
Fabrice Humbert propose avec De L’Autre côté de la vie, une vision désabusée et terriblement âpre du monde, où subsiste la chaleur de l’hospitalité et des rencontres.
Un homme dont on ne saura jamais ni le prénom ni le nom tente de s’enfuir pour un exode hypothétique vers la République du Jura, territoire recommandé par sa femme comme l’eldorado dont ils ont tant besoin. Il est accompagné de ses enfants, Alexandre et la jeune Alice, qu’il tente de protéger contre les noirceurs du monde, comme la guerre civile, les meurtres, les violences, les vols, etc.
Seulement, leur protection nécessite aussi qu’il recoure à sa propre violence, lui, l’ancien avocat qui n’a jamais voulu s’engager pour un camp ou un autre. Son périple lui ouvre la réalité de sa propre lâcheté, à rester silencieux devant la désagrégation des relations humaines, à rester en dehors des soubresauts du monde, toujours concerné mais non engagé. Sa femme, Manon, dont ses enfants et lui mesurent sa terrible absence, semblait plus révoltée, du moins dans la façon dont l’homme nous en parle.
Une dystopie tellement proche de notre futur
Dans ce monde inventé, Fabrice Humbert fustige l’abandon des relations sociales, encourage les valeurs de politesse et d’hospitalité, dénonce les communautarismes de tous bords, constate l’abandon de la culture, un « royaume d’illusions perdues », l’appelle-t-il. Les petites allusions qui rappellent notre monde ne sont pas fortuites. Cette dystopie est profondément, et très malheureusement, actuelle.
Complexe est de résumer ce roman qui reprend les thèmes favoris de Fabrice Humbert, le délitement de la société et la venue de la violence, pour y introduire la notion d’amour comme celui de la responsabilité d’un père pour protéger ses enfants et leur spontanéité, à la fois physiquement et psychiquement.
Un autre personnage est important. C’est la rencontre avec un jeune homme libre, Abraham, membre d’une commune qui va aider ce père dans ce projet fou de protéger l’innocence de ses enfants. Et, à travers le périple que vivent ce père et ses deux enfants, ce sont les instants de pure méditation que s’accorde le narrateur dans la nature. La sérénité de ces moments est ainsi une source de force pour continuer le voyage initiatique.
De L’autre côté de la vie est un conte noir où la violence et l’enfance se côtoient pour à la fois s’apprivoiser et s’en protéger. Un excellent roman !
Remerciements
Aux éditions Calmann-Lévy
Puis quelques extraits

C’est toujours comme ça : l’ordre, qu’il soit bon ou mauvais, s’effondre et les pillards commencent. La société se disloque à une vitesse effarante et les hommes se dévorent entre eux, comme si nous n’avions jamais été que des animaux.
Je n’avais que mon amour à donner mais je suis sûr, encore maintenant, qu’ils en avaient besoin jusqu’à l’ivresse et que dans la destruction de toutes choses, dans l’universelle détresse, c’était la seule puissance a même de soulager leurs âmes tuméfiées.
J’ai compris que la vie consiste à recommencer. Jour après jour. Fardeau ou plaisir. On reprend le collier. Souvent, dans l’aube grise, après une nuit d’insomnie, j’ai éprouvé l’angoisse de recommencer.
La douceur triste de leurs regards le dispute à la crainte et en même temps, j’en suis sûr, il y a autre chose, juste avant la surprise et la peur, un moment de rencontre qui m’offre.. Je ne sais comment dire… l’origine peut-être.
(…) parce qu’elle était douleur et gaieté, comme les enfants de la guerre, comme tous les enfants cassés. Tout ça se paierait un jour et cette génération créera un monde étrange, un monde aussi broyé et difforme que leurs âmes, mais qui puis-je ?
Et encore,
Tous ces noms se sont si souvent détestés. L’animosité du bourg contre son voisin, d’une région contre une autre, un climat permanent de guerre civile, toujours Armagnacs contre Bourguignons, protestants contre catholiques, républicains contre royalistes, vichystes contre résistants, droite contre gauche, communiste contre sociaux traites, immigrés contre natifs, chrétiens contre juifs, juifs contre musulmans, chrétiens contre musulmans, pauvres contre riches, jeunes contre vieux, blond contre brun, roux contre blond, yeux bruns contre yeux bleus. .. Bleus contre Rouges. La guerre civile larvée est trop souvent fantasmée, comme l’épreuve ultime de rectitude idéologique. Prêt à mourir pour ses haines.
Notre guerre civile.
En fait, l’age, c’est une sorte de guerre. Un combat qu’on ne gagne jamais, qui vous ronge et vous distord avant de vous basculer dans la fosse. Le plus dur, c’est pas la fosse, c’est le combat.
J’ai cru dans la littérature comme dans une religion.
La cruauté, c’est le plaisir du mal. C’est la jouissance de la douleur. Il n’y a rien de pire en l’homme. C’est la faute suprême, celle qui conduit à la torture et à la mort, qu’on justifie de mille façons, religion, idéologie, justice toutes ces idées qui ne signifient pas grand-chose, parce que l’humain et les idées ne forment pas un couple bien clair. C’est un mal sans retour.
Si je suis persuadée d’une chose, c’est qu’il faut tout craindre de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Et encore, encore
Et pourtant, à les considérer, rivés à leur peur, j’ai compris combien les êtres inoffensifs par leur innocuité même, étaient dangereux : leur lâcheté autorise la violence.
C’est peut-être ça notre erreur : avoir construit un monde de choses, hors de la vie et contre la vie. Un monde ou seules subsistent les passions des hommes, pleines d’ effroi et de force, les passions mauvaises de l’avidité, de la haine et de l’oubli.
Comment trouveront-ils la force d’échapper à la violence ! Au temps du crime, comment ne jamais être victime ni bourreau ! J’aimerais prier, je ne sais pas prier.
Nos tourments remontent à cette période. Ce délitement progressif de la société
Parce que des monstres erraient et parce que le récit des monstres effrayait mais aussi parce que dans le sillage des monstres, les incivilités, insultes et intimidations se multipliaient.
Ici en bref




Questions pratiques

Fabrice Humbert – De l’autre côté de la vie
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Éditions Calmann-Lévy – X : @calmann_levy – Instagram : @calmann.levy – Facebook
Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782490834242- Lecture : Juillet 2025

Je ne lis pas énormément de dystopie, mais j’y viens progressivement ! Je note 😉. D’autant que ces univers imaginés ont toujours une résonance avec notre propre réalité !
Fabrice Humbert retrouve son obsession sur la violence qu’il avait déjà exploré dans son fameux L’origine de la violence et la thématique de la paternité est intéressante !
Bonjour Matatoune. Cette dystopie devrait m’intéresser. Bonne journée
Je pense que tu seras touchée par la fragilité de cet homme et son souci de protéger ses enfants.
Excellente journée !
Bonjour Matatoune, c’est très rare que je lise des dystopies mais ici le rapport du père avec ses enfants semble intéressant. Merci, Bonne semaine à toi 🌞📚🤩
Merci beaucoup 🙏. Ce roman permet à Fabrice Humbert de définir le sens de la paternité. Un roman certainement très personnel , aussi !
Pas sur de lire ce livre. Juste une question pourquoi dans votre post Fabrice devient Francis !!! Bon mois de septembre à vous et continuez vos chroniques. Bolla
Et bien merci bcp de me faire remarquer cette bizarrerie ! Je corrige de suite Merci infiniment 🙏
Excellent, peut-être, mais je n’ai pas envie de lire ce genre de livre pour le moment.
Je comprends. Il a fallu toute ma connaissance de cet écrivain pour me forcer à aborder ce thème. L’actualité est si plombante que on rêve d’autres choses !
Bonne continuation 📚
Ce livre a l’air bien sombre et ne me tente guère. Bon week end
Le sujet est difficile et nous renvoie sur nos propres peurs et notre sentiment d’être dépassé par plus fort, plus grand, plus incompréhensible ! On est obligé au départ de s’imaginer être ce père qui fuit . Puis, sa personnalité et le contexte nous embarqué dans son histoire, évidemment différente de nous. C’est ’est un très beau portrait d’un père qui souhaite protéger ses enfants, à n’importe quel prix !
Il décrit aussi très précisément l’insouciance de l’enfance qui se brise sur le réel. Bref, j’ai beaucoup aimé !
Très bon week-end 🌞