rien! Bisousssss

    • C’est vrai que maintenant le principe de précaution prend une telle importance que l’on n’accepte plus de ne pas contrôler tout! Bonne soirée

  2. J’aime bien les résumés que tu fais de tes lectures et les citations que tu chosis. « Elle montre son corps et moi je raconte ma vie ». Ces phrases toutes simples qui parlent tant.

  3. J’avais vu aussi sa présentation chez Albin Michel, c’est bien d’avoir votre ressenti sur ce livre qui me donne envie de le découvrir à mon tour 😊

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