
Pour la première fois, une exposition monographique sur l’enfance est constituée pour le trois centième anniversaire de la naissance de Jean-Baptiste Greuze intitulé L’enfance en lumière. Au XVIIIᵉ siècle, Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) est un peintre extrêmement connu et reconnu.
Très proche de Diderot et de Rousseau, il met en scène les nouvelles idées philosophiques concernant la famille et l’implication des parents dans l’éducation de leurs enfants.
Découvrir que sa peinture a popularisé les idées des Lumières était très instructif !
Une enfant qui joue avec un chien
Au XVIIIᵉ siècle, la société prend conscience que l’enfant doit être considéré à part entière et qu’on ne peut plus délégué l’alimentation et l’éducation à des nourrices.
Ce tableau était considéré comme perdu. Les commissaires de l’exposition l’ont retrouvé dans une collection particulière. Il illustre la fille de Jean-Baptiste Greuze de quatre ans dans son intimité avec son chien.

Titre donné par Diderot : La Petite Fille en camisole qui saisit et joue avec un chien noir.
La petite fille est montrée très cadrée avec ce ruban bleu sur le dossier du lit. Le chien et l’enfant nous regarde. Présenté au salon du Louvre, c’était un tableau adulé.
La littérature avec Émile de Rousseau publié en 1762 reprend les informations médicales découvertes à l’époque sur l’emmaillotement des bébés et l’allaitement.


La luminosité du visage de l’enfant induit une grande douceur dans l’expression. Les rubans qui virevoltent montrent le mouvement de son corps. Elle vient de se pencher pour jouer avec son chien. Au XVIIIᵉ siècle, tout le monde dort en chemise de nuit, et la petite porte un « beguin ». Le regard du chien est incroyable de présence, pourtant c’est un chien qui a trois cents ans !
Un enfant qui s’est endormi sur son livre
Je préfère ce titre à celui de Petit paresseux, qui induit un sentiment négatif pour cet enfant simplement endormi.

paresseux 1755
Montpellier musée Fabre
Jean-Baptiste Greuze a 30 ans. Né à Tournus, c’est un Bourguignon qui arrive à Paris vers 1750 et désire intégrer l’Académie. Chaque prétendant doit présenter des tableaux parmi les siens. L’artiste présente celui-ci. C’est encore une scène de genre, c’est-à-dire qu’elle évoque la vie quotidienne. La lumière vient du côté droit et la concentre sur la joue, le nez et le cou. Le fond est laissé dans l’ombre, sans aucun décor. Rien ne vient distraire le spectateur.

Jean-Baptiste Greuze prend comme modèle un enfant de petite bourgeoisie et lui donne le droit de s’instruire. Je trouve qu’il illustre parfaitement ce temps de la fatigue après la lecture, où les rêves viennent l’enrichir. Le titre évoque une lecture apprentissage. Évidemment, je préfère penser à une fiction !
« Admirateur de Jean Siméon Chardin, de Frans Hals et de Rembrandt, Greuze fait preuve d’une technicité remarquable dans ses portraits d’enfants aux teintes raffinées, qu’il s’agisse de ceux de ses propres filles (Anne-Geneviève et Louise-Gabrielle), ou de garçons comme Le Petit Écolier (1755-1757) et Le Petit Paresseux (1755)« . Beaux-Arts
Le public est d’emblée séduit. Jean-Baptiste Greuze est d’un coup reconnu. Annick Lemoine, commissaire, dans la vidéo de Scribe Accroupi explique que Jean-Baptiste Greuze retourne son pinceau pour, avec son manche, signifier l’écriture du livre.
Le Repos, dit aussi « Silence !«
L’artiste s’impose comme l’un des plus grand artiste du XVIIIᵉ siècle. Cette nouvelle scène de genre fait partie des collections privées du Roi d’Angleterre. Ce tableau est d’une extrême nouveauté. Les philosophes affirment haut et fort qu’il faut aimer les enfants; Et, ce principe se met en place lorsque la mère nourrit son enfant. La femme a trois enfants à charge et elle est parfaitement sereine. Elle semble demander à l’aîné d’arrêter de souffler dans sa trompette pour ne pas déranger les autres enfants qui dorment.

Jean-Baptiste Greuze prend position par rapport à ce nouveau concept qui oblige les mères à ne plus confier leurs enfants à des nourrices, éloignées, mais à les garder auprès de soi. Mais, comme l’illustre ce tableau, il ne s’agit pas d’une préconisation pour l’aristocratie, mais pour une famille bourgeoise.

Jean-Baptiste Greuze dépeint parfaitement l’attitude réaliste de l’aîné, obligé de différer l’attention de sa mère, qui vient d’allaiter son petit frère, enfant rosi par le contentement d’être repu. Diderot se serait exclamé : « Nous avons vu assez de culs et de tétons », pour, sous-entendu, accepter de regarder une mère allaitée. Ainsi, les Lumières inventent la notion de la famille au niveau philosophique et social. Et, l’artiste montre de cette façon le modèle à suivre.
Malgré son succès auprès du public, Jean-Baptiste Greuze ressent en 1769 un cuisant échec. Il ne réussit pas à obtenir le statut de peintre d’histoire.
La Cruche cassée

Ce tableau fut la propriété de Madame Du Barry. Cette très jeune fille semble ne pas avoir la maturité de son corps. La cruche symbolisait la virginité, comme l’œuf. Ici, elle est cassée. Avec cette cruche, le sein dévoilé, le visage dépité, le fichu mal mis, les éléments sont présents pour indiquer la représentation, à peine voilée, d’une jeune fille victime d’un viol,
« Figaro : tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin…
Bazile. Elle s’emplit » – Mariage de Figaro – Beaumarchais – 1783


La scène apparaît extrêmement novatrice pour une époque où la sexualité et les agressions sexuelles étaient taboues. À partir des années 1760, le viol commence « à être vu comme une atteinte à l’homme à qui la femme appartient« !
Dénonce-t-il ou se rend-il complice des gens, hommes et femmes, qui apprécient ce genre de scène ? Fragonard n’a-t-il pas peint Le Verrou, qui était très apprécié. À chacun de décider…

Commissaires
Annick Lemoine, conservatrice générale du patrimoine et directrice du Petit Palais,
Yuriko Jackall, directrice du département de l’art européen et conservatrice “Allan et Elizabeth Shelden” en charge des peintures européennes au Detroit Institute of Arts,
Mickaël Szanto, maître de conférences, Sorbonne Université.
Sources
Allons-y-voir – France culture
En deux mots
À l’occasion du tricentenaire de Jean-Baptiste Greuze, une exposition monographique éclaire sa vision de l’enfance au XVIIIᵉ siècle. Proche des philosophes des Lumières, l’artiste met en scène famille, éducation et maternité. Entre admiration publique, malaise personnel et scènes novatrices, ses œuvres diffusent les idéaux moraux et sociaux de son temps, artistiques et picturaux durables européens.
Questions pratiques :

Jean-Baptiste Greuze au Petit Palais
Petit Palais
#ExpoGreuze
Du 16 septembre 2025 au 25 janvier 2026
X: @PetitPalais_- Instagram : @petitpalais_musee – Facebook
Président : Christophe Leribault
1 rue de la Légion d’Honneur,
75007 Paris

Bonjour Matatoune. Je ne connaissais pas ce peintre, et j’aime beaucoup ses portraits d’enfants, pleins de douceur. Bonne journée
Oui, il fut le premier à les représenter ! Excellent week-end à venir ✍️📚🙏
Je ne connaissais pas du tout ce peintre. Tu as parfaitement le droit d’exprimer ton ressenti, un blog c’est pour avoir la liberté de dire ce qu’on veut. Bonne année, prends soin de toi.
Que j’aime ta liberté de ton ! N’empêche comme celle-ci ne repose sur rien de tangible, il est préférable quelques fois de …ne rien dire ! Excellente année. Prends soin de toi ! 😀
Je découvre cet artiste peintre que je ne connaissais pas. C’est spécial et je comprends que cela puisse troubler, mettre mal à l’aise avec ces enfants et adolescents. Merci pour cette belle présentation Matatoune 🙂📚☀️
Une belle exposition qui se finira bientôt. Merci à toi pour ta fidélité 🙏
Etonnante ta lecture des tableaux, elle pose question effectivement. J’ai toujours vu Greuze comme un gentil monsieur.
Moi aussi, ton regard m’interpelle. Je vois des portraits d’enfants d’une justesse remarquable, presque des photographies.
Il a peint les enfants de son époque, à la maison, la vie de tous les jours. Et je ne discerne rien de lubrique dans ses tableaux.
Quant à la jeune fille abusée, voire violée, je pense qu’il a voulu alerter sur ce fait de société (qui perdure malheureusement).
Oui, je regrette de l’avoir écrit. J’aiperturbévos regards et je n’en avais, absolument, pas le droit.. D’ailleurs, je vais l’ôter.
La prochaine fois, je garderais mes réflexions pour moi afin de ne pas perturber vos impressions.
Merci de cette vigilance !
Oui je n’aurais pas du perturber votre regard. Je m’en excuse. Et je retire de ma chronique cette ou ces phrases ! Merci pour votre vigilance !
Il y a un autre portrait de la fille de Greuze, elle est représentée faisant taire sa poupée. Je ne sais pas si ce tableau est dans l’exposition, mais il me fait froid dans le dos.
Je ne m’en souviens plus !
Bonjour Matatoune, ta présentation de cette exposition est très intéressante et instructive. Mais Greuze n’est pas un peintre que j’apprécie et je ressens le même malaise que toi face à ces personnages. Merci, en tout cas, une belle fin d’année à toi 🎇🌟✨️🎉🥳❄️
Oui, mais je m’en veux ( d’ailleurs j’ai supprimé mon passage) car rien de factuel justifie mon impression et j’aurais dû la garder pour moi.
En tout cas. mes vœux les meilleurs pour cette nouvelle année qui approche @ 🌟✨️☘️🤞💰📚