
Douzième film de Wes Anderson, présenté à Cannes en compétition, mais qui repart sans aucune distinction, The Phoenician Scheme est à la fois extraordinaire et loin de combler les attentes. Comme souvent avec ce réalisateur, on ressort plus étonné que comblé, plus interrogatif qu’apaisé, plus bouleversé qu’enthousiaste.
Un homme d’affaires richissime, Zsa-Zsa Korda (Benicio del Toro) est victime de sa sixième tentative d’assassinat. Il décide de faire de sa seule fille, Sœur Liesl, (Mia Threapleton) sa légataire universelle. Celle-ci veut devenir nonne après avoir été placée à l’âge de 5 ans dans un couvent à la mort de sa mère. Zsa-Zsa et Liesl ne se connaissent pas.
Accompagné d’un tuteur, Blorn Lund (Michael Cera), passionné d’insectes, le couple doit défendre l’empire financier après l’augmentation des rivets, orchestrée par un conglomérat qui souhaite la mort de Zsa-Zsa.

Un tour du monde intéressé
Il va s’agir pour eux de faire le tour de cinq grands investisseurs pour leur demander de donner plus pour finir un chantier pharaonique dans une région du monde inculte. (Clin d’œil au colonialisme nauséabond du passé, mais que Trump remet au goût du jour avec son futur pour Gaza !) Seulement, l’œuvre de Wes Anderson est politique sans l’être, absorbant les vicissitudes du monde sans s’y arrêter vraiment.
La récolte de fonds, Zsa-Zsa la jouera à coup du hasard (sorte de pile ou face économique avec du basket, cela aurait pu être du golf !). Mais aussi avec une transplantation de sang, des terroristes achetés (le capitalisme vient à bout de toutes les idéologies), de liens amoureux…Sœur Liest cherche à connaître la relation qui existait entre Zsa-Zsa et sa mère, les raisons de son assassinat et la personne commanditaire.

Une rencontre entre un père et une fille
L’économie va passer au second plan, devant la relation grandissante entre la fille sur le père (la recherche de moins consommer) et le père sur la fille (ses attributs diamantés au fil du film). Bref, chaque plan possède une lecture de premier, puis de degrés supplémentaires, sans qu’ils ne soient la priorité réelle du réalisateur.

Évidemment, les idées fixes de Wes Anderson sont présentes aussi ici. Le capitalisme, il est ici finissant, s’autodévorant. La filiation : ainsi les petits frères bien propres qui s’invitent à la table du père. La mort est incarnée ici par un purgatoire de pacotille. Il accueille Zsa-Zsa à chaque tentative de meurtre échouée. L’inquiétude qu’il suscite s’oppose à l’apparente sérénité de Zsa-Zsa et sa phrase mantra « Perso, je me sens en sécurité »!
Trio ravageur

The Phoenician Scheme s’appuie sur un trio de personnages, complexes, évolutifs et passionnants. Zsa-Zsa, avec ses attitudes de mafieux, fond devant sa fille. Le tuteur passionné d’insectes se révèle espion puis double espion et à la fin, amoureux fou. Liest, embourbée dans sa religiosité qui la soutient face à l’absence d’amour maternel et paternel, peut enfin aimer sans retenue tout en restant elle-même. Ce trio inséparable est source de renaissance, d’équilibre précaire où enfin chacun trouve une façon de faire face à la vie.
Évidemment, tout tient dans leurs excellents jeux d’acteurs. L’interprétation de Benicio del Toro est remarquable, à la fois bourru et tendre, implacable et mesuré, serein et inquiet. Bref, une ambivalence salvatrice ! Mia Threapleton s’est façonnée avec talent dans l’univers du cinéaste. Elle est trouble, naïve, acharnée à connaître la vérité et confiante à la fois.

Le rôle de Michael Cera apporte des bouffées de vie et d’humour dans l’affrontement des deux autres. Sa passion des insectes rappelle l’importance des petits. Complètement en décalage face aux exigences du Maître, il est chargé de transporter à la fois sa magnificence (la valise de billets) et sa puissance de nuisance (le porte-grenades). Mais, il ne cesse de ne jamais être là où il doit être sauf lorsqu’il parle de sa passion. Face à la nonne, il lui oppose son amour, la révélant ainsi à sa féminité.
En résumé,

The Phoenician Scheme ne vaut pas l’excellent The Grand Budapest Hôtel. Seulement, le cinéma de Wes Anderson, ce dandy du cinéma mondial, ne ressemble à aucun autre. Le plan dans la salle de bains est un tableau de précision et de détail hallucinants. La beauté des couleurs, l’agencement des scènes, la recherche des détails font la beauté de ce film. Le burlesque renforce la fable du réalisateur : l’organe à replacer dans le corps de Zsa-Zsa, l’explosion dans l’avion, la supérieure attirée par les billets, le plafond d’Almaric, etc.
The Phoenician Scheme est foisonnant, exigeant et malgré tout, accessible ! Il y aurait tant d’autres choses à dire …
Questions pratiques

The Phoenician Scheme
Réalisateur : Wes Anderson
Présenté à Cannes 2025
Acteurs : Benicio del Toro, Mia Threpleton, Michaël Cera, Benedict Cumberbatch, Riz Ahmed, Bill Murray, Charlotte Gainsbourg, Richard Ayoade, Mathieu Amalric, Tom Hanks, Scarlett Johansson et Bryan Cranston
Distribution : Focus Features et Indian Paintbrush
Studio Babelsberg– Instagram : @studiobabelsberg– X: –– Linkedin Studio Babelsberg AG
– Pays : Allemand – Durée : 1 h 45 minutes – Sortie nationale : 28 mai 2025

Ce film semble asserz loufoque. Je ne sais pas si ,j’accrocherais.
Oui il est contreverser, mais j’avoue avoir passé un bon moment !
Pas pour moi, mais je me tiens au courant du cinéma grâce à toi. Bonne journée
Pour moi, pour l’instant rien n’équivaut l’excellent Grand Hôtel Budapest de ce même réalisateur, même si j’ai été subjuguée par le jeu du trio d’acteurs !
Bonne continuation 🍒
Je pense que ce n’est pas trop pour moi…
🤣 Je te reconnais bien dans cet avis très tranché ! Bien sûr qu’il y a une histoire et un héros, très présent, Zsa-Zsa interprété par Benicio del Toro, particulièrement époustouflant et étonnant, lui qui s’est un peu effacé du cinéma depuis une dizaine d’année. De plus, la jeune nonne crève l’écran. Et comme je le précisais, ce duo de cinéma qui restera dans les annales est contrebalancé par un Tuteur, particulièrement réussi !
Certes, on peut ne pas aimer le film mais ses personnages sont bien trempés et évoluent vers un équilibre qui satisfait l’intrigue !
Heureusement, qu’il en faut pour tous les goûts 😉
J’ai beaucoup de mal avec les films de ce réalisateur. C’est très subjectif bien sûr. Merci Matatoune pour ce retour 🙂
Oui, c’est extrêmement tranché : on aime ou on n’aime pas ! Son univers prévu au millimètre peut faire penser à une manie obsessionnelle. Néanmoins, visuellement, c’est grandiose ! Merci pour ton retour et très bonne continuation !🌞
J’aime beaucoup Benicio del Toro mais ce film ne m’attire pas.
Merci pour tes mots sur le film 🙏🏻
Cet acteur y est époustouflant ! Mais, je comprends ! Très bonne continuation et merci de ton retour 🌞
Ah il y avait une histoire ? Je n’ai vu qu’une succession de plans époustouflants esthetisants de décors sophistiqués .
Aucun héros tous des sortes d’androides sans consistance des méchants si méchants qu’ils sont pitoyables.
A part cela BO superbes.images construites au cordeau symétries…
J’ai eu l’impression de me promener dans une sorte de musée de mausolée
en fait, c’est cela qui est formidable, de parvenir à encore faire des films fous, insolites avec toutes les images qui nous gavent en permanence. Il se différencie, on aime ou pas, mais il n’est pas commun et je te rejoins pour l’acteur Benitio del Toro, epoustouflant.
Je suis tout à fait d’accord avec toi ! Merci pour ton retour !