Le parti pris choisi par le Musée d’Orsay pour l’exposition de Gustave Caillebotte est de montrer la masculinité comme le peintre la percevait.

L’exposition s’ouvre sur un tableau de jeunesse, Yerres, Militaires au bois, peint en 1870/1871. Il y peint des soldats bivouaquant dans le parc de la propriété familiale de Yerres, dont l’un satisfait ses besoins naturels. Cette œuvre est étrange. Irrévérencieux, le tableau évoque certainement les interrogations du jeune homme qui n’a que 22 ans et qui est réserviste de la Garde Parisienne Mobile.


La place de l’homme dans les thèmes des tableaux de Gustave Caillebotte ne cesse d’interroger. Certains spectateurs de l’exposition y ont vu une interrogation trop marquée des commissaires sur sa sexualité. Autant dire que rien ne prouve dans les faits ce raccourci.
Masculinité du XIXè siècle
Seulement, Gustave Caillebotte semble, le premier à documenter une masculinité différente, peut-être la première racontée dans l’histoire de l’art. Au début des années 1880, il peint trois tableaux pour la première fois présentés.

En voyant cette peinture, on pense aux fesses du David de Michel-Ange. Seulement, il rappelle aussi le tableau de Degas réalisé à peu près à la même époque, prenant un modèle plus habituel, une femme.

Plus tard, Degas présentera son tableau reprenant, comme Caillebotte, son modèle dans une pose quotidienne, sans fioriture.

Ces tableaux illustrent, me semble-t-il bien, l’émulation de l’époque et la recherche picturale d’un artiste qui ne peignait pas pour vendre mais pour son plaisir d’exposer de temps en temps. Rare, dans l’histoire de l’art, qu’un peintre ne vende rien, montre peu et continue à explorer son art ! Seulement exposé en 1888 à Bruxelles, et encore dans une arrière-salle, le tableau bafoue complètement les conventions de l’époque.
Plus énigmatique est le tableau suivant !

Ce tableau est unique dans l’histoire de l’Art, comme le souligne Sandrine Andrews. On ne connaît pas la femme représentée. Gustave Caillebotte ne s’était pas marié mais vivait maritalement avec Charlotte Berthier. Dès 1883, il lui prévoyait dans son testament une rente annuelle. Son rang social ne lui permettait pas d’épouser une roturière, semble-t-il ? Néanmoins, elle l’a accompagné tout au long de sa vie. Est-ce elle qui est représentée, ainsi, abandonnée à sa sensualité et son plaisir. Elle ne défie pas le spectateur avec son regard, comme l’Olympia de Edouard Manet. Au contraire, elle est toute en intériorité, détendue et complètement en confiante avec l’artiste.

Il y a dans la posture de la jeune femme au divan, une réelle confiance entre le modèle et son peintre, comme une tendresse réciproque. Jamais exposé de son vivant, ce tableau fait bien partie de l’intime du peintre avec sa tendre amie.
Nouvelle sensualité

En exposant un homme dans un moment aussi quotidien et intime, Gustave Caillebotte interroge son genre, jamais représenté dans cette façon.
Mais, Gustave Caillebotte ne se contente pas de peintre des hommes nus ! Tour à tour dans ses portraits, dans les scènes de vie masculine, et dans les différents sports, il documente la vie de mondains de sa classe sociale.



Pour aller plus loin
Sources
Les podcasts de l’Institut de France
L’histoire par l’image Ivan JABLONKA
Questions pratiques
Caillebotte. Peindre les hommes
Musée Orsay
#ExpoCaillebotte
Du 08 octobre 2024 au 19 janvier 2025
X : @MuseeOrsay Instagram : @museeorsay
Président : Christophe Leribault
1 Rue de la Légion d’Honneur,
75007 Paris

[…] Gustave Caillebotte et la Masculinité dans l’Art […]
Bonjour Matatoune. Merci de nous faire découvrir cette exposition très intéressante sur Caillebotte que je connais peu. Bonne journée
Le documentaire sur Arte est très bien fait et permet la découverte plus approfondie de son œuvre assez méconnue malgré ses rabotteurs !
Bonne journée 🌰
Beaucoup aimé cette exposition à Orsay. Surtout les sportsmen et les paysages urbains. Mais les paysages de nature sont superbes aussi. Merci pour cette belle chronique ! Bonne journée !
J’avais vu certains au Musée Marmottan-Monet avec l’exposition sur les sports et l’olympisme. Aussi, je me suis attachée à d’autres que je n’avais jamais vu !
Bon week-end 😉
Merci pour ce beau billet. Je connais très mal ce peintre et tu m’as permis d’en apprendre plus sur son art. Bonne semaine
Cette exposition est très instructive. Ce fut un vrai régal 😉
Merci Matatoune pour cette belle chronique sur cette exposition de Gustave Caillebotte. Je ne le connaissais pas. Son parcours d’artiste est singulier. 🙂
Complètement, pour dépasser ses rabatteur de parquet et montrer sa modernité. Merci pour ton passage
J’ai surtout aimé ses images de Paris et ses sportifs sue l’eau. Chroniqué cette expo sur mon blog
Une très belle expo qui nous montre un Caillebotte très doué pour casser les codes.
Je ne me suis pas interrogée sur sa sexualité mais plutôt sur la manière finalement très féminine, dont il peint ce qui l’entoure de près, je dirais presque son intérieur, à la façon d’une Berthe Morisot maintenue dans son cercle privé. Caillebotte bien qu’ayant une vie sociale intense nous ne se précipite pas dehors ou dans la rue mais nous invite à observer avec lui son intérieur.
J’ai beaucoup aimé.
Bonne fin de semaine et merci pour ta belle chronique.
Anne
Très juste appréciation. Je pense qu’il peignait vraiment ce qu’l avait envie sans se soucier du regardeur. Quand on songe à la collection qu’il a légué, on est perplexe devant sa finesse de goût et son sens de l’art . Il a acheté presque tous les tableaux qui sont recensés comme des chefs d’œuvre de l’impressionnisme.
Vraiment, j’ai été très satisfaite de la qualité de cette expo.