Leïla Slimani – Assaut contre la frontière

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Quel texte ! Quel plaisir de découvrir les mots de Leïla Slimani qui nous parle de ce qui fait notre humanité : notre langue, ce langage que Roland Barthes décrivait comme l’art de « glorifier« , « d’embellir » ou de « dépecer » « le corps de sa mère » ! Alors, lorsque l’écrivaine nous confie son regret de ne pas parler la langue de son père, l’arabe, on comprend qu’il s’agit de transmission mais également de frontières.

Au cœur du projet républicain se situe la langue universelle. Celle-ci fonde notre citoyenneté. Seulement, Leïla Slimani souligne que la langue est facteur d’exclusion, pour celui et celle qui le parle, mal ou pas.  Et elle sait de quoi elle parle. Depuis 2017, l’écrivaine est ambassadrice de la francophonie. Alors, « la créolisation de la langue française« , elle la trouve « drôle, poétique, inventive. »

Évidemment, ce n’est pas le courant actuel. Alors, la langue forge des frontières, de plus en plus insurmontables. « Et il y avait six murs frontières dans le monde en 1989 et il y en a plus de soixante-quinze  aujourd’hui« . Et plus loin, ce cri que je reprends à mon compte : « Où est-il, à présent, l’assaut contre la frontière ? »

La littérature ?

Leïla Slimani alerte car la littérature « a de plus en plus de mal à jouer son rôle« . Précisément, elle signale les bibliothèques américaines. Il paraît qu’un pasteur a même brûlé des Harry Potter ! Jusqu’où va la haine de l’autre et la volonté d’imposer un récit tronqué et faux !

Et lorsqu’on parle de langue, une écrivaine nous conte la littérature.  Alors laissons-lui la parole: « La littérature est le seul art capable de nous immerger à ce point dans une conscience, de nous faire voir la vie de l’intérieur et, ainsi, de nous révéler que les gens ne sont jamais tout à fait ce qu’on croit qu’ils sont. La littérature c’est le lieu de l’intime, des identités subjectives, insaisissables, construites à partir d’une infinité d’émotions et d’expériences. Elle ne délivre pas de message, pas de mode d’emploi, elle est allergique au dogmatisme et aux opinions figées et malgré ça, ou grâce à ça peut-être, nous avons l’impression qu’elle nous aide à vivre. Elle accompagne nos doutes, elle les nourrit et nous apprend à nous méfier des certitudes qui isolent et enferment. » Et c’est pour cela que nous lui consacrons autant de temps.

En quelques mots

L’essai « Assaut contre la frontière » célèbre la puissance de la langue chez Leïla Slimani, qui interroge identité, transmission et frontières. Elle regrette de ne savoir parler l’arabe et dénonce une langue pouvant exclure. Défendant une francophonie créolisée, elle alerte sur la montée des murs et le recul de la littérature, pourtant essentielle pour comprendre l’autre et nourrir le vivre-ensemble.

Puis quelques extraits

Puis ce paradis multilingue, s’est fracturé et j’ai compris, en grandissant, que je vivais dans un monde traversé par des frontières, entre les classes sociales et entre les langues.

Ce corps immobile, ce corps entravé, emprisonné, ce corps mort, ce corps de la langue que je ne parle pas. Peut-être que je n’ai fait que ça. Tenter de trouver ma langue, de trouver mes mots pour prouver mon innocence.

Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci: Pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ?

La fiction, c’est à la fois une façon de prendre la réalité au sérieux et d’en exprimer la non-nécessité. Rien n’est sacré au point de ne pouvoir être détourné, moqué, réenvisagé.

Les livres nous donnent soif de liberté et d’absolu.

Et, encore,

Et il me semble que lire, écrire, c’est protester contre les insuffisances de l’existence, c’est dire que nous ne sommes pas les esclaves du réel, que nous n’avons pas à le subir, qu’une autre réalité est possible.

Il y avait six murs frontières dans le monde en 1989 et il y en a plus de soixante-quinze aujourd’hui, dont certains construits récemment en Bulgarie, Hongrie, enfin, entre les États-Unis et le Mexique. Où est-il, à présent, l’assaut contre la frontière ?

Là encore, il faudrait faire assaut contre les frontières qui continuent de séparer un pseudo- centre – la France- de la périphérie.

La langue pure n’existe pas, elle est un fantasme politique, une fiction.

À mes yeux, la littérature est précisément ce lieu où on peut se défaire de son identité sociale, ethnique, de son genre, de ses préjugés.

Or, l’universalisme auquel j’aspire ne nie pas les différences entre les êtres humains mais considère que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous distingue et que l’orgueil d’être différent ne doit pas nous empêcher d’être heureux ensemble.

J’écris dans une langue pour en raconter une autre.

Ici en bref

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Leïla Slimani – Assaut contre la frontière

Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 19 mars 2026 – EAN : 9782073152930 – Lecture en mars 2026

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11 commentaires

    • Moi, cela fait le second que je lis. Et je ne suis pas déçue ! Des positions qu’il est utile de rappeler aujourd’hui ! 🌸

    • Oui, mais là, elle veut combattre tous ceux qui ont été, par exemple, gêné, pour pas dire plus, qui ont entendu Aya Nakamura devant l’institut de France chanter.

    • Ici, c’est un pamphlet pour la diversité du parler français et de ce qu’est une langue dans une famille dont on en parle plusieurs.
      Sa trilogie est à découvrir avec le dernier très réussi !
      Merci d’être passé de nouveau ici 🌸

    • Non, je n’ai pas trouvé. C’est une belle réflexion sur la langue et la littérature.
      Bon week-end 🌸

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