Stéphanie Perez – La Ballerine de Kiev

Rentrée littéraire 2024

Prix #TalentsCultura 2024

Témoignage lumineux sur l’art, la lutte et l’espoir en Ukraine

vagabondageautourdesoi;com - Stéphanie Perez -

La ballerine de Kiev, nouveau roman de Stéphanie Perez, commence sur le dernier tableau du ballet du Lac des cygnes de Tchaïkovski, dansé par Dimytro et Svitlana au sommet de leur art. Ils sont mariés à la ville et là, sur la scène de l’opéra de Kiev, ils brillent de mille feux.

Quelques heures plus tard, cette beauté laisse la place à la peur où le présent, unique référence, se rétrécit. Ce 24 février 2022, la Russie vient d’envahir l’Ukraine.

Les images du pont d’Irpin et ses réfugiés ont fait le tour du monde. Ici, ce sont les yeux de Svitlana qui vont raconter la peur, la rébellion, la longue attente dans les abris, l’aide auprès des blessés, le retour au travail de la danseuse, la réouverture de l’Opéra de Kiev, mais aussi les visites aux blessés, les fleurs au cimetière, le retour des prisons russes, l’exode de certains, le retour d’autres, la peur de la mobilisation. En fait, le vécu des habitants de Kiev du début de la guerre au jour 298. Le journal écrit parallèlement par la danseuse est adressé à la jeunesse, celle qui ne sait pas encore qu’on se relève de tout !

Brins d’histoire

La littérature peut faire ce que les images n’arrivent plus, tellement nous sommes assiégés par les douleurs du monde. Ainsi les mots choisis, en réveillant nos émotions, tentent de conserver cette part d’humanité à ressentir, dans notre chair, la souffrance éprouvée par d’autres. Stéphanie Perez y arrive parfaitement.

La ballerine de Kiev célèbre le pouvoir de l’art. L’oubli pour la durée de l’écoute du violon de Yaroslav ou dans les caves de Kyiv, la vision du corps de Svitlana se dépliant harmonieusement sur ses pointes roses. Il permet de ne plus entendre le bruit des bombes à l’extérieur. « Tant que l’art est en vie, nous aussi. » Offrir cette réconciliation, cette communion, prouve la force du groupe et l’espoir qu’il véhicule. Les images sont fortes. Elles portent l’espoir.

Beautés et atrocités mêlées

Stéphanie Perez n’oublie pas de dénoncer les atrocités : les mines papillon interdites par un traité international de 1997, « les femmes violées puis brûlées, pas complètement consumées », la guerre de tranchées poisseuse et insalubre que l’on pensait à jamais oublier…

Néanmoins, Stéphanie Perez sait aussi utiliser les ressorts de l’intrigue en incorporant dans son roman les éléments indispensables d’un grand récit : trahison, mensonge, amour, éternité et sacrifice. Car au-delà de l’ode à la résistance d’un peuple pour sauver sa liberté, sa culture et son histoire, La ballerine de Kiev est une histoire d’amour, de celle qui survit au-dessus du chaos, de celles qui transcendent, de celles qu’on ne peut pas oublier.

Grand reporter à France Télévisions, actuellement en poste à Washington, Stéphanie Perez avait ému avec Le gardien de Téhéran. Elle récidive avec ce portrait de jeune femme que l’adversité va complètement transfigurer. Comme son jeune gardien, l’environnement insoutenable va aider à la révélation de sa personnalité.

Roman bouleversant

Stéphanie Perez a choisi la littérature pour, peut-être, exorciser son vécu en missions, comme ici dans l’Ukraine en guerre. Et, la manière dont elle fait vivre ses personnages renvoie au lecteur les émotions qu’elle a, elle-même, sans doute éprouvées. Les moments sont nombreux où le livre est posé, le souffle court. Elle raconte parfaitement la solidarité des Ukrainiens devenant des héros du quotidien. Cet élan qui surprit tellement le monde, a permis au « Tsar » de ne pas triompher !

Voilà, plus de deux ans que cette guerre a lieu et la lassitude se fait sentir. De plus, la position politique internationale et les combats à l’Est et au Donbass laissent présager un retour à la table de négociations où « les ogres » risquent de dicter leur loi. Néanmoins, Combien de générations faudra-t-il pour que nous puissions échanger de nouveau ?

Décidément, cette rentrée littéraire réserve de bien belles surprises. Ce second roman de Stéphanie Perez est une réussite d’intelligence, de vécu, de connaissances géopolitiques et bien évidemment d’humanisme. Encore, un vrai coup de cœur !

Aux Editions Récamier

Pour aller plus loin

Stéphanie Perez – Le gardien de Téhéran

Puis quelques extraits

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Contrairement à l’opéra, quand le rideau se baisse, les défunts ne se relèvent pas. Ils s’empilent dans les morgues et se transforment en chiffres. Et elle s’y habitue. On s’habitue à tout.

Combien de générations faudra-t-il pour que nous puissions échanger de nouveau ?

Ma mère ne croit pas à la réalité de la guerre, mon père écoute aveuglément le tsar qui redonne sa fierté à la Russie. Il pense comme les autres que nous sommes de mauvais Russes qu’il faut dresser et éduquer. Il n’y a aucun espoir.

Le peuple a besoin d’une thérapie de l’âme, se dit-elle, et elle se jure de continuer à faire brûler cette flamme par la grâce de ses chaussons.

Leurs pointes sont devenues des armes, leurs tenues de scène des uniformes. Ils sont une autre armée qui se lève, une armée de l’ombre dans la lumière des projecteurs du monde entier.

Dans l’Europe du XXIe siècle, un pays ne pouvait pas en envahir un autre. C’était absurde. Pour eux, les mots » agresseurs », « occupants » n’étaient que de sombres échos du passé, de ces guerres que leur racontaient leurs grands-parents avec des sanglots dans la voix.

Les crises servent de révélateurs. Il y a les courageux et les lâches, les forts et faibles, ceux qui basculent du bon côté l’Histoire, et les traîtres. Rien n’est écrit d’avance.

Elle a brutalement épousé la guerre et c’est un mariage forcé.

Il n’y a plus aucune perspective. Tous les repères ont volé en éclats. Vouloir s’y accrocher à tout prix, c’est mourir à petit feu. Ceux qui ont choisi la vie ont accepté la mort au bout de la rue.

Ici en bref

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Incipit
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Un extrait
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Puis le dernier

Questions pratiques

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Stéphanie Perez – La ballerine de Kiev

X : @PerezStephanie  Instagram : @perezstephanie

Éditeur : Récamier

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Parution : 29 août 2024

EAN : 9782385770891

Lecture : Juillet 2024

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15 commentaires

    • C’est un roman sensible et documenté qui devrait être remarqué par de nombreux lecteurs. Bonne continuation 😄

    • J’ai bcp aimé ses compétences sur cette histoire presque immédiate du début de ce conflit au cœur de l’Europe et ce style sensible qu’on avait découvert dans son  » gardien » ! Hâte de lire ton retour 😉

    • Merci pour la confiance. Si son « gardien » à su te plaire, alors, pas d’hésitation, la ballerine devrait plaire 🫠

    • Autre figure de résistance, cette petite danseuse 😉 Beau portrait de femme dont les tristes circonstances vont pousser à se surpasser ! Écriture sensible et documentée !

    • On retrouve la maturité du style de son précédent sur un sujet, évidemment, très actuel qui bénéficie des compétences de reporter journaliste. Il devrait être remarqué en cette rentrée !

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