
Le Musée d’Orsay a choisi de mettre le peintre discret et généreux, Gustave Caillebotte (1848-1894), en avant avec son exposition Peindre les hommes. Soixante-dix œuvres composent cette exposition que le musée propose de les redécouvrir avec les connaissances actuelles sur la masculinité du XIXè siècle.

Certes, les choix des tableaux interrogent sur le rapport de Caillebotte au corps masculin, surtout lorsque l’on sait qu’il n’a peint qu’un seul nu féminin. Seulement, ici, il s’agit de comprendre comment le regard de Caillebotte interroge son environnement et les avancées sociales mises en œuvre à cette fin du XIXè siècle.
Aussi, il semble important de constater que Gustave Caillebotte est le premier peintre à montrer la ville de Paris.
Le peintre et le balcon
Gustave Caillebotte commence à peindre à 23 ans, après avoir fini ses études de droit. La France ne se remet pas de sa défaite avec la Prusse. Caillebotte est resté à Paris pendant la Commune de Paris. Son père, faisant partie de la haute bourgeoisie, a acheté un terrain nu, rue de Miromesnil et fait construire un immeuble selon les directives de Hausmann, au 77 rue de Miromesnil. Cet immeuble sera la résidence de la famille à Paris. Il se situe au cœur des chantiers du Baron pour changer la nature de Paris, en vue de plus de salubrité mais aussi de confort.

Gustave Caillebotte choisit de peindre son frère Réné devant la fenêtre, regardant la rue. Cette contemplation muette est une grande nouveauté. Elle nous indique la présence incontournable de l’homme, bourgeois reconnu, dans l’univers de la ville. Jambes écartées, il domine la ville et indique son pouvoir tranquille. Derrière lui, les immeubles haussmanniens avec leurs balcons filants rythment la composition. On voit en oblique le boulevard Malesherbes.
Réné est le second fils de Martial et Marie Céleste Daufresne, Gustave étant l’aîné. Gustave, Réné et Martial sont issus du troisième mariage de leur père. Le père fait fortune en vendant des draps à Napoléon III. Quelques mois plus tard, son frère décédera. Ce fait incitera Gustave Gaillebotte a rédigé, déjà, son testament, que, entre autres, Renoir se chargera d’exécuter à sa mort.
Le balcon dans l’histoire de l’art
Cette toile est exposée pour la première fois lors de la seconde exposition impressionniste de mars 1976 avec sept autres tableaux dont Les Raboteurs de parquet qui avait été refusé au Salon de 1875.
« C’est une peinture anti-artistique, une peinture proprette comme du verre, une peinture bourgeoise, en raison de la précision de la copie. La photographie de la réalité n’est pas marquée du sceau original du talent du peintre – c’est une piètre chose. » disait Emile Zola. Pourtant, le musée qui l’acquiert le qualifie maintenant de « chef-d’œuvre du réalisme urbain moderne du XIXe siècle ».

Édouard Manet avait présenté des amis au balcon et pour la première fois, Berthe Morisot. Ce fut déjà une avancée considérable, même si le tableau nous semble actuellement plus « convenu ». Le peintre s’était inspiré de Goya et ses Majas au balcon.

La capitale se transforme
Dans Jeune homme à la fenêtre, Gustave Caillebotte choisit de montrer la ville comme un tableau ancien qui expliquait l’histoire. Sa peinture est souvent comparée à une photographie pour désigner la façon dont il cadre ses sujets. Martial, photographe, mais aussi pianiste et compositeur, a documenté la transformation de la capitale en la photographiant. Seulement, il s’est mis à la photographie que quatre ans avant la mort de son frère Gustave. Il est impropre de dire que Gustave est influencé par la photographie de son frère. De plus, l’optique grand-angle sera inventé au début du XXè siècle, bien après sa mort. Ainsi, l’art de Gustave Caillebotte est tout à fait novateur.

La toile Un jeune homme à la fenêtre procède du même élan : documenter la transformation de la ville.
Voir la ville d’un balcon

Le préfet de province monté à Paris devient Baron après les débuts de transformation de la capitale. On assiste alors à une ville devenue bourgeoise, sécurisée et plaisante. Caillebotte le montre dans le tableau qui surplombe le boulevard Hausmann. Un homme découvre l’animation des trottoirs comme s’il était au théâtre. L’autre se perd en rêverie, peut-être dans le magnifique feuillage de printemps. L’oisiveté y est mise en perspective avec la ville. L’architecture devient aussi personnage principal.

Ici, l’apport de l’estampe japonaise semble avoir influencé le peintre. Plus de balcon. Plus de personnage. S’est-il inspiré des photographies de Nadar prises d’un ballon ?

Comme le souligne Sandrine Andrews dans son essai Gustave Caillebotte, le peintre est le premier à utiliser cet angle de vue. Encore un aspect très novateur de l’art du peintre.
Pour aller plus loin
Sources
Les podcasts de l’Institut de France
L’histoire par l’image Ivan JABLONKA
Caillebotte. Peindre les hommes
Musée Orsay
#ExpoCaillebotte
Du 08 octobre 2024 au 19 janvier 2025
X : @MuseeOrsay Instagram : @museeorsay
Président : Christophe Leribault
1 Rue de la Légion d’Honneur,
75007 Paris

C’est toujours un plaisir de voir Paris d’une autre manière. Bon week end
J’ai choisi la ville et certainement dans une autre chronique ce sera les hommes puisque les deux aspects sont parfaitement mis en valeur dans l’exposition.
Bon week-end
j’aime beaucoup son univers ! bien tentée par cette expo!
Si, vous êtes en capacité de la visiter, alors, il ne faut pas hésiter…Elle ravit et dans les temps actuels, il ne faut surtout pas s’en priver ! 😅
Ravie de vous accueillir ici
Je comprends que sa peinture était comparée à une photographie car les tableaux que tu nous montres m’ont fait cet effet. Un style qui me plaît beaucoup…
C’est fou, en effet ! Une précédente exposition, il y a quelques années, avait montré le travail de Martial, son frère, et le sien. Et, justement Caillebotte, le peintre, a précèdé l’évolution de la photographie. Extrêmement troublant, quand-même 😅
Merci Mata de nous parler de cette exposition car j’ aime beaucoup les tableaux de Gustave Caillebotte, en particulier » les toits de Paris sous la neige ». Il mériterait une plus grande notoriété. 😊
Je crois que cette exposition participera parfaitement à faire renaître sa notoriété.
Je ferai un autre article pour décrire un autre aspect …
Très bon week-end à toi et à ta famille
Je découvre ce peintre Gustave Caillebotte. Merci pour ce retour Matatoune 🙂
Un peintre très moderniste, que l’on redécouvre avec tellement de plaisir !
Très bon week-end