Philippa Motte – Et c’est moi qu’on enferme

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Dans ce récit autobiographique, Philippa Motte met des mots sur la phase maniaque de sa bipolarité qui l’a conduite à son troisième séjour en hôpital psychiatrique, à Sainte-Anne précisément.

De son internement sous contrainte à la demande d’un tiers à sa sortie, Philippa Motte présente dans un langage simple et accessible cette expérience qu’on ne souhaite à personne. Une phase maniaque a été rarement décrite, sauf à la célébrer de façon romantique !

Car, avant tout, il s’agit de souffrance, même si le comportement effronté, d’une personnalité carburant à 150 à l’heure, peut faire sourire. En racontant ce qu’elle appelle sa « Guerrière », elle rend compte de cet état délirant. Elle décrit aussi la difficulté à quitter cet état qui pour elle se manifeste par, en plus, une création, concernant tous médium, assez fantastique.

En ce qui concerne la contrainte

L’Autre aspect très particulier de ce récit est de nous faire percevoir ce que la contrainte, associée aux puissants médicaments, produit au fil des jours. Philippa Motte raconte son quotidien, ses rencontres, les relations qu’elle établit dans le monde si particulier de l’hôpital psychiatrique. Elle décrit surtout son impuissance à entrer en relation avec des soignants, sauf l’infirmière de nuit qui ne semble « pas suivre les consignes ». Cette déformation du réel qu’introduit la maladie est une notion essentielle dans la compréhension de cette phase.

Sa cure décrite de façon très précise est un élément essentiel à la compréhension de cette maladie si particulière, faisant passer de phases d’excitation à des phases de dépression si importante, l’équilibre impossible souvent! Le rythme décrit, toujours le même, qui ponctue des journées où le temps s’étire sans pouvoir en changer, permet avec les médicaments, de calmer les excès. Seulement, la lecture de ce récit est difficile, tant le lecteur est prié de prendre sa narration au pied de la lettre.

Le récit Et c’est moi qu’on enferme montre combien les explications rationnelles des soignants, même si elles sont revendiquées par la personne internée, ne sont pas assimilées. C’est encore un signe de la maladie psychique.

Rencontre avec ses pairs

Le récit qu’elle fait des autres malades est assez exemplaire. À la contention non admise, pour calmer la manie, elle oppose une grande humanité envers ses collatéraux, partageant la même situation. Il y a dans la description de ces rencontres, une acceptation, sans condition, de l’autre, dans sa réalité du moment, sans jugement. Une très belle leçon de sociabilité, à méditer !

Lorsqu’enfin la « Guerrière » acceptera de baisser ses griffes, Philippa Motte pourra changer de service et s’ouvrir à des visites. Elles lui permettront de retrouver, non seulement sa place de maman, mais aussi de fille et de femme, en fait, sa place sociale, tout « simplement », parmi le monde, sans mise en danger pour elle-même, ni pour autrui.

En conclusion,

Philippa Motte ouvre une réflexion sur les dispositifs de formation universitaires, notamment sur la manière dont le patient devient objet d’étude, sans recueil de son consentement, sous prétexte que son esprit est momentanément hors jeu !

Reste que Et c’est moi qu’on enferme est un récit particulièrement fort pour comprendre la bipolarité, non du versant de la dépression, mais, sur son revers, la manie. Le récit de Philippa Motte devient ainsi essentiel, terrriblement louable et même indispensable.

Pour aller plus loin

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Le jour où ma mère m’a tout raconté

Puis quelques extraits

L’ inquiétude que m’inspire le monde ne m’a jamais empêchée d’être sociable, souriante et joyeuse. J’ai toujours eu des amis.

Les malades psychiatriques que je rencontre comptent dans leur rang, pour certains, ce que le monde produit de mieux en matière de tendresse et d’originalité.

Le pyjama bleu du malade psychiatrique, c’est la combi orange du prisonnier américain.

Chaque contrainte, chaque interdiction renforce le sentiment féroce et effrayant qui m’habite que ces gens sont mes geôliers et rien d’autre.

La folie me donne l’art. Quand elle s’en va, elle me le reprend.

Tout est fondé sur la contrainte. Contrainte d’être là, contrainte du traitement, contraint du lever, contraint du coucher. Soumission, contrainte, permissionpoint je n’ai nulle part où aller, aucune autre possibilité que de rester là à les attendre.

En voyant jusqu’où ils sont capables d’aller, je comprends que la logique de contrainte à laquelle nous sommes soumis n’a pas de limites.

Et encore

Le cœur bat, le corps bouge, la pensée et la sensibilité semblent nécrosées à jamais. La dépression est une grande mythomane qui s’immisce dans l’esprit de sa victime, la juge, la fait tourner en rond dans des ruminations incessantes. Elle suscite le mépris de soi et fige l’individu dans une angoisse si forte qu’elle le coupe du monde et du sens de la vie, Elle s’acharne dans une logique de deigrement qui semble ne jamais devoir prendre fin.

Je crois que beaucoup de gens restent bloqués à la phase qui précède cette prise de conscience. Continuer d’halluciner, pour ne pas se cogner à la violence de la réalité. Réalité d’avoir délirer. Réalité des comportements que cela a engendré. Réalité de la lecture médicale. Réalité du regard de la société.

Dans ces cas-là, la frontière est très mince entre le statut de victime et celui de bourreau. Il n’est aucune maladie qui fasse passer aussi vite de l’un à l’autre aux yeux du monde.

Ici en bref

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Du côté des critiques : France inter

Questions pratiques

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Philippa Motte – Et c’est moi qu’on enferme

Instagram : @philippa_motte

Éditeur : Stock – X : @EditionsStock Instagram : @editionsstock – Facebook

Parution : 7 mai 2025 – EAN : 9782234097681 – Lecture : Juillet 2025

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22 commentaires

  1. Un récit/témoignage qui semble permettre aux lecteurs de réaliser ce qui se cache derrière une maladie dont on connaît le nom médical mais dont on ne sait finalement pas ce qu’elle signifie vraiment pour les personnes qui en sont atteintes. Merci pour cette découverte.

    • Il est urgent de parler de maladie mentale. Ici son témoigne est essentiel ! Merci à toi d’être présente ici

  2. A very honest and straightforward account of an experience that’s rarely described so directly. The book raises important questions about the manic phase of bipolar disorder and how psychiatric institutions handle patients. No dramatization, but full of insight. 🧠📖🕊️

    • Yes, absolutely. Her testimony is particularly important in describing the manic phase of bipolar disorder. It took a lot of courage for her to open up like this! Thank you for stopping by.

    • Ah oui, tu as raison! Quel courage de se mettre à nu de cette façon. Mais, combien il nous permet d’essayer de comprendre les ressentis des personnes atteintes .
      Bonne continuation et bel été 🏖

  3. Un sujet passionnant car tout ce qui touche à la maladie psychique me parle. C’est une maladie psychique terrible. Témoigner de la bipolarité demande un sacré courage car aujourd’hui encore la stigmatisation est bien réelle. C’est la même chose pour la schizophrénie d’ailleurs. Merci Matatoune pour la belle présentation de ce livre 🙂☀️

    • Oui, il faut en parler pour que cela fasse moins peur et que chacun.comprennecqu’il s’agit de souffrance terrible ! Merci à toi pour cette si grande bienveillance !
      Très bonne continuation 🏖

  4. Il y a une si grande incompréhension autour de la maladie psychique… les livres sur ce sujet sont toujours bienvenus, pour aider à cette compréhension. Merci de cette présentation 🙏 Bonne journée à toi Matatoune 😊

    • Oui, elle fait peur et nous déstabilise. Seulement, il est temps d’essayer de changer nos représentations. Ce livre est une pierre sur le chemin de la reconnaissance. Quel courage il faut pour écrire sur soi, ainsi ! Bonne continuation 🏖

    • Son thème est très particulier. La maladie mentale qu’elle a déjà abordé dans son premier roman avec la figure de Lily revient ici en racontant son expérience de l’internement sous contrainte. Pour moi, un récit essentiel en cette année dite de la maladie mentale.

    • Je peux comprendre, mais le sujet rejoint le dernier de Franck Thilliez qu’il me faudrait découvrir 🏖

    • Oui, elle était rayonnante et combative, l’autre face de la même maladie dont le journaliste placée en face d’elle racontait la version dépressive !

  5. Cette thématique m’intéresse beaucoup, je le note. Les questions éthiques sont importantes, parfois la contrainte est nécessaire pour protéger le malade et ses proches, car il ne se met pas en danger seul. Bonne semaine

    • Oui bien sûr. Je suis étonnée que certains lecteurs prennent au pied de la lettre son ressenti …C’est comme si on contraignait une Ferrari lors d’un démarrage au feu, ça rugirait et bien, elle aussi, sauf qu’elle peut aller dans un mur directement ou faire du mal, sans le vouloir consciemment, à des membres de son entourage !
      Bonne semaine 🏖

    • Un récit difficile mais à mon avis nécessaire. J’attends ton avis, alors !

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