Emmanuel Flesch – Quitter Berlioz -#rl2025

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Quitter Berlioz, c’est l’histoire d’une main tendue à l’image de celle d’un professeur d’histoire géographie, qui se fait passer pour un acheteur de shit, venu braver  » la dalle  » pour dire à Younès : « tu vaux mieux que ça » ! Peut-être, était-ce le fantôme d’Emmanuel FLesch ?

Mais c’est surtout l’histoire d’une assignation sociale qu’il faut contourner, malgré tout les déterministes existants, c’est-à-dire l’origine, l’épuisement du corps d’un père, tué au travail de son usine, de la discrétion d’une mère qui aspire uniquement à préserver sa dignité, la drogue qui a dévoré son frère aîné, l’argent facile que l’on récolte contre un sachet revendu.
Alors, Quitter Berlioz devient aussi l’histoire d’une amitié, celle entre Stéphane Bailleul, blanc fils d’un ouvrier déchu et Younès Cherkaoui, intelligent, même brillant, qui petit à petit s’est perdu dans les halls de Berlioz, insalubres de trafics.

C’est l’histoire d’un amour, de celui qui fait briller les yeux jusqu’au fond de l’obscurité d’une prison et qu’il faudra reconquérir après l’avoir trahi.

Berlioz, c’est une dalle, d’un seul tenant, englobant les parkings et une dizaine de tours, de dix-sept à dix-huit étages complètes par des locaux commerciaux et une gare routière de proximité. Le quartier Paul Éluard, c’est son vrai nom, a propulsé des familles entières dans le confort, l’automatisation des tâches ménagères et un espace pour chacun de ses habitants.

Cette architecture qui fleurit avec ardeur dans les banlieues vers les années 50 était la solution à l’insalubrité des logements parisiens. Seulement, la déshumanisation du lieu renforcée par le choc économique de la fin des trente glorieuses a fait fuir ceux qui s’y étaient installés. Et le turn-over n’a fait qu’empirer un phénomène de paupérisation entretenu par les deux sociétés immobilières. Malgré quelques espaces verts, la dalle Berlioz est devenue un lieu à contourner.

Renaissance

Emmanuel FLesch raconte ce lieu et la renaissance d’un jeune homme de vingt-trois ans qui doit prendre un nouveau départ, lui dont l’univers se trouve cadenassé par un bracelet électronique, le premier à cette époque. Coursier avant, il redevient coursier après. Sauf que huit mois de prison peuvent rendre plus responsable un homme s’il trouve des appuis pour le soutenir !

Cette maturité, Emmanuel Flesch la raconte, sans fioriture ni angélisme. Seulement, cette obligation qui fait qu’un homme apprend à assumer ses responsabilités, l’écrivain y amène son héros avec le soutien de l’amitié. Quitter Berlioz est un premier coup de cœur de cette rentrée littéraire 2025 !

Remerciements

Aux éditions Calmann-Lévy

Puis quelques extraits

Le grand laminoir des Assedic l’a mis à genoux en moins de six mois. À la section, certains camarades se sont montrés plus vaillants, lui a cessé d’y mettre les pieds. Le parti plafonne à dix pour cent tandis que Jean-Marie Le Pen fait le plein chez les cols-bleus.

Deux cent dix-sept mois debout devant une chaîne de montage à emboîter des verres sur des optiques de voiture. Une paie à quatre mille francs, deux hernies discales, son horloge biologique détraquée. La rançon de l’ouvrier qualifié.

Cette gifle, il ne l’a pas méritée. Pas plus que les précédentes. À onze ans, il comprend avec une effroyable clarté d’où viennent ces coups de sang paternels, de quel gouffre de honte, de quels abîmes d’humiliation. Serge ramasse pour le gâchis d’une vie entière. Son père, c’est un tyran déchu. Une brute à la maison, dehors un pauvre diable.

Son père ne cesse de lui répéter qu’il doit être fier de sa race. Youness n’a rien contre l’idée, mais à 13 ans, il aimerait quand même que son paternel avance deux ou trois arguments, parce que de son point de vue, les Arabes, c’est quand même ceux qui balaient les trottoirs et qui maniait le marteau-piqueur, Ceux à qui on reproche les trois millions de chômeurs, ceux qui sentent la sueur en revenant du boulot. Jusqu’à preuve du contraire, songe-t-il avec amertume, les Français, ils ont quand même la meilleure part, et puis, qui est-ce qu’on ramasse dans la Zone, les yeux révulsés, une shooteuse à la saignée du coude ?

Elle ignore que la maison d’arrêt de Villepinte est devenue un dépotoir à junkies, où le manque, la violence et les caïds les soumettent à leur joug.

Et encore,

La désillusion paraît moins douloureuse quand elle est partagée.

Au fond, ce n’est pas sorcier, tenir un hall d’immeuble. Beaucoup d’esbroufe, un dress code sourcilleux. On manie l’arrogance et la décontraction avec le même naturel. On crache sur les clients. On leur sourit quand même.

Une vie entière à trimer et à raser les murs l’avait transformé en fantôme, mais chez lui, dans son salon, un orgueil intact et une rancune muette le confortaient dans son rôle de monarque déchu.

Que reste-t-il, se demanda Younès, de cet héroïsme prolétaire, à qui la France devait sa devise et son drapeau ? Rien d’autre, se dit-il, qu’un sarcophage de marbre mauve, abritant les restes pourrissants de Napoléon. Un caprice de pharaon.

Et encore, encore

Son père ne cesse de lui répéter qu’il doit être fier de sa race. Youness n’a rien contre l’idée, mais à 13 ans, il aimerait quand même que son paternel avance deux ou trois arguments, parce que de son point de vue, les Arabes, c’est quand même ceux qui balaient les trottoirs et qui maniait le marteau-piqueur, Ceux à qui on reproche les trois millions de chômeurs, ceux qui sentent la sueur en revenant du boulot. Jusqu’à preuve du contraire, songe-t-il avec amertume, les Français, ils ont quand même la meilleure part, et puis, qui est-ce qu’on ramasse dans la Zone, les yeux révulsés, une shooteuse à la saignée du coude ?

Deux cent dix-sept mois debout devant une chaîne de montage à emboîter des verres sur des optiques de voiture. Une paie à quatre mille francs, deux hernies discales, son horloge biologique détraquée. La rançon de l’ouvrier qualifié.

Les ministres, les services publics, les administrations, et jusqu’à l’Ursaff elle-même, avaient recours à des armées de coursiers corvéable et bon marché. À moins d’y être contraint par une décision de justice, l’État n’allait pas se tirer une balle dans le pied.

Mauvaise adresse, code erroné, clients absents, il y avait mille manières de supplicier un coursier.

La prison, c’était le royaume du temps mort et des jours immobiles.

Que connaît-il d’autre que Berlioz, Bobigny-Préfecture, la vie de quartier ? Rien. Le dernier mirage s’est évaporé, laissant apparaître dans toute sa nudité, et pour seul horizon, une dalle de béton.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Emmanuel Flesch – Quitter Berlioz

Rentrée littéraire 2025

Prix Georges Brassens 2025

Instagram : @emmanuel.flesch

Éditeur : Éditions Calmann-Lévy  X :  @calmann_levy – Instagram : @calmann.levy – Facebook

Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782702188972 Lecture : Juillet 2025

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4 commentaires

  1. déjà des livres de la rentrée ! sujet grave, je vis dans une ville où ces »dalles » sont de vrais coupe-gorge et qui en font des repaires pour les malfrats de tout calibre.

    • Berlioz est un vrai quartier de Bobigny, à certaines heures aussi des lieux infrequentables . Emmanuel Flesch enseigne dans mon département et j’avoue que son roman m’a bcp touchée. Je devrais certainement en reparler en septembre à partir d’une rencontre organisée par ma librairie préférée !

    • Ce ne sont que des choix très personnels, des repérages faits à partir des présentations des éditeurs. Le bouche à oreille nous en fera découvrir certainement bcp d’autres. De ceux dont on n’avait pas d’attirance, mais après lecture de plusieurs avis , deviendront indispensables, d’autres qu’on n’avait même pas vu leur parution. Et puis, le petit jeu de l’automne, les pronostics pour les futurs prix. Seulement, cette année, le Goncourt est presque déjà attribué à Emmanuel Carrère avec son Kolkhose qui ne paraîtra que le 4 septembre 🤣. Heureusement, il y aura tous les autres 😉

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